Lancé à pleine vitesse derrière la caméra, la carrière de l’acteur Clint Eastwood allait de plus en plus se rapprocher de celle du cinéaste. Même si la critique française s’avère assez réceptive à ses ambitions, sa réputation de réalisateur est encore loin d’avoir conquis la critique américaine. Sa stratégie de carrière va alors l’amener à apparaître principalement devant sa caméra et non plus celle des autres. Il n’hésitera pas à accessoiriser des réalisateurs de second plan (Richard Benjamin), à donner sa chance à d’anciens collaborateurs comme son ancienne doublure cascade (Buddy Van Horn) et même à remplacer officieusement un réalisateur débutant trop lent à son goût (Richard Tuggle). A ce petit jeu, l’acteur perd incontestablement de son aura : Haut les FlinguesLa Dernière Cible et Pink Cadillac sont autant des ratages artistiques que des échecs cinglants au box office. Si ses choix personnels lui offrent l’occasion d’approfondir sa propre vision du cinéma (Honkytonk Man, Bird) et de conquérir le respect de ses pairs, le public ne suit pas davantage dans cette direction. Il lui faudra quelques réalisations moins subtiles (FirefoxLe Maître de Guerre) sous l’influence d’un gouvernement reaganien pour conserver sa position privilégiée.

En creusant par ailleurs ses deux archétypes fondateurs, à savoir le Western (Pale Rider) et le Polar (Sudden Impact), Clint Eastwood mettra tout au long des années 80 l’accent sur ses thèmes de prédilection de l’homme solitaire, contre le système et pour tout dire libertarien, leur ajoutant également la transmission et l’héritage, le tout mâtiné d’une ambiguïté constante, qui se fonderont rapidement dans le rythme cardiaque de sa filmographie. D’un point de vue personnel, son mandat de Maire de la petite ville de Carmel, sa séparation tapageuse avec Sondra Locke et la redéfinition même de son propre statut de mâle dominant avec La Corde Raide, son film le plus sulfureux qu’il n’osera pas signer de son nom, le « fragilise » face aux nouveaux hérauts héros du film d’action que sont alors Mel GibsonBruce Willis, Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger. Cette même concurrence qui lui permettra de dépasser son propre statut grâce à ses deux sélections au Festival de Cannes (Pale RiderBird) et un premier Golden Globe du meilleur réalisateur (Bird). Entre deux eaux. Si l’acteur est en perte de vitesse, beaucoup discernent alors la naissance d’un réalisateur passionnant.

Photo : Paul Sakuma/AP

ENGLISH VERSION

Launched at full speed behind the camera, Clint Eastwood‘s career was becoming increasingly similar to that of the filmmaker. Even if the French critics are quite receptive to his ambitions, his reputation as a director is still far from conquer the critics in his own country. His career strategy will then lead him to appear mainly in front of his camera and no longer that of others. He will not hesitate to accessorize second-rate directors (Richard Benjamin), give a chance to his former stunt (Buddy Van Horn) and even unofficially replace a novice director too slow for his taste (Richard Tuggle). In this little game, the actor undoubtedly loses some credibility: City Heat, The Dead Pool and Pink Cadillac are big failures in the box office, and if his personal choices offer him the opportunity to deepen his artistic vision (Honkytonk Man, Bird) and win the respect of all, the audience does not follow him any further. It would take some less subtle achievements (Firefox, Heartbreak Ridge) to maintain its privileged position.

By exploring its two founding archetypes, namely Western (Pale Rider) and Action (Sudden Impact), Clint Eastwood emphasizes his favourite themes of the solitary man, against the system, quite libertarian, adding to them also the transmission and inheritance, all combined with a constant ambiguity, which will soon be the heart rate of his movies. From a personal point of view, his mandate as mayor of the small town of Carmel, his tough separation with Sondra Locke and the very redefinition of his own status with Tightrope, his most sulphurous film that he would not dare to sign with his name, “weakens” him in the face of the new heroes of the action film like Mel Gibson, Bruce Willis, Sylvester Stallone and Arnold Schwarzenegger. This same competition that will allow him to surpass his own status thanks to his two selections at the Cannes Film Festival and a first golden globe as best director for Bird. If the actor seems losing momentum, many critics see the confirmation of an exciting director.

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