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Comme si le temps n’avait pas de prise sur le visage paysagé de Clint Eastwood, ce dernier aborde les années 2010 avec le pied non pas sur le frein mais plutôt relevé de l’accélérateur. N’exagérons rien. S’il frôle parfois l’académisme, le réalisateur n’hésite pas à se remettre en question sur des thématiques toujours obsédées par la mort, l’histoire de son pays et une certaine vision de l’héroïsme à travers des portraits parfois opposés (American SniperSully, Le 15h17 Pour Paris). Le regard est acéré. Sans concession. Pour appuyer ses démonstrations, le réalisateur privilégie les biopics mais l’aborde sous des angles très divers : thriller (La Mule), film de guerre (American Sniper), biographie (J. Edgar), drame (Sully), les collaborations prestigieuses se multiplient (Leonardo DiCaprio, Tom Hanks, Bradley Cooper, Matt Damon) mais les réussites sont diverses. D’ailleurs, Eastwood n’hésite pas à se mettre en danger en faisant jouer la troupe originale de Broadway de Jersey Boys dans l’adaptation éponyme, et plus encore, en recrutant les protagonistes de l’histoire ayant servi de base au film Le 15h17 pour Paris. Pour ce dernier, le réalisateur convoquera les témoins (infirmières, passagers) dans une sorte de catharsis sur grand écran. Pas vraiment une première (Audie Murphy ou plus récemment Howard Stern l’ont fait) mais une décision singulière qui ne sauvera pas le film d’un échec artistique et public. Un plantage en règle pour ce qui est probablement son film le plus médiocre et bâclé. Suffisamment pour y voir la possibilité d’une fin de carrière en demie teinte. Mais enfin ! Cela fait presque 30 ans que la critique observe le crépuscule du réalisateur. Depuis Impitoyable, déjà, la critique hurlait au crépusculaire, confortés par Eastwood lui-même qui considérait le film comme une fin idéale. Et pourtant…

Cette décennie de tous les paradoxes fut également l’occasion de voir le réalisateur bousculer ses habitudes et sa mise en scène. Plus nerveuse (American Sniper) et aventureuse, il n’hésitera pas à se séparer un temps de Joel Cox, son monteur attitré depuis plus de trente ans et mise sur le jeune et inexpérimenté Blu Murray pour donner de l’énergie nécessaire à Sully filmé en Imax. Une première ! En se débarrassant du superflu, le cinéaste revient à l’essentiel et rompt avec le ronron un tantinet mécanique  d’un cinéma jugé “classique“. Droit dans ses santiags face aux polémiques, notamment celles de American Sniper, ce dernier film lui permet également de signer son plus gros succès au box office… à 85 ans ! Absent de ses réalisations en tant qu’acteur (hormis une apparition non créditée dans American Sniper) mais devant la caméra pour son pote coproducteur Robert Lorenz sur le très anecdotique Une Nouvelle Chance en 2012, le comédien finira par ajouter un premier rôle essentiel avec des accents autobiographiques (avec la présence de sa fille Alison) sur La Mule (2019), un film débonnaire, presqu’une comédie, très bien accueillis.

La suite ? Du haut de ses quatre vingt dix ans, Clint Eastwood n’abdique pas. On s’en serait douté. Il entame donc une nouvelle décennie pied au plancher. D’abord avec le thriller politique Le Cas Richard Jewell (2020) qui poursuit un peu plus sa vision d’un héros ambigu plongé dans les affres d’une administration mortifère (bonjour les libertariens) et dont la sortie en salle se fera juste avant la pandémie de la COVID 19 ce qui n’empêchera pas son beau succès. Sans baisser les armes et alors qu’il semblait définitivement plongé dans les sujets “tirés de faits réels“, c’est un nouveau virage devant et derrière la caméra qui s’annonce fin 2021 avec  Cry Macho adapté du roman éponyme par Nick Schenck dont les deux précédents scripts (Gran Torino, La Mule) étaient déjà émaillés par la vieillesse et le (dépôt de) bilan d’une vie. Le film promet d’être du même tonneau, celui des bons crus. Le projet s’avère de longue date : Clint Eastwood acteur s’intéressera un temps au rôle à la fin des années 80 avant de laisser tomber faute de temps. D’autres acteurs sont annoncés : Roy Scheider, Burt Lancaster, Pierce Brosnan ou encore Arnold Schwarzenegger dans les années 2000. Mais le temps fait son ouvrage et Eastwood se lance finalement dans l’aventure de ce road movie entre une ancienne star du rodéo et un jeune garçon qu’il doit ramener du Mexique… quelque part entre Honkytonk Man et Un Monde Parfait. Une histoire trop belle pour être vraie…

