Nous nous étions entretenus avec Mike Holmes, guitariste et compositeur d’IQ en mars 2025,  dans le contexte de la sortie de Dominion, treizième — et très attendu — album studio du groupe britannique, un disque magistral et envoûtant. Cette fois, c’est avec Peter Nicholls, chanteur et parolier du groupe, que nous avons eu le bonheur d’échanger à bâtons rompus. Non pas pour spécifiquement évoquer le dernier album, mais dans une perspective plus large, pour évoquer avec lui son art et revenir ensemble sur quelques-uns des morceaux les plus emblématiques du groupe (« Darkest Hour« , »Frequency« , « The Last Human Gateway », « Guiding Light », « The Wake », « The Enemy Smacks », « The Road of Bones », « Never Land »). Une conversation ponctuée de nombreuses digressions et d’anecdotes, pour notre plus grand plaisir. Et au final, un entretien-fleuve, à cœur ouvert, absolument captivant avec un artiste d’une rare authenticité et d’une grande sensibilité. Nous espérons sincèrement que vous prendrez autant de plaisir à lire cet échange que nous en avons eu à le mener. Enfin, pour rappel, IQ sera à l’affiche du ProgRockFestival, au Casino de Paris, les 26 et 27 septembre 2025, aux côtés de The Watch, Karnataka et RPWL. Un événement exceptionnel à ne manquer sous aucun prétexte.

Le groupe est de retour du festival Cruise to Edge (Ndlr : croisière-festival de rock progressif, au départ de Miami, qui a réuni cette année une affiche fabuleuse, des ténors des 70’s tels que Robert Fripp, Rick Wakeman et Steve Hackett aux légendes du néo-prog telles que IQ et Pendragon, en passant par des groupes encore plus contemporains tels que Haken, Riverside ou encore Big Big Train, etc.). Comment ça s’est passé ?

PETER NICHOLLS : Nous avons effectivement participé cette année à la croisière Cruise to the Edge. Une programmation 100 % prog et qui, rapide aparté, illustre bien la renaissance actuelle de ce style musical. C’est d’autant plus frappant que, comme tu t’en souviens certainement, il fut un temps où le progressif était redevenu un genre underground et très peu populaire. La dynamique aujourd’hui est très positive, pour ce courant musical comme pour IQ. Pour revenir à ta question, Cruise to Edge a été une très bonne expérience et une très belle opportunité de mettre en avant le groupe. On nous avait déjà sollicités à plusieurs reprises pour y participer par le passé, mais j’étais encore en activité, et je ne pouvais pas facilement me libérer. Une fois sur place, beaucoup de fans américains sont venus nous dire que notre présence sur la croisière avait été l’élément déclencheur de leur achat de billets — ce qui, étant donné le prix (Ndlr : un minimum de 1600 $ par personne pour six jours à bord), n’est pas anodin. Ils étaient vraiment ravis de nous voir et cela a été une très belle célébration, même si je dois reconnaître que c’était quelque peu frustrant de n’avoir que deux sets d’une heure. Dans le rock progressif, une heure… c’est trois morceaux (Ndlr : rires) ! Donc pas simple de choisir la setlist. Pas évident non plus de jouer à bord d’un bateau. Les conditions sont réellement particulières. D’où quelques soucis techniques qui ont fait que nos performances n’étaient pas aussi fluides qu’on l’aurait souhaité. (Ndlr : très compliqué pour les ingénieurs du son d’adapter les configurations aux différents espaces du navire et d’offrir une expérience audio parfaite avec, qui plus est, les défis acoustiques inhérents à un environnement maritime). Cela dit, le public ne s’en est pas rendu compte, les gens étaient enthousiastes et ravis, et c’est ce qui compte. Globalement, ce principe de croisière est une très belle opportunité pour le public de voir une multitude de groupes en un seul et même endroit. Même pour nous, ça a été l’occasion de revoir du monde. Notamment Pendragon — on ne s’était pas vus depuis, quoi, trente ans ? Bref, une excellente occasion de renouer le contact, boire un verre ensemble et tout simplement profiter du moment présent. Et puis, c’était aussi l’occasion de mesurer le chemin parcouru, de nos débuts pas forcément évidents au Marquee (Ndlr : célèbre salle de concert londonienne emblématique du rock progressif et de nombreux grands groupes des années 60 à 80), il y a 40 ans, à notre présence sur cette magnifique croisière. Je ne suis pas sûr que je me précipiterais pour le refaire dès l’année prochaine. Certains artistes y retournent année après année, mais ce n’est pas forcément ce que je recherche. Pour être honnête, j’étais un peu saturé de prog sur la fin de la croisière (Ndlr : rires). Mais je suis certain que nous y reparticiperons un jour. Et en termes de visibilité pour IQ, je le répète, c’était une vraie réussite.

Revenons aux tout débuts – ta découverte du prog et ta rencontre avec Mike…

PETER NICHOLLS : Mes premières émotions musicales sont d’abord du côté de la pop des années 70, le glam et le rock. Avec des artistes tels que David Bowie, Roxy Music ou David Cassidy (Ndlr : qui connut une popularité immense, notamment au Royaume-Uni avec des titres comme « How Can I Be Sure » et « Daydreamer ») dont j’étais grand fan. À l’école, mes matières de prédilection ont toujours été les arts plastiques et l’anglais. Et la salle d’art était mon sanctuaire, mon refuge, là où je me sentais le mieux. Je dessinais à l’époque non-stop avec une passion pour les bandes dessinées américaines telles que Marvel, une passion que partageait également un de nos profs d’art stagiaire. D’ailleurs, voir qu’un adulte, un enseignant, pouvait reconnaître une valeur artistique à quelque chose que j’adorais — ces bandes dessinées — ça a légitimé les choses pour moi et m’a marqué. Un jour, en entrant dans la salle, je suis tombé nez à nez avec une affiche sur le mur : c’était la pochette de Brain Salad Surgery, que je n’avais jamais vue auparavant. J’ai demandé à ce professeur ce que c’était, et il m’a répondu : « C’est le nouvel album d’Emerson, Lake and Palmer ». En toute honnêteté, je n’avais jamais entendu parler d’ELP. On était en 1973, j’avais 14 ans, et le graphisme de cette pochette, signée Hans Ruedi Giger (Ndlr : artiste suisse célèbre pour son style surréaliste et biomécanique) m’a littéralement hypnotisé : ce visage aux airs égyptiens, c’était fascinant. À l’école, évidemment, on n’avait pas les moyens d’acheter un vinyle et il fallait trouver quelqu’un qui l’avait déjà, qui pouvait nous le prêter ou nous l’enregistrer sur une K7. J’ai fini par mettre la main sur une K7 enregistrée de ce disque d’ELP et ça a été une révélation : ma toute première rencontre avec le rock progressif. Moi qui venais de l’univers de la pop, c’était un choc total — un monde complètement nouveau. Je suis devenu fan de ce groupe, et le premier album que j’ai acheté, c’était Pictures at an Exhibition — parce que c’était un disque à petit prix. Quand tu es ado, le prix d’un disque, c’est quelque chose de colossal et tu n’as pas droit à l’erreur. De fil en aiguille, je suis passé à Genesis et à d’autres groupes. J’ai rencontré Mike (Ndlr : Holmes, guitariste d’IQ) en 1976, justement à un concert de Genesis, complètement par hasard (Ndlr : il est possible que ce soit le concert du 10 juillet 1976, dans la salle du Bingley Hall à Stafford pour la tournée européenne Trick of the Tail). On était assis dehors, attendant l’ouverture des portes, et on a commencé à discuter. Et de cette rencontre est né The Lens, qui allait ensuite devenir IQ. Et voilà, aujourd’hui, l’an prochain, ça fera cinquante ans que Mike et moi nous sommes rencontrés. C’est vertigineux, quand on y pense.

