Conception - State of Deception
4.0Note Finale

Je me souviens de ce jour de 1993 et du choc à l’écoute de Parallel Minds. Avec la parution de leur second LP, les norvégiens de Conception, repérés par le label Noise records,  font une entrée fracassante dans la cour des grands. Un heavy metal racé aux accents progressifs prononcés privilégiant des compositions plutôt courtes aux refrains imparables, portées par les riffs inspirés de Tore Ostby, guitariste à la technique irréprochable, et sur lesquelles plane la voix chaude et unique du chanteur lyrique Roy Khan (trois années d’opéra). Des influences entre Maiden, Queensrÿche, Fates Warning matinées d’un souffle épique, celui du grand Nord.  Des morceaux tels que « Water Confines », « Roll the Fire », « Parallel Minds » ou encore le bouleversant épique “Soliloquy“,  font de cet album un indispensable du genre. In your multitude (1995 ) exploite le même filon alors que Flow (1997)  introduit de nouvelles composantes dans le style du groupe. Mais aucun de ces deux albums n’égale le coup de maître de Parallel Minds. En 1998 le groupe met fin à ses activités. Roy rejoint Kamelot et Tore part fonder Ark dont l’album Burn the Sun demeure également une référence en la matière.

Annonçant sa reformation en 2018 sur la base du line-up originel, Conception nous propose tout d’abord un prometteur EP My Dark Symphony en guise de  remise en forme dans une approche plus progressive que jamais. Et puis en Avril de cette année c’est l’annonce d’un nouvel album. Dès lors, une seule question: ce tant attendu State of Deception va-t-il permettre de replacer définitivement Conception au centre de l’échiquier ?

Sur le papier on s’attend en toute logique à une certaine continuité par rapport à My Dark Symphony puisque la majeure partie des titres du LP comme de l’EP ont été écrits pendant la même période (2016-2018). Et pourtant, après une intro martiale (« In : Deception »),  dès « Of Raven and Pigs », le morceau d’ouverture,  on sent que le groupe a mis la barre plus haut. Articulé autour d’un riff répétitif, mais génialement torturé, Conception ouvre le feu de la plus belle manière. Roy Khan y est très expressif, comme il le sera tout au long de l’album nous rappelant l’étendue de sa tessiture. Le mid-tempo « Waywardly Broken », plus accessible avec une très belle ligne mélodique, ne fait que renforcer cette première impression. « By the Blues »  imprime son urgence avec ces riffs appuyés de Tore Ostby et nous rappelle également cette cohésion parfaite qui permet au groupe de délivrer en tout juste 4 minutes un morceau parfaitement calibré. Dans un registre différent, les très arrangés et mélancoliques « Anybody Out There » et  « The Mansion » (en duo avec l’une des voix d’Amaranthe, la chanteuse Elyze Ryd), à défaut de briller par leur originalité, ont le mérite de nous convier à des envolées lyriques du plus bel effet. Le nerveux « She Dragoon », nous reconduit vers des rivages plus connus, de ceux qui ont fait la renommée du groupe, avec ce sens du mélodrame cher à Conception, et nous offre un splendide final superbement ornementé de très beaux chœurs féminins. L’atmosphérique « Feather Moves » (dans une version remasterisée), d’une sensibilité qui n’est pas sans rappeler un certain « Della Brown », clôt magnifiquement l’album.

State of Deception est assurément l’héritier le plus direct du fabuleux Parallel Minds parmi toute la discographie du groupe. Un sans faute qui nous ravit et justifie amplement la reformation du groupe. Seule réserve, une certaine absence de prise de risque. .

CONCEPTION – STATE OF DECEPTION

Conception - State of Deception (2020)

Titre : State of Deception
Artiste : Conception

Date de sortie : 2020
Pays : Norvège
Durée : 39’19
Label : –

Setlist

1. In: Deception (1:46)
2. Of Raven And Pigs (4:45)
3. Waywardly Broken (4:38)
4. No Rewind (3:11)
5. The Mansion (4:35)
6. By The Blues (3:59)
7. Anybody Out There (5:25)
8. She Dragoon (4:56)
9. Feather Moves (6:04)

Line-up

– Tore Østby / guitars, production
– Roy Khan / vocals
– Ingar Amlien / bass
– Arve Heimdal / drums
– Lars Andre Kvistum / keyboards

with:
– Elize Ryd / vocals (5)

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A propos de l'auteur

Stéphane Rousselot

C’est la découverte de la pochette de l’album « Killers » en 1981, ce rictus grimaçant dans les rues mal éclairées de l’East end londonien, œuvre de Derek Riggs, dessinateur attitré de la Vierge de Fer, qui fut à l’origine de mon parcours musical. Il me faudra toutefois attendre l’acquisition du single « Flight Of Icarus » en 1983 pour enfin découvrir la proposition musicale derrière l’illustration visuelle. C’est dans doute pour cela, qu’au-delà d’une passion pour un style musical, j’ai développé un goût prononcé pour l’iconographie et par extension, pour le soin apporté à présenter un album comme une œuvre globale. Un visuel, une musique, une narration – une parfaite invitation à des voyages immobiles fascinants. Du Heavy Metal au hard-rock plus globalement (dans toutes ses infinies composantes), en passant entre autres par le rock progressif, le jazz-rock, le trio-jazz, l’électro, le classique et sans oublier une certaine chanson française avec en premier lieu le grand Léo Ferré, poète post-moderne avant l’heure. De l’amour des mots est née une passion pour la littérature, des classiques contemporains (Montherlant, Gracq, Aragon) à l’anticipation (Serge Brussolo, l’auteur fétiche de mes nuits blanches avec sa contribution inestimable à la collection Fleuve Noir). Enfin, de la littérature au cinéma avec le plaisir à chaque fois renouvelé d’aller aux festivals de Gerardmer et Deauville chaque année. A l’heure de proposer ici quelques critiques d’albums ou autres, je garde à l’esprit la phrase de Prévert à Carné au sujet du film « Les Portes de la Nuit », « J’en ai marre de bosser dix mois sur un scenario pour me faire engueuler en dix lignes par un con de critique ». Tout est dit.

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