ENGLISH VERSION

As if time had no hold on Clint Eastwood’s landscaped face, he enters the 2010s with his foot not on the brake but rather on the accelerator. Let’s not exaggerate. If he sometimes borders on academism, the director does not hesitate to question himself on themes still obsessed with death, the history of his country and a vision of what heroism is in a trilogy with sometimes opposing portraits (American Sniper, Sully, The 15:17 To Paris). The gaze is sharp. Without concession. To support his demonstrations, the director favours biopics but approaches them from very different angles: thriller (The Mule), war film (American Sniper), drama (Sully), the successes are diverse but Eastwood does not hesitate to put himself in danger by having the original Broadway troupe of Jersey Boys play in the eponymous adaptation, and even more so, by recruiting the protagonists of the story that served as a basis for the film 15:17 to Paris. For the latter, the director will not hesitate to summon the witnesses (nurses, passengers) in a sort of catharsis on the big screen. Not really a first (Audie Murphy or more recently Howard Stern did it) but a singular decision that will not save the film from an artistic and public failure for what is probably his most mediocre and sloppy film. Enough to see in it the possibility of a tarnished end to his career. But critics have been watching the director’s twilight for almost 30 years. Since Unforgiven, many wanted to see in this western the beginning of the end. Eastwood himself, at the age of 63, already considered it his pinnacle and a possible beautiful end.

And yet, this decade of all paradoxes was also the occasion to see the director shake up his habits and his directing style. More nervous (American Sniper) and adventurous, he did not hesitate to part with Joel Cox, his regular editor since 1977, and relied on the young and inexperienced Blu Murray to give the necessary energy to Sully filmed in Imax. By getting rid of the superfluous, the filmmaker returns to the essential and breaks with the somewhat mechanical hum of a cinema considered “classic”. Right in his boots in the face of polemics, notably those of American Sniper, this latest film also allows him to sign his biggest success at the box office… at 85 years old! Absent from his achievements as an actor (apart from an uncredited appearance in American Sniper) but in front of the camera for his co-producer buddy Robert Lorenz on the very anecdotal A New Chance in 2012, the comedian will end up adding an essential first role with autobiographical accents (with the presence of his daughter Alison) on The Mule (2019), a cool movie, almost a comedy, very well received.

What’s next? At ninety years old, Clint Eastwood is not giving up. So he starts a new decade with a bang. First with the political thriller Richard Jewell (2020), which continues his vision of an ambiguous hero plunged into the throes of a mortifying administration and whose release in cinemas will take place just before the COVID 19 pandemic, which will not prevent its success. Without giving up, and while he seemed to be definitively immersed in “real-life” subjects, it is a new turn in front of and behind the camera that is announced at the end of 2021 with Cry Macho adapted from the eponymous novel by Nick Schenck, whose two previous scripts (Gran Torino, The Mule) were already marked by old age and the (bankruptcy) of a life. The film promises to be of the same vintage. The project has been around for a long time: Clint Eastwood, the actor, was interested in the role for a while at the end of the 1980s before dropping out for lack of time. Other actors were announced: Roy Scheider, Burt Lancaster, Pierce Brosnan or Arnold Schwarzenegger in the 2000s. But time took its toll and Eastwood finally embarked on the adventure of this road movie between a former rodeo star and a young boy he has to bring back from Mexico… a story somewhere between Honkytonk Man and A Perfect World. A story too good to be true, but…

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A propos de l'auteur

Cyrille Delanlssays

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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