Donc c’est en quelque sorte l’art graphique qui t’a amené à IQ…

PETER NICHOLLS : Oui absolument. Et je suis toujours resté fortement attiré par le graphisme. Ce qui explique que, lorsque j’ai rejoint le groupe, de manière très naturelle, j’ai proposé de réaliser les pochettes des premiers albums. Cinq pochettes au total : Lush Attic, The Wake, The Lost Attic, Ever ainsi qu’un album de Noël.

Qu’est-ce qui vous a conduit à changer d’approche graphique après Ever ?

PETER NICHOLLS : Il est important de ne pas toujours suivre le même schéma. J’aurais pu continuer à illustrer les pochettes de tous les albums, mais avec Subterranea (Ndlr : magnifique double concept album de 1997) j’ai senti qu’on avait atteint une sorte de tournant — une ligne symbolique. Pour moi, cet album-là gagnait à être représenté d’une manière différente, avec une approche plus photographique, aussi bien dans la pochette que dans les illustrations du livret qui accompagnent les morceaux. Cette approche visuelle apportait quelque chose de neuf — peut-être même de plus moderne — par rapport à mon style graphique. C’est à ce moment-là que Tony Lythgoe, notre graphiste, est entré en scène. Depuis, c’est lui qui mène toute la direction visuelle de nos projets. Cela dit, à chaque nouvel album, on me demande si je vais m’occuper de l’artwork. C’est flatteur, et peut-être que je referai une pochette un jour. À l’époque des premiers albums, j’aimais beaucoup l’idée que quelqu’un du groupe puisse traduire visuellement notre vision musicale. Il y avait une cohérence organique : c’était une vision de l’intérieur, et non une lecture imposée de l’extérieur.

Cela a longtemps été une partie de l’identité visuelle du groupe. Mais vu ton parcours, tu restes impliqué dans tout ce qui touche à l’artwork, non ?

PETER NICHOLLS : Il est vrai que ces visuels faisaient vraiment partie de l’identité du groupe, ce qui explique sans doute pourquoi la question revient si souvent. Et c’est vrai aussi que, de par mon parcours, j’ai toujours été très impliqué dans la dimension visuelle de tout ce qui touche au groupe. Pendant les années où je n’étais plus dans le groupe — et même juste après mon retour en 1990 — j’ai travaillé comme illustrateur indépendant. J’ai longtemps fait de l’illustration pour des bandes dessinées jeunesse, entre autres. C’était mon métier, mais également une passion. Aujourd’hui, j’ai un peu plus de temps devant moi, donc je n’ai plus d’excuse pour ne pas m’y remettre… même si mes yeux ne sont plus ce qu’ils étaient ! Mon travail est très minutieux, alors il me faudrait sans doute une loupe ! (Ndlr : rires). Tu sais, au final, rejoindre IQ a constitué une opportunité pour moi de combiner toutes mes passions : la musique, l’écriture, la scène, le graphisme et même la possibilité de travailler l’image du groupe sur scène, etc… C’était vraiment une synthèse de tout ce qui m’intéressait. J’avais fait du théâtre avant IQ et j’adorais ça. Mais parallèlement, j’éprouvais une sorte de frustration à réciter les mots d’autrui, à être dirigé par quelqu’un, à n’être qu’une pièce sur un échiquier. À contrario, au sein d’IQ, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup plus de liberté et que je pouvais réellement décider de mon image et contribuer à notre vision artistique. Donc oui, le point de départ de toute cette aventure tient à une émotion visuelle.

« Rejoindre IQ a constitué une opportunité pour moi de combiner toutes mes passions : la musique, l’écriture, la scène, et le graphisme » – Peter Nicholls

Cette dimension visuelle est importante pour l’écriture des textes ?

PETER NICHOLLS : Complètement. Lorsque j’écris des textes, je les imagine d’abord au travers d’images. C’est l’écoute de la musique qui fait naître ces images. J’essaie de capturer ce que la musique évoque pour moi. J’essaie ensuite de traduire en paroles ce que j’ai visualisé. Les textes sont là pour épouser la tonalité, les contours et les élans de la musique. Je ne sais pas si c’est toujours réussi, mais mon intention est que les paroles semblent jaillir du même souffle que la musique — comme si l’un et l’autre étaient indissociables, comme s’il était impensable de les envisager séparément. L’accord doit être parfait au point de s’imposer comme une évidence absolue. Mais au-delà de cette correspondance, ce que je cherche également — et je sais que le terme peut paraître prétentieux — c’est de créer des “tableaux sonores” avec les mots. Il y a toujours une narration dans mes textes, mais souvent c’est en premier lieu une série d’impressions plus qu’une histoire linéaire.

Tes textes sont indiscutablement reconnus pour leur singularité, leur poésie, leur richesse en métaphores et allégories, créant effectivement des atmosphères saisissantes indissociables de la musique d’IQ…

PETER NICHOLLS : Je me demande parfois comment sont perçus mes textes par quelqu’un dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. Ces textes, parfois qualifiés d’énigmatiques, ne sont déjà, en soi, pas toujours simples pour un anglophone. Alors je me demande ce qu’il en est pour un non-anglophone. Est-ce que ces textes ne sont in fine que des mélodies ou est-ce que l’auditeur en retire un sens ? Mais je sais aussi, par ailleurs, que dans le prog, les gens prêtent une attention particulière aux paroles.

Nous allons justement avoir lors de cet échange la possibilité de confronter nos compréhensions sur quelques-uns de tes textes. Cela sera intéressant. Est-ce que tu écris spécifiquement au moment de travailler sur l’album ou est-ce que tu notes des idées au quotidien ?

PETER NICHOLLS : J’ai toujours un stylo et un carnet sur moi. Les idées peuvent survenir à tout moment, j’essaie de les noter avant de les oublier. Je n’y parviens pas toujours, il y a sûrement des idées extraordinaires qui se sont évaporées et que je ne retrouverai jamais (Ndlr : rires). Mais lorsque nous sommes en période d’écriture, je fais encore plus attention à ça. Souvent, c’est en voiture que les idées me viennent. Alors je les répète mentalement en boucle jusqu’à pouvoir m’arrêter pour les coucher sur papier. Il y a donc un flux constant de choses qui se passent — mais ce n’est que lorsque nous travaillons sur un album que tout cela se transforme en effort conscient, en véritable processus d’écriture.

Même pour Subterranea qui est un cas particulier ? C’était une idée que tu avais en tête bien avant ou c’est venu quand le groupe a collégialement décidé d’opter pour un concept album ?

