Le cas Christopher Nolan est un paradoxe comme il aimerait les filmer. Scénariste obsessionnel mais peu formaliste, il truste les hauteurs du box office sans avoir de véritable signature visuelle. Et pourtant, en malmenant le spectateur dans les méandres de ses pièges scénaristiques et temporels, il conserve ses faveurs en dehors de toute mode. Le plaisir du récit comme énigme indéchiffrable ? Pas si sûr.

 

La trajectoire de Christopher Nolan pourrait sembler rectiligne. De fait, et de l’aveu même de son frère, notre homme a un plan de carrière bien organisé. Seule ombre au tableau, cet ancien étudiant en littérature n’a jamais “étudié” le cinéma autrement qu’à travers une cinéphilie judicieuse et pointue. Tout comme Tarantino qui lui nourrit une admiration réciproque, Nolan ne vient pas du sérail mais ses talents d’écriture lui ont permis de sauter les étapes d’une filmographie en accéléré. Entre le fauché Followinget le mindfuck Mémento, l’essence du “film à la Nolan” n’est déjà plus en filigrane mais une véritable marque de fabrique. Dès lors, son déboulé sur la licence de Batman lui permettra d’accorder l’estampille de faiseur de blockbuster avec celle d’auteur habituellement accrochée au cinéma indépendant. Une anomalie de nos jours mais une anomalie assumée. Entre tours de passe passe et jeux de gosse sur la grosse ligne d’un espace temps devenue son obsession, il va tisser sa toile storytelling sur les toiles. Las, s’il est tenu pour un petit surdoué de l’écriture, ses talents de réalisateur sont régulièrement remis en cause. La faute à ses envies d’expérimentations purement narratives. Car Nolan n’est pas un formaliste. En cela, il reste très éloigné d’un Kubrick auquel de nombreux critiques paresseux veulent le comparer. Sa volonté très “control freak” de tout maîtriser dans le plus grand secret n’y est peut-être pas étranger. Toutefois, son relatif désintérêt, ou tout au moins les faiblesses de ses propres limites pour les scènes d’action pourra étonner chez un cinéaste qui rêve de James Bond et de poursuites échevelées. Tout le monde ne peut s’improviser James Cameron ou John McTiernan. Mais la force du cinéma de Nolan tient en quelque chose de plus innocent. Malgré des intrigues alambiquées, complexifiées jusqu’au débordement et son romantisme froid, demeure un véritable amour du cinéma et du spectacle. Une vision. Sa volonté de limiter au maximum les effets spéciaux numériques, d’utiliser l’IMAX et la pellicule, ne sont pas de vaines coquetteries. Il s’agit pour lui de transformer le média cinéma en quelque chose de plus fort, d’explorer de nouvelles choses, d’essayer, de raconter… autrement. Si cela peut agacer, car le succès hérisse toujours les pisse froids, il ne fait aucun doute qu’il a déjà gagné le respect de ses pairs (Michael Mann ou Guillermo Del Toro en tête). Quoi qu’il en soit, son importance dans le cinéma contemporain est indéniable et l’avenir nous dira si ses films resteront. En revisitant toute la filmographie du bonhomme, les paris sont ouverts.

 

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Christopher Nolan’s trajectory might seem straightforward. In fact, and by his brother’s own admission, our man has a well-organized career plan. The only “problem” for some critics is that this former student of literature (a passion that we will find again and again in his filmography) has never “studied” cinema other than with a judicious cinephilia. Just like Tarantino, who has a mutual admiration for him, Nolan does not come on classic way, but his writing skills allow him to skip the stages of a filmography in a hurry. Between the low-cost Following and the mindfuck Memento, the essence of  “Nolan’s kind of movie” is no longer in the background. Its release on Batman’s licence consecrates it as a blockbuster director and allows him to add on his shoulder pads the blockbuster stripes and the figurative “author” stamp usually used in independent cinema. An anomaly nowadays, but one that has been accepted. Between sleight of hand and kid’s games on the big line of a time space that had become his obsession, Nolan was going to weave his storytelling canvas. Weary, if he is considered to be a gifted writer, his talents as a director are regularly called into question. The fault lies with his desire for purely narrative experimentation. Because Nolan is not a formalist. In this, he remains far from the Kubrick to whom many lazy critics want to compare him. His reputation to be a “control freak” is perhaps not unrelated to this either. However, his relative disinterest, or at least the weakness of his own limitations in action scenes may be surprising in a filmmaker who dreams of James Bond and wild chases. Not everyone can be James Cameron or John McTiernan. But the strength of Nolan’s cinema lies in something more innocent. In spite of convoluted plots, complexified to the point of overflowing, remains a true love of cinema and spectacle. A vision. His desire to keep digital special effects to a minimum, to use IMAX and film, are not vainglory. For him, it is a question of transforming the cinema medium into something stronger, of exploring new things, of trying out new things, of telling stories in a different way. Even if it means falling down to get up again. If this can annoy there is no doubt that he has already earned the respect of other directors (Michael Mann or Guillermo Del Toro in the lead). Be that as it may, his importance in contemporary cinema is undeniable. The future will tell us whether his films will remain. By revisiting the whole of the man’s filmography, the bets are open.

