Pendragon
La Maroquinerie – Paris
3 mars 2020

C‘est dans une Maroquinerie qui affiche complet en ce 3 Mars que Pendragon nous convie à célébrer la sortie de leur nouvel album évènement « Love over Fear ». Il s’agit là de la première date outre-atlantique d’une tournée qui les mènera jusqu’au Chili fin août prochain.

Si les premiers retours de la presse spécialisée à l’écoute de l’album sont élogieux, Pendragon semble également convaincu que « Love over Fear » fera date dans leur discographie. Ce qui explique sans doute que le groupe a décidé de jouer _in-extenso_ l’album et ce, dans l’ordre exact des compos, pari risqué s’il en est pour tout groupe à moins d’avoir une foi inébranlable dans la qualité de son album.

C’est donc sur une sonorité d’orgue magistrale, avec les premières notes de « Everything », dans une lumière tamisée de rouge, que débute le concert. Le line-up de ces dernières années est complété par une seconde guitare sur la majeure partie des morceaux de « Love over Fear »  (son fidèle roadie qui l’accompagne depuis « _plus d’une centaine d’années_ », comme le fait jovialement remarquer Nick Barrett) et également par deux choristes féminines qui trouvent tout à fait leur place dans ce set permettant de mieux mettre en relief certains morceaux. Le son du concert, excellent dès le début, le demeurera jusqu’à la dernière note.

Ce qui est le plus frappant avec Pendragon, au-delà du plaisir évident de jouer et d’échanger avec le public (l’avantage des petites salles), c’est cette incroyable connivence que l’on perçoit à chaque instant entre son leader Nick Barrett (chant et guitare) et ses deux lieutenants ; l’imposant Clive Nolan (claviers) et le solide Pete Gee (à la basse), tous trois portant ensemble de manière indéfectible la cause de ce néo-prog depuis plus de 40 ans. Le nouveau batteur Vinnie Velazco, s’il est moins démonstratif « visuellement » que le haut en couleurs Scott Higham (nous éclipserons le passage furtif de Craig Blundell), ne s’en révèle pas moins efficace et propulse la musique du groupe avec une frappe millimétrée. Mieux, sur scène, on découvre un groove que l’on ne percevait pas forcément en studio.

A l’issue de la première partie du set, un constat s’impose; l’intégralité de l’album passe haut la main l’épreuve de la scène, qu’il s’agisse des compos de facture plus classiques (« Truth and Lies », « Eternal light », « How really are we »), des titres surprenants comme « 360°C » que Nick Barrett présente comme « _ayant été inspiré par son déménagement vers la Cornouailles il y a 3 ans_ »  ou des titres plus intimistes (« Starfish and the moon », « Whirlwind »). Et parmi les moments exceptionnels de ce set, on retiendra le morceau « Love over Fear » avec ce break au piano de Clive Nolan dans une ferveur quasi religieuse entre deux envolées exceptionnelles de Nick Barrett. Clive notera à ce titre, le lendemain dans une publication Facebook,  le respect absolu du public français lors des passages plus intimistes.

La seconde partie du set permet à Pendragon de revisiter son glorieux passé, débutant sur le mythique « Walls of Babylon » amputé toutefois de son intro floydienne. Ralentissant le tempo, le groupe nous offre l’excellent  « Sou’ by Sou’ West » , second mouvement très mélodieux de la compo à tiroirs « The Wishing Well ». S’ensuivent le puissant « Indigo », devenu pièce de référence du répertoire du groupe (sur lequel l’imperturbable Clive Nolan nous gratifie pourtant d’un moment de « headbanging » derrière ses claviers),  le classique « Paintbox » et enfin l’indispensable «Breaking the Spell » avec les 5 minutes jouissives de ce splendide solo de Nick Barrett. Deux regrets cependant; tout d’abord l’impasse faite sur la période antérieure à l’album « Window of Life »  (1993) et également, une set list écourtée de deux morceaux  (« This green and pleasant  land » et l’enjoué « Master of Illusions » initialement prévu en rappel) du fait du  couvre-feu imposé par la salle à 22h30 couplé à un malheureux incident dans le public (malaise au premier rang).

C’est sur une très belle version de « Faces of Light » que Pendragon, visiblement ému par l’accueil du public, tire sa révérence au terme d’une soirée exceptionnelle. Et déjà cette envie qui nous taraude de prendre un billet de train pour Bordeaux ou Toulouse les 16 et 18 mars prochains pour revoir le groupe lors de ses deux autres incursions en territoire français.

Setlist

Love Over Fear :

Everything
Starfish and the Moon
Truth and Lies
360 Degrees
Soul and the Sea
Eternal Light
Water
Whirlwind
Who Really Are We?
Afraid of Everything

The Walls of Babylon
The Wishing Well: II. Sou’ by Sou’ West
Indigo
Paintbox
Breaking the Spell

Encore:

Faces of Light

Line up

Nick Barrett – lead vocal – guitar
Peter Gee  – bass guitar – keyboards
Clive Nolan – keyboards – vocals
Vinnie Velazco – drums

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A propos de l'auteur

Stéphane Rousselot

C’est la découverte de la pochette de l’album « Killers » en 1981, ce rictus grimaçant dans les rues mal éclairées de l’East end londonien, œuvre de Derek Riggs, dessinateur attitré de la Vierge de Fer, qui fut à l’origine de mon parcours musical. Il me faudra toutefois attendre l’acquisition du single « Flight Of Icarus » en 1983 pour enfin découvrir la proposition musicale derrière l’illustration visuelle. C’est dans doute pour cela, qu’au-delà d’une passion pour un style musical, j’ai développé un goût prononcé pour l’iconographie et par extension, pour le soin apporté à présenter un album comme une œuvre globale. Un visuel, une musique, une narration – une parfaite invitation à des voyages immobiles fascinants. Du Heavy Metal au hard-rock plus globalement (dans toutes ses infinies composantes), en passant entre autres par le rock progressif, le jazz-rock, le trio-jazz, l’électro, le classique et sans oublier une certaine chanson française avec en premier lieu le grand Léo Ferré, poète post-moderne avant l’heure. De l’amour des mots est née une passion pour la littérature, des classiques contemporains (Montherlant, Gracq, Aragon) à l’anticipation (Serge Brussolo, l’auteur fétiche de mes nuits blanches avec sa contribution inestimable à la collection Fleuve Noir). Enfin, de la littérature au cinéma avec le plaisir à chaque fois renouvelé d’aller aux festivals de Gerardmer et Deauville chaque année. A l’heure de proposer ici quelques critiques d’albums ou autres, je garde à l’esprit la phrase de Prévert à Carné au sujet du film « Les Portes de la Nuit », « J’en ai marre de bosser dix mois sur un scenario pour me faire engueuler en dix lignes par un con de critique ». Tout est dit.

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