PETER NICHOLLS : Un peu des deux. La tradition quand tu sors un nouvel album, c’est de partir en tournée et de jouer trois ou quatre morceaux de l’album, ceux qui selon toi passent le mieux en live. Et c’est ce qu’on avait toujours fait jusque-là. Lors d’une discussion, on était en Allemagne, je m’en souviens très bien, on s’est dit que ça pourrait être vraiment passionnant de proposer un spectacle totalement différent, d’aller au-delà du concert rock classique vers une forme de représentation théâtrale. J’ai pour ma part toujours perçu The Subterranea Showcomme une sorte de film — une œuvre cinématographique transposée sur scène. On est partis sur l’idée d’un show entièrement nouveau, avec un grand écran devant et un autre derrière la scène, et deux heures de musique entièrement nouvelle, ce qui, bien entendu, impliquait d’écrire un double album. Et à partir du moment où cette décision a été prise, il est devenu évident qu’il nous fallait un fil conducteur, une véritable histoire pour relier le tout, et un récit, au final, plus linéaire. C’est à ce moment-là que je me suis souvenu du film L’Énigme de Kaspar Hauser (1974) de Werner Herzog (Ndlr : à qui l’on doit notamment l’extraordinaire Aguirre, la colère de Dieu, avec un Klaus Kinski halluciné). Ce film avait été projeté par le ciné-club de l’école d’art, qui programmait des films d’auteur. Et il m’avait vraiment bouleversé à l’époque — son histoire m’était restée en tête. Ce film retrace la vie et la mort, au XIXe siècle, d’un jeune homme retrouvé errant dans les rues de Nuremberg, incapable de dire d’où il vient, incapable même de parler correctement, ayant été élevé au secret, puis, sans explication, relâché dans le monde. Son identité demeure mystérieuse. De nombreuses hypothèses courent à son sujet. Certains pensent qu’il est le fils illégitime d’un membre de la royauté, mis à l’écart pour éviter un scandale. Bref, une énigme comme le titre du film l’indique. Et c’est ainsi que pour Subterranea, j’ai proposé au groupe l’idée d’un personnage moderne, lui aussi élevé en isolement, puis brutalement projeté dans une ville contemporaine. À partir de là, j’ai construit le récit : qui est cet homme ? Pourquoi a-t-il été enfermé ? Et que lui arrive-t-il après sa libération ? C’est ainsi que l’histoire a pris forme, et avec elle, l’univers de Subterranea. La musique restait, une fois encore, le point de départ. Mais cette fois, quelque chose avait changé : nous avions une histoire à raconter, et chaque fois qu’un passage nécessitait une explication, nous pouvions dire : «Il faut un morceau ici, pour éclairer cette partie du récit ». Cela m’a amené à écrire différemment — de manière plus narrative, plus ciblée. Et c’était un excellent exercice. Ce disque demeure le reflet d’une volonté affirmée de faire les choses autrement. Et je crois que le pari a été tenu. À mon sens, l’album comme le spectacle sont une réussite. Et il est devenu très difficile, avec le recul, de les envisager séparément : l’un ne va pas sans l’autre. J’ai ressenti une grande joie a participer à ce processus créatif et de cette grande équipe — car ce n’étaient pas seulement les cinq membres du groupe… Toute l’équipe technique a été impliquée dans la mise en scène, dans la conception du spectacle et dans l’élaboration du projet dans son ensemble.

IQ band - photo de Mark Hughes

« Les textes sont là pour épouser la tonalité, les contours et les élans de la musique […] Mon intention a sans cesse été d’écrire des textes avec un fort ancrage émotionnel, au travers de sujets qui résonnent profondément pour l’auditeur et auxquels il puisse s’identifier  » – Peter Nicholls

En tant que parolier, quelles sont tes influences principales ?

PETER NICHOLLS : Tout est influence et source d’inspiration, non ? Bien entendu, mes influences étaient sans doute plus évidentes lors des premiers pas du groupe. Lorsque tu débutes, tu as cette propension naturelle à vouloir imiter ceux que tu vénères. Donc oui, il y a des artistes que j’admire plus particulièrement pour leur écriture. Dans le progressif, il y a certaines conventions : on s’attend souvent, par exemple, à ce que les paroles aient une dimension onirique et évoquent des univers imaginaires. Et, bien sûr, ceux qui critiquent le prog utilisent cet argument pour tourner ce genre en dérision, s’imaginant que les textes ne traitent que de magiciens, d’elfes ou de fées… J’ai pour ma part toujours essayé d’éviter cet écueil de manière consciente. Depuis le tout début d’IQ, si l’on y prête attention, on peut voir que mon intention a sans cesse été d’écrire des textes avec un fort ancrage émotionnel, au travers de sujets qui résonnent profondément pour l’auditeur et auxquels il puisse s’identifier. Et même si le contexte peut être sujet à interprétation, l’essentiel est que l’auditeur en retire quelque chose. Il n’est pas nécessaire au demeurant qu’un texte soit complexe. Parfois, un simple « tu me manques », placé au bon moment dans la chanson, peut être source d’une grande émotion. C’est cette sincérité-là qui a toujours conduit mon écriture. Sur notre dernier album, Dominion, je pense que j’ai écrit de façon plus directe qu’avant. Nombre de gens nous ont fait remarquer à quel point l’album est musicalement riche — ce qui est vrai — mais ce qui revient aussi souvent, c’est la force des paroles. Il y a, sur cet album, une véritable force émotionnelle — et j’en suis particulièrement fier. Je crois que si une musique parvient à s’imprimer dans l’esprit de quelqu’un, ou si l’auditeur y reconnaît un thème universel, alors c’est là que la musique trouve toute sa raison d’être. Sur Dominion, plusieurs de ces thèmes universels sont présents : la perte — qu’il s’agisse d’une rupture amoureuse, du décès d’un parent, ou de l’absence d’une personne à laquelle on pense souvent, mais qu’on ne voit plus. Ce ne sont pas des sujets particulièrement originaux, mais ils parlent à tout le monde. Nous avons tous perdu quelqu’un. Nous avons tous vécu la douleur d’une séparation, ou le vide laissé par un parent disparu. Ce qui me touche vraiment avec cet album, c’est que les gens ont reconnu ces thèmes — et qu’ils y ont répondu. Ils s’y sont identifiés, ils s’y sont retrouvés. Et c’est ainsi, je crois, que la musique prend tout son sens.

Je te propose que l’on parle maintenant plus spécifiquement de certains de tes textes si tu en es d’accord.

PETER NICHOLLS : Ça me va. Je suis toujours heureux de parler des titres d’IQ. Mais lorsqu’on me demande ce que signifie un texte en particulier, je reste toujours un peu prudent. Et ce, pour plusieurs raisons : tout d’abord, parce que ce qu’un auditeur perçoit d’un texte, c’est justement ce que le texte signifie pour lui. Et cette interprétation, son interprétation, c’est ce qui compte au final. Je ne ressens pas forcément le besoin d’expliquer ce que j’avais en tête en écrivant les paroles. Quand tu achètes un recueil de poésie, tu achètes rarement un autre livre pour comprendre cette poésie. De la même manière, quand on achète un album, je pense qu’il n’y a pas besoin d’un guide pour en saisir la portée. Ce que chacun retire d’une chanson, d’une parole, lui appartient. Et je suis entièrement d’accord avec cette liberté d’interprétation. Il y a des gens qui m’ont dit : « Je sais de quoi parle ce morceau, il évoque telle ou telle chose ». Et en réalité, ce n’est pas du tout ce que j’avais voulu dire. Mais si c’est ce que ce morceau signifie pour cette personne, si c’est ainsi qu’elle s’y connecte, alors cela me va parfaitement. Je trouve même ça très beau.