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FOLLOWING (1998)

Christopher Nolan - Following

Certes en queue de peloton mais pas inintéressant pour autant, Following est un premier film fauché (6000 dollars), tourné chaque week-end sur un an (coucou Bad Taste de Peter Jackson) avec une équipe amateur et les plans volés d’une ville de Londres peu présente à l’écran mais au cœur de l’intrigue. Ecrit avec son frangin Jonathan (coucou Westworld), le scénario déstructure la chronologie de cette histoire d’apprenti romancier (point identification : Nolan a fait des études de littérature) observateur du monde, lui-même observé, qui finira par repérer un cambrioleur et agir avec lui. Produit par Emma Thomas, la compagne du cinéaste qui fondera dans la foulée la société de production Syncopy, le film est tourné en 16 millimètres pour des questions de budget et en noir et blanc par manque de moyens techniques. Bonne idée ! Outre des comédiens toujours placés la lumière naturelle, en ressort un aspect « classique » et la volonté de contourner les contraintes. Court (1h10 à peine), Following s’amuse avec l’appréciation du temps, la perception d’une réalité déformée, la peur, l’observation et cette volonté de toucher au film noir en détournant ses codes. Si le succès public n’est pas au rendez-vous, sa carrière en festivals permettra à Christopher Nolan de se faire un nom. Déjà.

Certainly at the back of the pack but not uninteresting for all that, Following is a first broke film (6,000 dollars), shot every weekend over a year (like Peter Jackson’s Bad Taste) with an amateur team and the stolen shots of a London city not very present on the screen but at the heart of the plot. Written with his brother Jonathan (Westworld), the screenplay breaks the chronology of this story of a novelist’s apprentice (identification point: Nolan studied literature), an observer of the world, himself observed, who will end up spotting a burglar and acting with him. Produced by Emma Thomas, the filmmaker’s girlfriend, who will later found the production company Syncopy, the film is shot in 16 millimetres for budgetary reasons and in black and white due to a lack of technical means. What a good idea! In addition to the actors always using natural light, the film has a “classic” aspect and the desire to get around the constraints. Short (barely 1h10), Following plays with the appreciation of time, the perception of a distorted reality, fear, observation and this will to touch film noir by hijacking its codes. If public success is not there, his career in festivals will allow Christopher Nolan to make a name for himself. Already.

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BATMAN BEGINS (2005)

Christopher Nolan - Batman Begins

Début du millénaire. Malgré l’échec nanardesque de Batman et Robin (1997), la Warner souhaite rebooter le « Dark Knight ». Soit. Joel Schumacher est logiquement dégagé. Les frères (à l”époque) Washowski et Wolfgang Petersen déclinent l’offre ainsi que Clint Eastwood sur un projet de héros vieillissant. Le studio se tourne alors sur deux nouveaux venus, Darren Aronofsky d’abord, dont le premier film, PI, fut réalisé dans des conditions très similaires à Following, avant d’aller voir Christopher Nolan, chouchou de la critique qui vient d’enchaîner deux beaux succès avec Mémento (1999) et Insomnia (2002). Sur l’écriture, Nolan la joue profil bas et s’adjoint l’expertise de David S. Goyer pour un film qu’il souhaite plus réaliste, plus crédible avec une réelle ambiance dramatique. Blade Runner de Ridley Scott et sa représentation glauque et nocturne de la citée devient une référence affichée pour Gotham City alors que le thème de la « peur » nourrit un script bourré à craquer, presque chaotique. La faute à des scènes d’action mal maîtrisées qui pousseront certains critiques à y percevoir illico les limites du réalisateur. Exagéré ? Peut-être. Un solide casting avec Christian Bale dans le rôle principal (à la place de Keanu Reeves, Guy Peace, Ashton Kutcher… et Heath Ledger) mais aussi Gary Oldman, Michael Caine et Liam Neeson qui font le boulot, la BO tonitruante de Hans Zimmer et James Newton Howard et la photographie de Wally Pfister offrent à ce film des allures de film d’auteur taillé dans des oripeaux de culture pop réjouissante. Malgré un succès mitigé (moins de 400 millions de dollars de recette), Batman Begins assurera l’essentiel pour Christopher Nolan : rassurer les studios sur sa capacité à gérer un blockbuster… et une franchise !

Beginning of the millennium. Despite the failure of Batman and Robin (1997), the Warner wants to reboot the “Dark Knight” franchise. So be it. Joel Schumacher is logically clear. The (then) brothers Washowski and Wolfgang Petersen declined the offer, as did Clint Eastwood on a project for an aging hero. The studio then turned to two newcomers, first Darren Aronofsky, whose first film, PI, was made under very similar conditions to Following, before going to see Christopher Nolan who has just had two great successes with Memento (1999) and Insomnia (2002). Nolan plays it low-profile on the writing and enlists the expertise of David S. Goyer for a film that he hopes will be more realistic, more credible with a real dramatic atmosphere. Ridley Scott’s Blade Runner and its glaucous and nocturnal representation of the megapole becomes a reference point for Gotham City, while the theme of “fear” feeds a crammed, almost chaotic script. The fault lies with the poorly mastered action scenes, which will push some critics to perceive the director’s limits. Exaggerated? Perhaps. A solid cast with Christian Bale in the lead role (Keanu Reeves, Guy Peace, Ashton Kutcher… and Heath Ledger were candidate) but also Gary Oldman, Michael Caine and Liam Neeson who do the job, the thundering soundtrack by Hans Zimmer and James Newton Howard and the photography by Wally Pfister give this film the look of an auteur film cut from the shreds of cheerful pop culture. In spite of a mixed success (less than 400 million dollars), Batman Begins will ensure the essential for Christopher Nolan: to reassure the studios on his capacity to manage a blockbuster… and a franchise!

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INSOMNIA (2002)

Christopher Nolan - Insomnia

Le succès surprise de Memento a rapidement placé Christopher Nolan dans la position enviable mais inconfortable de petit chouchou de la critique et du public… à l’image de Bryan Singer après Usual Suspects et dont il suivra une trajectoire un peu similaire en se frottant aux supers héros mais avec plus de talent et de réussite. Pour son troisième film, il dispose d’un budget confortable (40 millions de dollars), d’un casting de choix multi-oscarisé (Al Pacino, Robin Williams, Hilary Schwank) et pour la première fois d’un scénario qu’il n’a pas écrit… tiré d’un film norvégien réalisé en 97 par Erik Skjoldbjærg. Exercice de style. Avec son directeur photo Wally Pfister, Nolan travaille sur la lumière pour en faire un personnage central d’une intrigue qui joue une fois encore sur la perte de repères sensoriels et temporels cette fois dans les grands espaces neigeux de l’Alaska. S’en dégage une lumière froide, permanente, et ce refus d’une simple nuit qui pulse au coeur même d’un film noir dans lequel se débat un flic ripoux et moralement inflexible, un pervers solitaire et une jeune enquêtrice idéaliste. Le réalisateur travaille le genre, joue de ses codes afin de poursuivre l’exploration de ses propres obsessions. D’un film de commande, Christopher Nolan démontre sa capacité à diriger de grands comédiens, sans jamais perdre la tension ni l’attention. Du déjà-vu superbement emballé qui lui ouvrira toutes les portes.

The surprise success of Memento quickly put Christopher Nolan in the enviable but uncomfortable position of being the darling of critics and audiences alike… just like Bryan Singer after Usual Suspects and whose trajectory he will follow in a somewhat similar vein by dealing with superheroes but with more talent and success. For his third film, he has a comfortable budget (40 million dollars), a multi-star cast (Al Pacino, Robin Williams, Hilary Schwank) and for the first time a script he didn’t write… from a Norwegian film directed in 97 by Erik Skjoldbjærg. Style exercise. With his cinematographer Wally Pfister, Nolan works on light to make it a central character in a plot that once again plays on the loss of sensory and temporal landmarks, this time in the great snowy spaces of Alaska. A cold, permanent light emerges from this refusal of a simple night that pulses in the very heart of a film noir in which a dirty, morally inflexible cop, a lonely pervert and a young idealistic investigator struggle. The director works the genre, plays with its codes in order to continue exploring his own obsessions. From a commissioned film, Christopher Nolan demonstrates his ability to direct great actors without ever losing the tension or attention. A superbly packaged déjà vu that will open all the doors for him.

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THE DARK KNIGHT RISES (2012)

Christopher Nolan - Dark Knight Rises

Jamais facile de conclure une trilogie surtout lorsque le second épisode est entré aussi rapidement dans la liste des classiques incontournables (coucou l’Empire Contre-Attaque). Après l’escapade du cortex-concept  Inception, il fallait donc terminer le travail et en finir avec le plus prosaïque “Dark Knight“. Une fois pour toute. Alors que le film devait raconter le procès du Joker, le décès de Heath Ledger remit le script dans la balance. Réécrit dans la précipitation, The Dark Knight Rises proposera une nouvelle Catwoman (Anne Hataway) qui ne peut évidemment pas rivaliser avec la Michelle Pfeiffer de Tim Burton (Batman Returns est lui-même un chef d’oeuvre auquel il ne faut absolument pas toucher) sans pour autant verser dans le ridicule. Le personnage de Bane interprété par Tom Hardy sera quant à lui le méchant de service alors qu’un court circuit narratif reliera un second arc narratif capilotractée à Batman Begins. La boucle est bouclée. Les 250 millions de dollars de budget tendent les choses avec Warner et poussent Nolan à quelques concessions. La noirceur s’adoucie. Les scènes à grands espaces sont toujours saisissantes mais les scènes d’action au corps à corps s’éparpillent en chorégraphies et scénographies un tantinet paresseuses. Paradoxal de la part d’un réalisateur qui avouera ne jamais vouloir déléguer un plan à une seconde équipe. Nolan prêtera ainsi le flan aux sempiternelles critiques qui voient en lui un réalisateur cérébral plus habile à densifier inutilement son histoire qu’un metteur en scène ayant une vision claire de l’action à illustrer. Quoi qu’il en soit, le film sera très bien accueilli (plus d’un milliard de recette) avec notamment un prologue et un épilogue absolument magnifiques. C’est pas rien.