C’est vrai. D’un autre côté, je sais qu’il existe un public, dont je fais partie, qui aime en savoir davantage, car resituer une œuvre dans un contexte, c’est aussi mieux la comprendre…

PETER NICHOLLS : Bien sûr. Et si le contenu n’est pas toujours autobiographique, les textes proviennent néanmoins toujours de l’intime. Je reviens à cette idée évoquée précédemment : depuis le tout début, mon intention a toujours été de créer un lien émotionnel, quelque chose auquel les gens puissent s’identifier. Parce que je crois que, si l’on se sent ému par un texte, cela nous rend aussi plus réceptifs à la musique. Et donc, oui — d’une manière ou d’une autre, ce que j’écris est inévitablement façonné par là où j’en suis, moi, à titre personnel, dans ma vie à ce moment-là. Par exemple, certaines personnes ont dit de Dominion qu’il s’agissait d’un album plus positif, plus optimiste que Resistance — et je pense que c’est tout à fait vrai (Ndlr : et c’est aussi notre opinion). La musique que Mike a composée pour cet album portait en elle quelque chose de plus lumineux — du moins, c’est ainsi que je l’ai ressenti. Mais je suis aujourd’hui également dans une période plus sereine, plus optimiste de ma vie et cela se reflète inévitablement dans mes paroles. J’étais dans un état d’esprit plus sombre pendant l’écriture de Resistance. Ça a été un album difficile à traverser, pour moi. C’est souvent plus facile d’écrire un morceau mélancolique — c’est presque attendu dans le rock progressif. Mais cela ne signifie pas qu’on ne puisse pas explorer d’autres nuances. Les thèmes pour lesquels on me connaît — la perte, l’isolement, l’aliénation — sont toujours présents dans notre dernier album. Mais je crois qu’on peut perdre quelqu’un et pourtant en garder une présence ou une trace lumineuse. De plus en plus souvent, aujourd’hui, on voit des funérailles qui deviennent des moments de célébration, presque joyeux — non pas en niant la perte, bien sûr, mais en remerciant la personne d’avoir été là, d’avoir existé. Peut-être est-ce dû, depuis la pandémie, à une évolution dans notre façon de vivre le deuil : plutôt que de s’effondrer sous le poids de l’absence, on se concentre davantage sur la reconnaissance — le fait d’avoir partagé quelque chose, d’avoir aimé quelqu’un.

Prenons le titre « Stay Down«  (Ndlr : album Résistance 2019) qui est un très bon point de départ. On évoquait tout à l’heure la question de l’interprétation, et cette chanson en est un parfait exemple : chacun peut y projeter sa propre lecture, car le contexte que tu donnes est extrêmement restreint. On ne sait rien de ce qui est arrivé au protagoniste, ni à l’autre personne évoquée — j’imagine que c’était une décision volontaire de ta part, même si la chanson est peut-être inspirée d’une expérience personnelle ?

PETER NICHOLLS : Oui, c’était totalement délibéré. Avec « Stay Down », je voulais évoquer cette sensation que l’on connaît tous à un moment ou un autre : celle d’être au plus bas, écrasé par le poids des choses, et puis d’en recevoir encore plus, comme si tout s’acharnait sur notre sort. C’est ce moment où l’on se dit : « C’est bon, ça suffit ». À l’époque — c’était il y a six ou sept ans — je traversais une période très difficile. Et je me suis dit : j’ai un choix à faire ici. Soit je reste à terre (Ndlr : d’où le titre « Stay Down »), soit je me bats pour sortir de ce puits et atteindre un endroit plus lumineux, plus vivable. Et j’ai choisi de me battre. Ce texte parle donc de ça : du refus d’abandonner. C’est un morceau qui dit : « Non, je ne veux pas rester au sol. Je vais me relever ». Parce que, dès qu’on accepte la défaite, quelle qu’elle soit, il devient très difficile ensuite de retrouver l’élan, l’énergie nécessaire pour rebondir. Dans mon cas, j’ai choisi de me battre — et je suis heureux de l’avoir fait. Mais je suis aussi conscient que tout le monde n’a pas ce choix-là. Certaines personnes n’ont pas cette opportunité, parce que les circonstances sont trop lourdes, trop écrasantes. Et cette réalité-là, elle était aussi présente dans mon esprit en écrivant la chanson. Donc oui, c’est une chanson sombre. Mais elle pose une question essentielle, et peut-être, pour certains, une lueur de résistance. Et comme tu le soulignais, je ne précise volontairement pas dans les paroles ce que traverse le personnage. Chacun peut y voir ce qu’il veut, y mettre ses propres luttes. Et je crois que c’est aussi ce qui rend ce morceau puissant — c’est qu’il reste ouvert à interprétation.

La musique d’IQ est en quelque sorte la bande sonore de nos vies. Donc nous espérons tous qu’il y aura encore des albums à venir…

PETER NICHOLLS : L’an prochain, cela fera 45 ans que le groupe existe, et nous, on fait tout cela assez naturellement, sans forcément être conscients de l’impact que notre musique peut avoir sur la vie des gens. Mais effectivement, plusieurs personnes m’ont dit ça récemment, et c’est quelque chose de remarquable à entendre. Notamment lors de la croisière Cruise to the Edge, en utilisant cette même expression : « Vous êtes la bande-son de ma vie ». Et ça, c’est bouleversant à entendre. Je me sens immensément honoré et privilégié que des gens nous suivent depuis si longtemps, avec autant de fidélité. Ce n’est pas juste qu’ils ont aimé un album à un moment donné. Non — ils suivent tout ce qu’on fait et accueillent chaque nouvelle étape. Et ça, pour moi, c’est l’une des plus grandes richesses d’IQ, surtout avec le très bon accueil réservé à Dominion. Je détesterais qu’on devienne un de ces groupes qui ne font que recycler leurs anciens albums. Ce n’est pas ce que nous voulons faire. Le fait que nous proposions toujours de nouvelles compositions, que les gens l’acceptent et l’apprécient, c’est ça notre raison d’être. C’est le cœur battant du groupe. Si nous n’étions plus qu’un groupe qui jouait la carte de la nostalgie, je pense qu’on atteindrait assez vite une limite, un point où l’on se dirait : « C’est bon, on a fait le tour ». Mais ce n’est pas le cas. IQ est toujours un groupe créatif, notre musique continue d’être bien accueillie, et c’est ce qui nous pousse à continuer. Donc non, il n’est absolument pas question de fermer la porte d’IQ de sitôt. Il y aura au moins un autre album — c’est certain. D’ailleurs, quand nous avons enregistré Dominion, il y a des morceaux que nous avons mis de côté. Il y a déjà, je dirais, 60 à 70% d’un album de prêt, que nous pourrions sortir quand nous le souhaiterons. Avec l’âge, on apprend à mieux apprécier le temps. J’ai souvent dit que les deux ressources les plus précieuses que nous avons sont le temps et la santé. Et tant que nous avons ces deux choses, nous pouvons continuer. Si la santé venait à nous faire défaut, ce serait une autre histoire. Mais pour l’heure, nous allons tous très bien. Nous demeurons motivés, curieux, impliqués — et, surtout, nous avons un public qui a envie de nous entendre. Donc tout va bien. Vraiment.

De quel titre de Dominion souhaiterais-tu parler en particulier et pourquoi ?