Never easy to conclude a trilogy, especially when the second episode has entered so quickly in the list of must-see classics (like Empire Strikes Back). After the escapade of the cortex-concept Inception, it was therefore necessary to finish the work and to finish with the most prosaic “Dark Knight”. Once and for all. While the film was to tell the story of the Joker’s trial, the death of Heath Ledger put the script back in the balance. Rewritten in a hurry, The Dark Knight Rises will offer a new Catwoman (Anne Hataway) that obviously can’t compete with Tim Burton’s Michelle Pfeiffer (Batman Returns itself is an absolute masterpiece) without falling into ridicule. Tom Hardy’s character of Bane will be the villain on duty, while a short narrative circuit will link a second narrative arc to Batman Begins. The loop is complete. The $250 million budget stretches things out with Warner and pushes Nolan to make a few concessions. The darkness softens. The wide-open scenes are still stunning, but the hand-to-hand action scenes scatter into slightly lazy choreography and set design. Paradoxical for a director who admits that he never wants to delegate a shot to a second team. Nolan will thus lend his flan to the endless critics who see in him a cerebral director who is more adept at densifying his story unnecessarily than a director with a clear vision of the action to be illustrated. In any case, the film will be very well received (more than a billion of recettes) with, in particular, an absolutely magnificent prologue and epilogue. That’s quite something.

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MEMENTO (2000)

Christopher Nolan - Memento

Le succès festivalier (et critique) de Following ouvrit quelques portes à Christopher Nolan. Dans sa logique de toujours avoir sous la main le script du film suivant, celui de Memento était fin prêt après un premier voyage à Chicago qui lui permit d’évoquer le sujet avec son frère encore universitaire. Ce dernier en tirera une nouvelle (“Memento Mori“) alors que le film se montait tranquillement après qu’un certain Brad Pitt ait porté un intérêt certain sur le script. Faute de temps disponible, il se retirera du projet, laissant Aaron Eckhart (futur double face) et Alec Bladwin notamment sur les rangs avant que le quasi inconnu Guy Pearce (L.A. Confidential) n’emporte le morceau. Une belle galerie de seconds rôles (Carrie-Anne Moss, Joe Pantoliano, Stephen Tobolowski) et un tournage éclair de 25 jours dans le no man’s land de Los Angeles, parfaitement représentatif de l’état mental du héros, pour un budget serré de 4,5 millions de dollars obligeront le réalisateur à être plus malin encore que son histoire. Cette dernière triture en effet le genre du polar dans ses aspérités temporelles les plus mindfuck en usant d’un traumatisme qui empêche son héros de pouvoir utiliser sa mémoire à court terme pour résoudre l’enquête sur le meurtre de sa femme. Un jeu de piste qu’il devra se graver sur le corps comme autant d’indices à résoudre au fil d’un montage qui alterne les séquences à rebrousse temps en couleur à celles en chronologie normale en noir et blanc. Puzzle.  Malin, un site web est lancé à la façon du Projet Blair Witch pour donner quelques indices sur l’enquête. Buzz. Memento fera un carton chez les critiques adeptes d’intrigues alambiquées, et malgré un système narratif déjà utilisé dans Je T’aime, Je T’aime (Alain Resnais, 1968) récoltera de nombreux prix (dont quatre au festival de Deauville) et deux nominations aux Oscars (montage et scénario original). Son succès public scellera les choses et fera de Christopher Nolan l’auteur à suivre.

The festival (and critical) success of Following opened some doors for Christopher Nolan. In his logic of always having the script of the next film on hand, Memento’s was ready after a first trip to Chicago, which allowed him to discuss the subject with his brother, who was still at university. The latter would make a new one (“Memento Mori”) as the film was quietly being edited after a certain Brad Pitt had taken an interest in the script. For lack of time, he withdrew from the project, leaving Aaron Eckhart and Alec Bladwin in particular in the ranks before the almost unknown Guy Pearce (L.A. Confidential) took over. A beautiful gallery of supporting roles (Carrie-Anne Moss, Joe Pantoliano, Stephen Tobolowski) and a 25-day shoot in Los Angeles’ no-man’s-land, perfectly representative of the hero’s mental state, for a tight budget of 4.5 million dollars will force the director to be even smarter than his story. The latter indeed wreaks the genre of the thriller in its most mindful temporal asperities by using a trauma that prevents his hero from being able to use his short-term memory to solve the investigation into his wife’s murder. A treasure hunt that he will have to engrave himself on the body as so many clues to be solved in a montage that alternates the time-reversed sequences in colour with those in normal chronology in black and white. Puzzle. Clever, a website is launched in the style of the Blair Witch Project to give some clues about the investigation. Buzz. Memento will be a hit with critics who love convoluted plots, and despite a narrative system already used in Je T’aime, Je T’aime (Alain Resnais, 1968) will win numerous awards (including four at the Deauville festival) and two Academy Awards nominations (editing and original screenplay). His public success sealed the deal and made Christopher Nolan the “author to watch”.

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TENET (2020)

Christopher Nolan - Tenet

Dans une situation très particulière, Nolan revient ici avec un film concept autour du temps non plus replié ou suspendu mais retourné. Il faut reconnaître à Christopher Nolan sa grande habileté d’avoir lui aussi convaincu la Warner de lui laisser une totale liberté d’expression. Avec un budget de 200 millions de dollars, sans têtes d’affiche bankables, une histoire chaotique au happy-end amer (coucou le final de Casablanca) et le final cut indispensable, le réalisateur assoit une position hors-norme et s’inscrit dans un créneau désormais désertifié de faiseur de blockbuster estampillé auteur… soit une anomalie, une bizarrerie au sein des majors. Une victoire, aussi. Et si Tenet a parfois du mal à assumer son propre univers, quitte à rester nébuleux voire incohérent, il n’en demeure pas moins une fascinante montagne russe qui nous trimbale de Bombay à Oslo en passant par Londres et la Sibérie. Nulle doute qu’il divisera bien plus que ses films précédents et que les irréductibles accrocs aux voyages héroïques exfiltrés de Joseph Campbell (Le Héros aux Mille Visages) bouderont qu’il ne se contente pas d’enjeux clairs ni d’une péripétie les menant d’un point à un autre sans jouer à saute-mouton dans une spirale. Dans cet enchevêtrement tourneboulé qui pourra lui donner des oripeaux trompeurs de film malade ou meurtri, les expériences de Christopher Nolan tracent leur chemin, à l’endroit, à l’envers, et nous éclairent avec une virtuosité fragile sur son statut de cinéaste star.

In a very particular situation due to COVID, Nolan returns here with a concept film about time no longer folded (Interstellar) or suspended (Inception) but turned upside down. Christopher Nolan must be acknowledged for his great skill in having convinced Warner Bros. to allow him complete freedom of expression. With a budget of 200 million dollars, no bankable stars, a chaotic story with a bitter happy-end (inspired by Casablanca ending) and the indispensable final cut, the director takes an unusual position and fits into a now desertified niche of blockbuster maker stamped author… an anomaly, a quirk within the majors. A victory, too. And if Tenet sometimes finds it difficult to assume his own universe, even if it means remaining nebulous or even incoherent, he is nevertheless a fascinating roller coaster that takes us from Bombay to Oslo via London and Siberia. So, the movie is less appreciate his previous films and that the die-hard addicts of Joseph Campbell’s exfiltered heroic journeys (The Hero with a Thousand Faces) will sulk that he is not content with clear stakes or a twist leading them from one point to another without playing leapfrog in a spiral. In this twisted tangle that can give him deceptive tangled tales of a sick or bruised film, Christopher Nolan’s experiments trace their path, right side up, upside down, and enlighten us with fragile virtuosity about his status as a star filmmaker.

5

DUNKERQUE (2017)

Christopher Nolan - Dunkerque

La guerre c’est moche. La peur, l’espoir, la mort qui rôde dans une danse macabre qui balance sur son compte à rebours lancinant. Elle fait dans la lâcheté, l’héroïsme, l’humain. Au cinéma, elle aura été scrutée, analysée, découpée, charcutée dans tous les sens. De l’éthérée au chirurgicale, du bestial au sophistiqué. Mais pour filmer l’évacuation des anglais sur les plages de Dunkerque durant l’opération Dynamo, il fallait avoir un sens inné du spectacle, un budget adéquat (200 millions quand même) et quelque chose de plus à montrer et raconter. Une course contre la montre dont on entend périodiquement le tic-tac dans une bande son portée par la partition du fidèle Hans Zimmer. En s’entourant de techniciens de haut vol (Hoyte van Hoytema à la photo notamment) et en réaffirmant son amour de la pellicule (70 mm et IMAX) appuyée par des effets spéciaux à l’ancienne, Dunkerque en met plein les yeux et les oreilles. Mais aussi brillant soit le film d’un strict point de vue formel, le souhait de Nolan de vouloir avant tout provoquer des émotions fortes se heurte à une certaine désincarnation de ses héros.Entre deux morceaux de bravoure, il nous manque de la profondeur, un peu de champ. De l’humain. En jouant une nouvelle fois avec les lignes temporelles, Nolan ne brouille pas seulement les pistes, il inverse également le cours de l’histoire : d’une défaite, il fait une victoire à hauteur d’hommes. Question de perspective une fois encore. Mais son sens de la mise sous tension psychologique et physique, comme cette séquence finale à la fois puissante et splendide, lui permet de propulser le film au-delà du simple spectacle son et lumière.

War is ugly. Fear, hope, death lurking in a macabre dance that swings in its haunting countdown. It is cowardly, heroic, human. In the cinema, she will have been scrutinised, analysed, cut up, butchered in all directions. From the ethereal to the surgical, from the bestial to the sophisticated. But to film the evacuation of the English on the beaches of Dunkirk during Operation Dynamo, you had to have an innate sense of spectacle, an adequate budget (200 million anyway) and something more to show and tell. A race against the clock, the ticking of which is periodically heard in a soundtrack carried by the score of Hans Zimmer. By surrounding itself with top-notch technicians (Hoyte van Hoytema in the photo in particular) and by reaffirming its love of film (70 mm and IMAX) supported by old-fashioned special effects, Dunkirk is a feast for the eyes and ears. But no matter how brilliant the film is from a strictly formal point of view, Nolan’s desire to provoke strong emotions above all comes up against a certain disembodiment of his heroes. Between two pieces of bravery, we lack depth, a little bit of field. Humanity. By once again playing with time lines, Nolan not only blurs the tracks, he also reverses the course of history: from a defeat, he makes a victory at the level of men. A question of perspective once again. But his sense of psychological and physical tension, like this final sequence that is both powerful and splendid, allows him to propel the film beyond a simple sound and light show.