PETER NICHOLLS : « Never Land ». Je l’aime vraiment beaucoup. Je trouve qu’il fonctionne parfaitement. Quand Mike m’a fait écouter sa première démo — ce n’était pas encore terminé à ce stade —, dès les premières notes, j’ai su que ce serait le morceau de clôture de l’album. À l’origine, j’avais pensé l’intituler « Everywhere ». Car ce que j’imaginais en termes de texte, c’était quelqu’un qu’on a perdu, mais qu’on continue de voir partout : dans le ciel, dans la lumière qui traverse les arbres, dans une chanson qu’on aimait écouter ensemble etc… Cette personne est partie, mais elle demeure encore présente partout autour de toi. Donc « Everywhere » (Ndlr : « partout ») était le titre de travail de cette composition, mais ce n’était pas une formulation très originale ni très marquante. Bref pas terrible pour un titre. Et puis est venue cette phrase : « We learned how to fly but never land ». L’idée que l’on vit sa vie sans jamais réfléchir à la fin, alors qu’évidemment tout finit par s’achever. C’est là que le mot « Never Land » est apparu — deux mots, pas « Neverland » comme dans Peter Pan. J’ai tout de suite dit : Non, ça ne va pas, les gens vont penser à Peter Pan ou à Michael Jackson, je vais devoir expliquer à chaque fois que la chanson n’a rien à voir avec ce thème. Idem pour ce qui est d’un rapprochement éventuel avec le titre de Marillion, « Neverland » (Ndlr : extrait de l’album Marbles). On s’est posé la question : fallait-il modifier ce titre ? Finalement, le groupe a tranché : Non. On garde « Never Land ». Ce n’est pas le même mot, ce n’est pas la même idée. Et ce n’est sûrement pas la seule chanson du monde à porter ce titre. Mais pour répondre plus directement à ta première question : j’adore ce morceau. J’aime profondément sa musique, et j’ai beaucoup travaillé sur les paroles. Elles ont demandé du temps. Il y a toujours de nombreuses versions, de nombreux allers-retours, avant que je ne parvienne à ce qui me semble être la version la plus juste. L’écriture de textes n’est pas un exercice simple. C’est même bien souvent un exercice contraint : tu ne peux écrire que ce que la musique permet. Les phrases sont souvent courtes, donc il faut être extrêmement précis dans ce qu’on veut dire. Une autre raison pour laquelle j’aime beaucoup « Never Land » tient au chant : je trouve que la voix sonne bien. Et je le dis avec d’autant plus de conviction que je suis sans doute mon critique le plus exigeant. D’ailleurs, je n’aime pas ma voix sur les premiers disques, The Wake y compris. Je les trouve difficiles à écouter aujourd’hui. Mais là, sur cet album, je sonne comme j’ai toujours voulu sonner. Il m’a fallu près de 45 ans pour y arriver, mais bon… je pense que je ne suis pas le seul. De nombreux chanteurs n’aiment pas leur propre voix. Même David Bowie racontait, dans des interviews, qu’il s’inventait des personnages parce qu’il pensait que sa voix n’était pas assez forte — alors que c’est l’une des voix les plus sublimes du rock. C’est difficile à croire, mais ça montre que c’est une perception très personnelle. Donc oui, pour moi, sur cet album — « Never Land » en particulier — tout fonctionne.

Les paroles auraient pu facilement verser dans un excès de mélancolie mais cette présence de l’être disparu irradie le quotidien d’une vibration positive. Et je n’ai pas pu m’empêcher de faire un parallèle avec une autre de tes chansons : « One Fatal Mistake«  — qui prend le contrepied avec « How can you be everywhere at once. But nowhere to be found / Comment peux-tu être partout à la fois. Et pourtant introuvable ? »

PETER NICHOLLS : Oui, c’est exactement ça. L’idée de « One Fatal Mistake », c’était : comment se fait-il que je pense à toi tout le temps ? Que tu sois présente dans tout ce que je fais, dans chaque pensée que j’ai — mais que tu ne sois nulle part autour de moi ? À l’époque, je venais de vivre une rupture difficile. Et cette chanson est née de là : comment est-ce possible que je sois envahi par ton absence ? Le morceau « One of Us », sur Dominion, est dans une même veine. C’est une chanson de rupture très simple, mais très directe. L’une des deux personnes a tourné la page alors que l’autre n’a pas réussi à avancer. Ce n’est pas un thème original — mais c’est un thème universel. On est tous passés par là.

Et c’est une belle transition pour parler Guiding Light (Ndlr : album The Seventh House, 2000) qui, je crois, est l’une de tes compositions d’IQ préférées et dont le texte est également d’une grande résonance.

PETER NICHOLLS : Là encore, c’est une chanson qui prend sa source dans l’intime, de manière quasi autobiographique. C’est l’histoire de deux personnes qui auraient dû passer leur vie ensemble, mais que les circonstances ont séparées. On dirait que toutes mes chansons parlent de ruptures (Ndlr : rires). C’est une chanson du « Et si ? ». Et si les choses s’étaient passées autrement ? Et si nous avions pu vivre ça ?

Peter Nicholls & Mike Holmes - Photo de Stéphane Rousselot

« L’époque de Ever a été pour le groupe une sorte de passage forcé à l’âge adulte […] Je détesterais qu’on devienne un de ces groupes qui ne font que recycler leurs anciens albums » – Peter Nicholls

Tu poses d’ailleurs cette question obsédante à la fin du titre : « Where are you now? Who are you now? / Où es-tu maintenant ? Qui es-tu devenue ? » qui résonne comme un écho suspendu dans le vide. Ce sont des mots d’une grande simplicité, d’une puissance incroyable.

PETER NICHOLLS : Merci… Oui, comme tu l’indiquais juste avant, c’est définitivement l’un de mes morceaux préférés d’IQ. Musicalement, je trouve qu’il représente à merveille l’essence du groupe et j’espère que mes paroles et mon interprétation vocale lui rendent justice. C’est vraiment l’un de nos meilleurs titres, à mon sens. Il y a également différentes images dans ce texte, à l’instar de la phrase « Put out to sea before the ship had sails / Jeté à la mer avant même que le navire ait ses voiles ». L’image fonctionne comme une métaphore du lien manqué — une relation qui n’a pas eu le temps de prendre le large, ou qui s’est perdue en mer avant même d’avoir commencé.

Permets-moi un coq à l’âne avant de continuer d’évoquer d’autres titres. Comment vis-tu le fait de chanter des paroles que tu n’as pas écrites ? Je pense bien sûr à certains morceaux de l’époque Paul Menel que vous reprenez sur scène.

PETER NICHOLLS : Je crois que je les aborde différemment. Si j’ai écrit des textes dès le départ, c’est parce que j’ai toujours été passionné par les mots. Avant même d’intégrer le groupe, j’écrivais des pièces de théâtre, de la poésie… Donc les mots, les images, c’est un langage qui m’est naturel. Et sur scène, l’interprétation est forcément plus authentique lorsque c’est un texte que j’ai moi-même écrit. Alors oui, chanter les paroles de quelqu’un d’autre, c’est un autre exercice. Je n’ai pas le même rapport ou la même connexion aux mots. Je les chante pour ce qu’ils sont — comme des textes écrits par un autre, avec le respect qu’on doit à une chanson, mais sans y projeter la même charge émotionnelle que lorsque les mots viennent de moi. Très curieusement, d’ailleurs, je retiens beaucoup mieux les paroles des autres que les miennes. Je ne sais pas pourquoi, il doit y avoir un mécanisme psychologique étrange derrière ça… Donc, bien évidemment, chanter mes propres textes est un exercice plus naturel et plus fluide pour moi. Je peux les incarner pleinement, leur donner une profondeur émotionnelle qui vient de l’intérieur.