4

THE DARK KNIGHT (2008)

Christopher Nolan - Dark Knight

Le travail avec David S. Goyer avait porté ses fruits sur Batman Begins. Le scénariste avait déjà envisagé deux suites qui devaient lancer les personnages iconiques du Joker et de Harvey Dent. La volonté de Nolan restait de montrer à quel point le Dark Knight influençait négativement l’univers de Gotham City en créant autour de son image un galerie de nouveaux criminels prêts à en découdre. Batman doit attirer la folie. Et donc, le Joker, avide d’anarchie, substantifique moelle d’une pile à double pole. Le casting du premier épisode remet le couvert, excepté Katie Holmes (Rachel Dawes) remplacée ici par Maggie Gyllenhaal à la place de Rachel McAdams un temps envisagée. Mais bien entendu, le film tient son axe dramatique autour du personnage du Joker campé par Heath Ledger qui avait impressionné Nolan lors de l’audition de Batman Begins quelques années plus tôt. Les prétendants étaient nombreux (dont Mark Hamill qui lui avait donné sa voix dans le dessin animé) et l’interprétation de Ledger, que certains compareront à cette de Anthony Hopkins dans le Silence des Agneaux (1991) imprimera la pellicule d’une folie  teintée de bestialité. Christopher Nolan en profite pour noircir le trait, verser dans la tragédie, jouer sur les tourments de personnages ambigus. Comme Batman Begins, l’ombre du 11 septembre plane sur le film alors que la réalisation cite ouvertement le Michael Mann de Heat lors de la scène d’ouverture. The Dark Knight possède alors assez de morceaux de bravoure pour transformer le réalisateur en véritable auteur à gros budgets. Dorénavant, il n’y a plus de honte à voir un film de super héros. Si les connaisseurs de la bande dessinées trouveront ici et là de quoi évoquer la trahison du mythe Batman, le grand public donnera raison à un film spectaculaire (avec son exploitation de plus en plus conséquente de l’Imax) et malin, foisonnant et fascinant. Sommet du box office du haut de son plus d’un milliard de dollars de recettes et placé illico au sommet de la pyramide des films “comics” jusqu’au grotesque dénigrement du Spiderman 2 de Sam Raimi, le film récoltera huit nominations aux Oscars, entérinant la passerelle entre films “sérieux” et “pop culture“. Le film remportera les meilleurs effets sonores et le meilleur second rôle masculin à titre posthume, Heath Ledger étant décédé quelques semaines après le tournage.

The work with David S. Goyer had borne fruit on Batman Begins. The screenwriter had already envisioned two sequels that would launch the iconic characters of The Joker and Harvey Dent. Nolan’s desire remained to show how the Dark Knight was negatively influencing the world of Gotham City by creating around his image a gallery of new criminals ready to fight. Batman must attract madness. And so, the Joker, greedy for anarchy, substantial marrow of a double pole battery. The cast of the first episode is back together, except for Katie Holmes (Rachel Dawes) replaced here by Maggie Gyllenhaal in place of Rachel McAdams for a while. But of course, the film’s dramatic focus is on the character of The Joker played by Heath Ledger, who had impressed Nolan at the Batman Begins audition a few years earlier. There were many contenders (including Mark Hamill, who had given him his voice in the cartoon) and Ledger’s performance, which some will compare to Anthony Hopkins’ Silence of the Lambs (1991), will print the film with a madness tinged with bestiality. Christopher Nolan takes advantage of this to blacken the line, to pour into the tragedy, to play on the torments of ambiguous characters. Like Batman Begins, the shadow of September 11th hangs over the film while the director openly quotes Heat’s Michael Mann in the opening scene. The Dark Knight then has enough pieces of bravery to turn the director into a true big-budget author. From now on, there is no longer any shame in seeing a superhero movie. If comic book connoisseurs will find here and there something to evoke the betrayal of the Batman myth, the general public will agree with a spectacular film (with its increasingly consequent exploitation of the Imax) that is clever, abundant and fascinating. At the top of the box office from the top of its more than one billion dollar takings and placed illico at the top of the pyramid of “comic” films to the grotesque denigration of Sam Raimi’s Spiderman 2, the film will garner eight Oscar nominations, confirming the bridge between “serious” films and “pop culture”. The film will win Best Sound Effects and Best Supporting Actor posthumously, as Heath Ledger died a few weeks after shooting.

3

LE PRESTIGE (2006)

Christopher Nolan - Le Prestige

Il faut remonter au début des années 2000 : Aaron Ryder, producteur de Mémento, s’intéresse au roman Le Prestige signé Christopher Priest, paru en 1995, qu’il propose derechef à Christopher Nolan. Ce dernier le trouve assez intéressant pour en discuter avec son frangin Jonathan et accepter l’idée de travailler à son adaptation. Coup de chance, Priest est un fan de Following et Memento et les droits sont vendus dans la foulée. La rédaction du script commence pendant la post production de Insomnia mais le projet doit s’arrêter après le démarrage précipité de la production de Batman Begins. Ce dernier est un succès. Franchise relancée. Studio aux anges. Les critiques jettent des regards énamourés sur tout ce que peut faire Christopher Nolan. Ce dernier a besoin d’air. De respiration. Le Prestige tombe à point nommé. Convaincu par Hugh Jackman pour le rôle d’Angier, le réalisateur refait équipe avec Christian Bale (Borden) et Michael Caine (John Cutter). Entre eux, Scarlett Johansson (Olivia Wenscombe) , Rebecca Hall (Sarah Borden) et un étonnant David Bowie (Nokola Tesla) complètent un casting de choix. Film à la fois historique et fantastique, Le Prestige reste à part dans la filmographie de Christopher Nolan dans ce qu’il ne fait jamais dans le spectaculaire à tout crin. Porté par ses deux acteurs principaux, impeccables, la rivalité des deux personnages pourra être comparée à celle de Mozart et Salieri dans Amadeus. Torturé. Comme un discours de la méthode Nolan, le thème de l’illusion est à nouveau fractionné dans une chronologie narrative maline qui embrouille le spectateur sans le perdre. Cette volonté de petits tours, de ressorts fabriqués, de chausses trappes dissimulés peut agacer. Reçu avec davantage de réserve par la critique, le film sera un semi échec public, notamment en France avec moins de 200000 spectateurs. Avec le temps, Le Prestige inversera pourtant les choses et deviendra l’un des films les plus attachants du réalisateur. Son coeur révélateur jamais refroidi, entre passion et folie, n’y est sûrement pas étranger.

We have to go back to the early 2000s: Aaron Ryder, producer of Mémento, is interested in the novel Le Prestige by Christopher Priest, published in 1995, which he offers again to Christopher Nolan. The latter finds it interesting enough to discuss it with his brother Jonathan and accept the idea of working on its adaptation. Luckily, Priest is a fan of Following and Memento and the rights are sold immediately. Script writing starts during the post-production of Insomnia but the project has to stop after the hasty start of the production of Batman Begins. The latter is a success. Franchise relaunched. Studio aux anges. The critics take a loving look at everything Christopher Nolan can do. Nolan needs air. Breathing. The Prestige comes at just the right time. Convinced by Hugh Jackman to play Angier, the director teams up again with Christian Bale (Borden) and Michael Caine (John Cutter). Between them, Scarlett Johansson (Olivia Wenscombe), Rebecca Hall (Sarah Borden) and an amazing David Bowie (Nokola Tesla) complete a select cast. A film that is both historical and fantastic, The Prestige remains apart in Christopher Nolan’s filmography in what he never does in the spectacular. Carried by his two impeccable lead actors, the rivalry between the two characters can be compared to that of Mozart and Salieri in Amadeus. Tortured. Classic in Nolan’s work, the theme of illusion is once again broken down into a clever narrative chronology that confuses the viewer without losing him or her. This desire for small tricks, fabricated springs, hidden trapdoors can be annoying. Received with more reserve by the critics, the film will be a public semi-failure, especially in France with less than 200,000 spectators. Over time, however, Le Prestige will reverse the trend and become one of the director’s most endearing films. His revealing heart never cooled, between passion and madness, is certainly not foreign to it.

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INTERSTELLAR (2014)

Christopher Nolan - Interstellar

La vision d’apocalypse écologique réduisant la Terre à un caillou de moins en moins vivable et sujette à des tempêtes récurrentes, annonce d’emblée une fin inévitable. Cette humanité qui court à sa perte et la possibilité d’un hymne salvateur porté par la mission crève-coeur de Cooper (excellent Matthew McConaughey) pilote qui a “l’étoffe des héros” avec ce sens sacrificiel qui sied si bien au costume. Evidemment, Interstellar aborde de façon sépulcrale sa courbure espace-temps cinématographique qui s’attacherait à la fois le chromos d’un John Ford (la scène des adieux fait penser au départ de John Wayne dans « La Prisonnière du Désert », les ambiances à la Steinbeck des « Raisins de la Colère »), le Kubrick paradoxal (« 2001 »), le Tarkovski exigeant (« Solaris »), le Malick philosophe de la dualité nature-culture et un esprit entertainement toujours efficace (« Contact » de Zemeckis avec, déjà McConaughey). Tout cela, porté par une partition inspirée de Hans Zimmer qui se fait souffrance pour être un tantinet original (orgues très présents et Philip Glass dans le rétroviseur) sans avoir vu une seule image du film. Enfin, les théories simplifiées du physicien Kip Thorne, torsadées pour tresser un scénario à la fois complexe sur le fond, simple sur la forme, où la quête du héros, sempiternel Graal du storytelling, se mélange à la soupe quantique à fortes turbulences. Mais pour Christopher Nolan, l’histoire reste au cœur d’un film. Ni 3D, ni effets spéciaux spécieux. Le réalisateur est attaché au classique sans s’épargner des plans incroyables, épaulé par Hoyte van Hoytem à la photo. Si la surprise du special guest est un peu patapouf, le réalisateur donne à réfléchir, voir, recevoir, découvrir et penser. Certains reprocheront au film de jongler maladroitement avec le sérieux et la pure anticipation fantaisiste. Mais entre deux trous noirs, les vers spatio-temporels et la finitude des choses, il ne reste que l’amour des siens. De cet univers sans limite qu’il reste à dompter pour l’humanité, Interstellar abouti à cet étonnant voyage transcendé qui nous promène à l’autre bout de la galaxie pour s’en retourner à ce qui fait battre nos cœurs.