« The Last Human Gateway«  (Ndlr : album Tales From The Lush Attic, 1983) — voilà un morceau immense, tant par la durée que par la densité du texte…

PETER NICHOLLS : Je crois que ce morceau a été une étape clé pour nous, à nos débuts. Il a donc une portée quelque peu historique pour IQ. Pendant des mois, nous n’avions en réalité que la première moitié — environ douze minutes, je crois — que nous jouions en concert, sans la suite. Et quand est venu le moment d’enregistrer le premier album, on savait qu’on voulait ce titre sur la face A de l’album et que la face B serait composée de « Awake and Nervous » et de « The Enemy Smacks », avec un morceau intermédiaire qu’on n’avait pas encore. Donc il fallait impérativement que « The Last Human Gateway » devienne une pièce de vingt minutes. Ce n’est que quelques semaines avant d’entrer en studio qu’on s’est attelé à boucler le titre. Si ma mémoire est bonne, on a fini d’écrire toute la musique, on a fait un seul concert avec le morceau complet et une semaine plus tard, on était en studio pour l’enregistrer. On avait certes la musique mais pas toutes les paroles. Il y avait un parc près du studio, je m’en souviens très précisément, j’y passais mon temps, assis par terre, entouré de bouts de papier, à essayer de terminer les textes. On avait cinq jours en studio pour faire tout l’album — quatre jours pour enregistrer, un jour pour le mix. Et les voix ont été enregistrées le dernier jour. Bref, pendant que les autres enregistraient, je bossais comme un dingue sur les paroles. C’était toujours comme ça à l’époque — écrire à la dernière minute, dans l’urgence. Et je pense que c’est justement cette pression-là qui m’a poussé à finir le texte. Mais malgré tout, j’aime énormément ce morceau. Et tu sais, aujourd’hui, avec Dominion, certaines personnes m’ont dit que c’était audacieux d’ouvrir l’album avec « The Unknown Door », cette grande pièce de plus de 20 minutes. Mais on avait déjà fait ça sur notre tout premier album, en ouvrant avec « The Last Human Gateway ! J’en garde un souvenir très fort sur scène. Pour moi, ce morceau, tout comme « The Enemy Smacks » (Ndlr : du même album), ce sont les deux titres qui ont vraiment marqué notre identité et nous ont distingués des autres groupes à l’époque. Je réécoute très rarement ce premier album mais quand je le fais, je suis toujours surpris. On avait la vingtaine, bref, on était juste des gamins. Mais démarrer un premier album avec « The Last Human Gateway », c’était un geste fort. Mieux, une véritable déclaration d’intention.

« Nous vivons un âge d’or pour IQ. Le très bon accueil de Dominion nous a vraiment donné un coup de boost et on a l’intention de pousser le groupe aussi loin qu’on peut » – Peter Nicholls

C’est intéressant que tu mentionnes « The Enemy Smacks« , justement. Quand tu as écrit ce titre, est-ce que tu avais déjà en tête l’aspect théâtral que le morceau allait prendre sur scène ?

PETER NICHOLLS : Pas vraiment — ça s’est fait par nécessité, en réalité. Il faut se souvenir que The Lens était à l’origine un groupe instrumental. Ce qui explique qu’initialement il y ait eu de nombreuses parties sans chant dans les morceaux d’IQ. Je me souviens très bien de mon tout premier concert avec le groupe, en 1982 : il y avait de longs moments où je n’avais absolument rien à faire. Et je me suis dit très tôt : « Plutôt que de rester planté là à mimer le solo de guitare, autant sortir de scène et revenir quand j’ai quelque chose à chanter ». Si tu prends « The Enemy Smacks », c’est un morceau de quinze minutes mais il n’y a que six minutes de chant environ. Donc concrètement, je chantais la première partie, puis je quittais la scène, je revenais pour la section centrale, puis je repartais, puis je revenais pour la fin. Et là, je me suis dit : « Tant qu’à revenir sur scène à chaque fois, autant revenir avec une approche visuelle différente. Autant incarner le propos du morceau ». Et c’est comme ça qu’est née l’idée du costume, du masque, de la cape… Donc oui, le côté théâtral est né précisément pour ces raisons. Avec des débuts très modestes, en fait (Ndlr : rires). Bon, je dois aussi ajouter qu’avec trois ans de théâtre, j’étais naturellement attiré par l’aspect performance. Mais j’étais aussi très conscient de ce que ça impliquait : les inévitables comparaisons avec Peter Gabriel pour les maquillages et les déguisements. Donc, même si j’avais vraiment envie de faire ça — de me présenter sur scène avec une dimension visuelle forte —, je restais très conscient que ça nourrissait les critiques de ceux qui nous accusaient de plagiat. Mais je crois que ce qu’on avait à l’époque — et qu’on a toujours aujourd’hui —, c’était une vraie foi en ce qu’on faisait. Je me souviens d’avoir lu pas mal de critiques dans la presse, avec des remarques dures, parfois injustes. Et ce n’est jamais facile à encaisser. Mais on a tenu bon, parce qu’on croyait sincèrement en notre projet avec une conviction chevillée au cœur. Et puis il faut aussi remettre les choses dans leur contexte : quand on a commencé, en 1982, le rock progressif n’était plus du tout à la mode. La musique dominante était plus… synthétique — on baignait dans Duran Duran, Culture Club, Howard Jones… Attention, je tiens à préciser qu’on aimait cette musique par ailleurs, on en était fans aussi ! Mais dès qu’on faisait une interview, on nous demandait : « Sérieusement, pourquoi vous jouez encore du prog rock ? ». Et notre réponse, c’était : « Justement, parce que ce n’est pas à la mode ». Le prog était tellement hors du temps, en fait, qu’il ne pouvait pas réellement être démodé. Il échappait à tous ces cycles. Et je dois dire que, particulièrement en Europe, on a eu la chance d’avoir un public extrêmement fidèle. On a été vraiment bénis par cette loyauté au fil des décennies, et on en est profondément reconnaissants. Il y a eu une période, dans les années 90, où le prog est vraiment passé par une période creuse. On l’évoquait tout à l’heure. Mais aujourd’hui, les choses ont changé : le prog est reconnu, il est revenu en force et continue d’évoluer. Des artistes comme Steven Wilson remplissent aujourd’hui des salles immenses.

Oui, c’est un beau retour en force. Il y a aussi aujourd’hui plein de nouveaux groupes qui s’inscrivent dans cet héritage, qui le prolongent ou le réinventent — et ça, c’est passionnant. Nous avons évoqué « The Enemy Smacks«  pour sa dimension fortement théâtrale. Ça me fait immédiatement penser à un autre titre qui, sur scène, prend une envergure similaire : « The Road of Bones« 

PETER NICHOLLS : Mon rôle est de me mettre au service du morceau et de le faire du mieux que je peux. Le plus souvent, cela signifie simplement me concentrer sur le chant. Mais « The Road of Bones », c’est différent — c’est un morceau à part, très narratif, très théâtral, qui me permet d’incarner un personnage, de rendre la performance plus expressive. Et c’est quelque chose que j’adore faire — ça me permet de reconnecter avec mes racines de comédien, d’une certaine manière. Ce qui est intéressant, c’est que la plupart des morceaux qu’on joue sur scène sont synchronisés avec un click track — un tempo fixe qu’on a tous dans nos écouteurs. Mais le début de « The Road of Bones » est totalement libre : c’est juste Neil (Ndlr : Durrant) aux claviers et moi. Il n’y a pas de click track, donc on peut étirer le temps, faire monter la tension, attendre quelques secondes de plus avant d’entrer dans la phrase suivante… et j’adore ça. Ça permet vraiment de ressentir la salle, de se nourrir de l’énergie du public, sans être prisonnier d’un tempo mécanique du début à la fin. Donc pour moi, en tant qu’interprète, c’est non seulement un superbe morceau musicalement — encore une fois, l’un des grands titres de Mike —, mais aussi une véritable opportunité scénique, un moment où je peux encore me fondre dans un rôle.

Le texte parle d’un tueur en série, mais le titre évoque aussi cette route en Sibérie, construite par des prisonniers (Ndlr : route construite sous Staline par des prisonniers du Goulag, dont beaucoup sont morts durant les travaux et sont enterrés sous la route, d’où le nom «  la route des ossements »). Est-ce que ça a influencé l’écriture, ou c’est juste une coïncidence ?

PETER NICHOLLS : Non, non, ce n’est pas une coïncidence. J’étais dans un avion — ça fait très rock’n’roll raconté comme ça —, je revenais d’un concert, je ne sais plus où… Je feuillette le magazine de bord, celui dans la pochette du siège devant moi, et je tombe sur un article titré The Road of Bones. Il parlait justement de cette route en Sibérie. Et je me suis dit : « Ça, c’est un titre d’album ». Ça m’a sauté aux yeux ! Et puis, Mike m’a fait écouter la démo du morceau, et je lui ai demandé : « Qu’est-ce que tu ressens, toi, en entendant ça ? Qu’est-ce que tu visualises?” ». Il m’a répondu qu’il avait regardé pas mal de séries scandinaves noires, un peu sombres, et que dans l’une d’elles, il y avait cette histoire de tueur en série… Et dès qu’il a dit ça, j’ai su que je tenais un point d’entrée pour les paroles. Donc l’idée de départ, dans « The Road of Bones », c’est celle d’un tueur qui laisse volontairement des indices, parce qu’une partie de sa puissance vient de là — il contrôle la ville, il observe de loin pendant que les gens découvrent ce qu’il a semé. Dans ma tête, c’était un petit bled paumé aux États-Unis, un endroit isolé. Et il y a souvent une idée reçue : certains pensent que tout l’album tourne autour de ce tueur, qu’il s’agit d’un concept album sur ce thème. Mais ce n’est pas le cas. C’est uniquement ce morceau-là. J’ai vu sur YouTube des vidéos où des gens analysent chaque composition comme si elles étaient toutes reliées à cette histoire… Sache qu’aucune des autres chansons n’a été écrite dans cette perspective. Mais encore une fois, si les gens l’interprètent ainsi et que ça leur parle, je trouve ça formidable. S’ils y trouvent quelque chose que je n’avais pas imaginé, c’est une preuve que mes textes peuvent faire travailler l’imaginaire de chacun. Tant mieux !

Je te propose que l’on parle maintenant du morceau « The Wake« , un texte incroyablement bien écrit — ciselé même — mais qui n’est pas simple d’accès, ce qui est un euphémisme !

PETER NICHOLLS : Comme tu le sais sans doute, le thème central de cet album, c’est la mort. Et fondamentalement, à la fin du titre d’ouverture (Ndlr : « Outer Limits »), le personnage principal meurt. On entend d’ailleurs le battement du cœur qui s’arrête à la fin de la composition. Et j’avais cette image en tête : celle d’un pont. D’un côté, la vie, de l’autre, la mort. Donc, de manière allégorique, je voyais ce personnage traverser ce pont — un passage qui le mène de l’existence vers ce qu’est l’après. Donc je pense que « The Wake », évidemment par son titre — c’est la veillée funèbre, le moment où les proches se réunissent après la mort et qui marque le début du voyage de cette personne dans l’au-delà. Après, bien sûr, il y a d’autres chansons, comme « Widow’s Peak », qui évoque sa veuve — son deuil à elle, son point de rupture. Mais pour moi, « The Wake », c’est le point de départ. C’est le commencement du voyage post-mortem.

Je n’avais pas réalisé qu’il y avait un fil conducteur à travers l’album.

PETER NICHOLLS : Il y a un fil rouge, oui, pour qui veut le voir. Mais si tu as ta propre lecture et construis ton propre récit, alors, pour moi, c’est encore mieux. Parce que ça veut dire que tu t’appropries l’album et y mets même une part d’intime.

Autre composition phare, « The Darkest Hour« , extraite de Ever (Ndlr : 1993), cet autre chef-d’œuvre traversé d’ombre et de lumière. Le morceau semble clairement parler du deuil, d’un moment de vie particulièrement difficile…

PETER NICHOLLS : Juste une chose avant de parler du titre. Souvent, j’entends parler de ce disque comme d’un « come-back », ce qui n’est pas vraiment le cas. Le groupe n’a jamais interrompu sa carrière. La seule chose est qu’effectivement, j’ai réintégré le groupe à ce moment-là. Maintenant pour ce qui est du contexte d’écriture, à cette époque, Mike et moi avions tous les deux perdu nos pères. Les Marshall — qui avait été le bassiste de The Lens, puis brièvement dans IQ — venait aussi de décéder. Enfin, Geoff Mann (Ndlr : musicien et chanteur britannique, connu pour son travail dans le groupe de rock progressif Twelfth Night), un très bon ami d’IQ avec lequel nous avions partagé beaucoup de scènes, venait aussi de décéder, d’un cancer. Donc oui, tu peux imaginer que le sentiment de perte et de deuil était très présent dans notre quotidien à ce moment-là. Et d’ailleurs, la fin de « Darkest Hour », en particulier, c’est un peu mon éloge funèbre pour mon père. Éloge qui a son pendant sur la fin de « Far From Here » (Ndlr : album Dominion), titre qui est mon hommage à ma mère, décédée il y a deux ans. Donc chaque fois que je chante la fin de « Darkest Hour », je pense à mon père. Et quand je chante la fin de « Far From Here », je pense à ma mère. Dans les deux cas, ce sont donc des chansons chargées émotionnellement. L’époque de Ever était aussi une sorte de passage forcé à l’âge adulte. Parce que perdre un parent, perdre un ami proche — surtout quand ce sont les premiers que tu perds de ta propre génération —, c’est un moment profondément marquant dans une vie.

Lorsque vous étiez en train de travailler à Ever, est-ce que vous avez ressenti — en tant que groupe — que vous étiez en train de créer un nouveau jalon dans l’histoire d’IQ ?