Like it or not. This vision of an ecological apocalypse reducing the Earth to a pebble less and less livable and subject to recurring storms, heralding an inevitable end. This humanity that is on the verge of extinction and the possibility of a saving hymn carried by the heart-breaking mission of Cooper (excellent Matthew McConaughey) who has the makings of “heroes in spite of themselves” with that sacrificial sense that suits the costume. Obviously, Interstellar approaches in a sepulchral way its cinematographic space-time curvature which would attach itself at the same time to the chromos of a John Ford (the farewell scene reminds us of John Wayne’s departure in “The Searchers”, the Steinbeck-like ambiences of the “Grapes of Wrath”), the paradoxical Kubrick (“2001”), the demanding Tarkovski (“Solaris”), the philosopher Malick on the duality of nature and culture and an always effective entertaining spirit (“Contact” by Zemeckis with, already, McConaughey). All of this, carried by a score inspired by Hans Zimmer who is suffering to be a bit original (organ very present and Philip Glass in the rear-view mirror) without having seen a single image of the film. Finally, the simplified theories of the physicist Kip Thorne, twisted to weave a scenario that is both complex in content and simple in form, where the hero’s quest, the eternal Holy Grail of storytelling, is made crystal clear in a quantum soup of strong turbulence. But for Christopher Nolan, the story remains at the heart of a film. Neither 3D nor specious special effects. The director is attached to the classic without sparing himself incredible shots, supported by Hoyte van Hoytem in the photo. If the surprise of the special guest is a little bit clumsy, the director gives you something to think about, to see, to receive, to discover and to think about. Some will reproach the film for clumsily juggling seriousness and pure fantasy anticipation. But between two black holes, the space-time verses and the finiteness of things, only the love of one’s own remains. From this limitless universe that remains to be tamed for humanity, Interstellar leads to this astonishing transcendental journey that takes us to the other end of the galaxy to return to what makes our hearts beat.

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INCEPTION (2010)

Christopher Nolan - Inception

À chacun son petit préféré. Entre Interstellar et Inception, c’est une affaire d’humeur de l’instant. Porté dix ans durant après un premier traitement de 80 pages rédigé dès le début des années 2000, Inception est le prototype filmique signé Christopher Nolan. Son archétype. Son représentant le plus pur et le plus évident. Celui qui recentre toutes les énergies, toutes ses obsessions… Entre son casting en or massif (Leonardo diCaprio, Tom Hardy, Ellen Page, Michael Caine, Ken Watanabe, Joseph Gordon-Levitt et Marion Cotillard), ses effets visuels bluffants et son hi-concept carabiné, ce film de cambriolage (le fameux “heist movie“, un sous genre à part entière) devient par l’introduction des rêves une fantasmagorie déstructurée jouant à cloche-pied sur une narration à vitesse variable, comme un fil ténu entre jeux de rôles suspendus et labyrinthes métaphoriques. Véritable casse tête pour convaincre un studio Warner qui n’y comprend que dalle, le projet finit par se monter alors que les comédiens principaux n’en saisissent pas davantage les arcanes. De la signification (plus ou moins) cachée des noms des personnages (Arianne qui déroule son fil, Arthur, Mal etc.) à l’imbrication subtile des séquences, des références affichées qui vont de Matrix à Dark City et surtout Paprika de Satoshi Kon au travail de fond de Hans Zimmer pour une BO basée sur l’exploitation de la chanson “Non, je ne regrette rien” dont la musique de Michel Dumont couvre toute la dernière partie du film en filigrane et ralenti. Inception devient alors un peu plus qu’un film maturé où le rêve serait un deuxième monde réel. Exemple du blockbuster malin, échevelé et à la pesanteur fascinante, le film abreuve les amateurs d’un dédale virtuose qui ose, renverse, excite et impressionne. Qu’il parvienne à conserver sa limpidité reste son principal tour de force quitte à appuyer très fort sur ses explications. Mais le feu d’artifice tempête et sous ses oripeaux “d’actionner“, Christopher Nolan parvient à insuffler le frisson dramatique d’une histoire d’amour déchirée et déchirante. Chef d’œuvre.

To each his favorite little one. Between Interstellar and Inception, it’s a matter of instant mood. Worn for ten years after an initial 80-page treatment written in the early 2000s, Inception is the film prototype by Christopher Nolan. Its archetype. Its purest and most obvious representative. The one that refocuses all its energies, all its obsessions… Between its solid gold cast (Leonardo diCaprio, Tom Hardy, Ellen Page, Michael Caine, Ken Watanabe, Joseph Gordon-Levitt and Marion Cotillard), its bluffing visual effects and its rifle-rimmed hi-concept, this heist movie (a sub-genre in its own right) becomes, through the introduction of dreams, a destructured phantasmagoria playing on a variable-speed narrative, like a fine thread between suspended role-playing and metaphorical labyrinths. A real headache to convince a Warner studio that understands nothing about it, the project ends up being set up while the main actors don’t understand the mysteries any more. From the (more or less) hidden meaning of the characters’ names (Arianne who unwinds her thread, Arthur, Mal etc.) to the subtle interweaving of the sequences, from the displayed references that range from Matrix to Dark City and especially Satoshi Kon’s Paprika to Hans Zimmer’s background work for a soundtrack based on the exploitation of the song “Non, je ne regrette rien” whose music by Michel Dumont covers the entire last part of the film in filigree and slow motion. Inception then becomes a little more than a mature film where the dream would be a second real world. An example of the clever, disheveled and fascinatingly heavy blockbuster, the film delights fans with a virtuoso maze that dares, overturns, excites and impresses. That it manages to keep its limpidity remains its main tour de force, even if it means pressing very hard on its explanations. But the storming fireworks and under action movie style, Christopher Nolan manages to breathe the dramatic thrill of a torn and heart-rending love story. A masterpiece.

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