PETER NICHOLLS : Je crois qu’on ne le sait jamais vraiment au moment même où l’on travaille sur un nouveau disque. Lorsque tu es mobilisé par l’écriture et l’enregistrement pendant des mois, tu avances, tu fais ce que tu as à faire, un pas après l’autre. Et ce n’est que plus tard, en écoutant le mix final, que tu prends du recul et que tu réalises la qualité du travail accompli. Je crois que c’était pareil avec Ever. À cette époque, le groupe avait évolué — il avait tenté d’être un peu plus commercial, peut-être, pendant mon absence. Il faut se souvenir que le groupe avait signé sur un label à ce moment-là, et que les membres devaient gagner leur vie avec la musique, ce qui implique bien entendu d’avoir des ventes conséquentes. Mais quand j’ai réintégré le groupe, et que John Jowitt (ndlr : bassiste) est arrivé aussi, la façon dont je m’en souviens, c’est qu’on s’est dit simplement : « Écrivons. Voyons ce que nous obtenons. Faisons-le naturellement, sans aucune considération commerciale ». Sans aucune pression, sans label derrière notre dos puisque Mike et d’autres avaient fondé GEP. Nous avions donc notre propre label, ce qui impliquait que nous pouvions sortir l’album tel qu’on le voulait et quand on le voulait. Mais… Non, on ne s’est pas dit que cet album allait être un chef-d’œuvre ou qu’il allait changer notre vie. On en était fiers, bien sûr. Mais je crois que c’est avec les années que les albums acquièrent ce statut. Et je sais que Ever est l’album préféré d’IQ pour beaucoup de gens. En ce moment, on est en train de rééditer tous les albums en vinyle et Ever est le prochain sur la liste. Et déjà, les réactions sont enthousiastes !

Dernier titre, « Frequency« , extrait de l’album du même nom (2009), qui fait d’ailleurs souvent partie de votre setlist…

PETER NICHOLLS : Cela a été un disque difficile à réaliser — pour plusieurs raisons, j’y reviendrai. Quand on a commencé à travailler sur l’album, on s’est demandé s’il y avait moyen de bâtir un concept. Mike est toujours très partant pour faire un concept album, il aime beaucoup ça. D’ailleurs, on y a réfléchi aussi pour Dominion, mais ça n’a pas vraiment pris. En revanche, pour Frequency, j’avais cette idée en tête — tu sais, ce bruit statique qu’on entend à la radio, entre deux stations, ce grésillement. Et dans ce son-là, tu distingues une voix. Une voix qui appelle à l’aide. Et donc, naturellement, l’histoire qui suit, c’est : « Qui est cette personne ? Pourquoi appelle-t-elle à l’aide ? Et comment est-ce qu’on entend sa voix, à travers une radio ? ». J’ai voulu en faire le fil rouge de l’album, mais finalement, ça n’est resté qu’une chanson et nous n’avons pas exploité cette idée sur le reste des titres de Frequency. Ainsi que je le mentionnais, ça a été un album compliqué à enregistrer. Martin Orford (Ndlr : claviériste historique) a quitté le groupe en plein enregistrement. Et peu après, j’ai développé une pneumonie. Aucun rapport entre les deux événements, bien entendu… Mais résultat des courses, je me suis retrouvé sur la touche pendant deux ou trois mois, je crois. Alors qu’on avait quasiment bouclé la moitié de l’album, tout s’est arrêté net. Juste pour l’anecdote, quand on a repris, on a travaillé juste Mike et moi et ça, c’était très agréable. Car, pour être honnête, je n’aime pas avoir trop de monde au studio quand j’enregistre les voix. Pour en revenir à l’album, il se trouve qu’on l’a récemment joué en entier sur scène. Et je me suis rendu compte à quel point c’était un très bon album. Je l’avais un peu oublié. Il y a des titres sacrément très solides dessus — « Ryker Skies », « The Province », « One Fatal Mistake »… C’est vraiment un excellent disque, même si sa réalisation a été un vrai parcours du combattant.

« Frequency«  commence avec le discours de Truman — on peut y voir la bombe, la dévastation, la puissance de l’onde… Est-ce que c’est lié aux paroles de la composition ?

PETER NICHOLLS : Non, il n’y a pas de lien direct avec les paroles. C’est une idée de Mike qui souhaitait créer une atmosphère, un climat — comme il l’a fait avec le discours de Chamberlain dans « The Unknown Door » (Ndlr : Dominion). C’est une idée de production, et je trouve que ça marche très bien. Ça donne tout de suite un ton à l’album. D’ailleurs, je précise que pour « The Unknown Door », on s’est demandé si le discours de Chamberlain et l’intro en fanfare militaire n’allaient pas prêter à confusion, laissant à penser que c’est un titre sur la guerre, ce qui n’est pas le cas. Nous avions envisagé d’autres discours — Kennedy, Martin Luther King… Mais aucun n’avait le même impact. Donc on est restés avec celui-là. Mais parfois, en revanche, il y a réellement une connexion, comme c’est le cas sur l’intro de « From the Outside In » (Ndlr : The Road of Bones) sur laquelle on entend la voix de Bela Lugosi disant : « Children of the night… What music they make ». Là je me suis dit : « Ok, ça sonne bien. Mais on ne peut pas juste balancer ça comme ça, sans lien avec le reste ». Donc j’ai intégré une touche vampirique dans les paroles, inspirée par cet extrait.

Une dernière petite question avant de se quitter. C’est sûrement un peu tôt, mais est-ce que vous avez déjà commencé à discuter du contenu du double set que vous allez jouer pour les concerts en France en septembre?

PETER NICHOLLS : Nous jouerons très certainement tout l’album Frequency pour l’une des deux soirées… (Ndlr : et nous devinons donc que le second set sera articulé autour d’une setlist couvrant toutes les époques du groupe comme IQ sait si bien le faire).

Merci. Et peut-être un dernier mot pour conclure :

PETER NICHOLLS : Je crois sincèrement qu’on vit en ce moment une espèce d’âge d’or pour IQ. J’ai arrêté de travailler l’année dernière, et du coup, je peux m’investir bien plus dans le groupe que je ne le pouvais avant. Et avec le très bon accueil qu’a reçu Dominion, ça nous a vraiment donné un coup de boost. On ne sait pas combien de temps le groupe continuera, bien sûr, mais ce qu’on sait, c’est qu’on veut profiter au maximum de ce moment. On veut vraiment pousser IQ aussi loin qu’on peut, aussi fort qu’on peut. Je suis convaincu que Dominion a permis à de nouvelles personnes de découvrir le groupe. Et au sein du groupe, on sent un vrai élan. On a envie de garder cette dynamique, et de faire ça aussi bien que possible, pour les années qui viennent. Les groupes ne durent pas 45 ans, en général — mais on atteindra peut-être IQ50, qui sait ?!

Et nous serons fidèles au rendez-vous, bien sûr ! Un immense merci pour ta disponibilité et pour cet échange fascinant. Plus d’une heure et demie d’entretien, c’est aussi rare que précieux par les temps qui courent. Alors je t’en suis vraiment reconnaissant. Rendez-vous les 26 et 27 septembre sur la scène parisienne du Nouveau Casino pour deux soirées mémorables ! À très bientôt !

PETER NICHOLLS : Merci à toi. Au revoir ! (Ndlr : en français)

Interview réalisée le 15 mai 2025 par Stéphane Rousselot via Zoom

Photos : Mark Hughes (indiqué) et Stéphane Rousselot

Une réponse

  1. Vinso

    Merci pour cette belle interview, longue et sincère ! Et je dois avouer être totalement séduit par Dominion, la voix effectivement passe très bien . Un album court est aussi la bonne formule pour moi. Merci !

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