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Fates Warning - Long Day Good Night
4.8Note Finale

Fates Warning aura, tout au long de sa carrière (38 ans tout de même), fait figure d’éternel outsider. Un statut fortement démérité lorsqu’on se penche sérieusement sur sa précieuse contribution au mouvement du métal progressif américain dont il fut l’un des pionniers au même titre que Dream Theater ou Queensrÿche dans la fin des années 80. De 1989 à 1997 le groupe signe 4 albums indispensables, dans une veine très mélodique, avec des qualités techniques indéniables mais sans démonstration outrancière et avec des textes intimistes plutôt en dehors des codes du genre. Cette période faste culmine avec A Pleasant Shade of Grey, un somptueux concept album sombre et mélancolique sur lequel Kevin Moore (Dream Theater) vient assurer les parties de claviers.

Depuis l’arrivée derrière les fûts en 2007 du solide Bobby Jarzombek  (frère de Ron Jarzombek, guitariste du redoutable et mythique Watchtower), Fates Warning a quelque peu réactualisé son style, développant plus de puissance tout en gardant des motifs progressifs, avec tout d’abord Darkness in a Different Light (2013) puis Theories of Flight  (2016), un album passionnant, de bout en bout, qui aura couronné de succès cette nouvelle orientation. Les attentes étaient donc d’autant plus élevées à l’annonce de la parution en cette fin 2020 de Long Day Good Night, le 13ième et dernier album studio en date du groupe.

Dès la première écoute il apparait clairement que, plutôt que de reconduire stricto sensu la formule des précédents albums, le groupe mené par son fondateur historique Jim Matheos a choisi de l’enrichir, de sortir de sa zone de confort et de nous surprendre, quitte à prendre des risques. Et les  moments de grâce de ce nouvel album sont d’ailleurs à mon sens ces titres mêmes ou Fates Warning se plait à aborder de nouveaux rivages musicaux inattendus. The Longest Shadow of the Day en est la meilleure illustration, proposant un audacieux morceau semi-instrumental de 11 minutes qui démarre de manière très réussie sur des tonalités et une rythmique jazz-rock, puis se développe progressivement vers une très expressive séquence prog-metal avant un magnifique break atmosphérique, en complet contrepoint, sur lequel Alder vient poser sa voix toute en nuances. The Last song, morceau mélancolique et pleinement introspectif, s’appuie sur une partition de guitare espagnole de toute beauté. A ce titre, nul doute que l’expérience réussie des bonus tracks accoustiques de Theories of Flight aura convaincu le groupe de prendre plus de libertés. Sur la ballade Under the sun, remarquable de sensibilité, le groupe introduit un véritable arrangement de cordes. Même le très mélodieux Here comes the rain, nous dévoile, avec ce mid-tempo, une facette que le groupe avait très peu exploitée à ce jour. Enfin, sur When Snow Falls, les touches électroniques et le jeu de Gavin Harrison (qui tient également les baguettes en guest sur Under the Sun) rappellent Porcupine Tree.

En parallèle de ces explorations musicales nouvelles, nous retrouvons sur ce nouvel album un Fates Warning dans son expression la plus classique, fidèle à son ADN et imprimant sa marque de fabrique au travers d’une succession d’excellents morceaux au tempo enlevé tout aussi puissants que mélodiques et lesquels auraient pu quasiment tous figurer indifféremment sur les 2 précédents albums du groupe.  Le refrain de Unshuttered World est simplement magnifique. The Destination Onward, du haut de ses 8 minutes, permet de réapprécier à sa juste valeur la richesse de la voix de Alder. Scars, le premier single, s’instille insidieusement dans votre tête. Alone We Walk qui reprend des motifs d’OSI (l’un des autres groupes de Matheos) est tout aussi captivant, alternant passages heavy et moments plus calmes.

Tout au long de ces morceaux, jamais la guitare de Matheos n’a paru aussi volubile et son jeu aussi varié tout comme l’est la palette de sonorités proposées. Jarzombek, batteur réellement étonnant (et pas juste pour le positionnement unique des cymbales derrière lui, au niveau de ses épaules)  fait preuve d’une frappe appuyée et technique qui n’a d’égale que son inventivité. La qualité de la production met d’ailleurs en valeur son travail avec une sonorité très organique. Ray Alder est simplement impérial avec cette voix qui, d’album en album, semble se bonifier. Quant au bassiste Joey Vera, il nous rappelle à chaque instant le niveau d’exigence requis pour jouer au sein de Fates Warning. Sa virtuosité comme sa complicité avec Jarzombek sur la partie instrumentale de The Longest Shadow of the Day  est tout simplement impressionnante.

Long Day Good Night est de ces albums qui requièrent plusieurs écoutes. Moins immédiat que son prédécesseur, il se hisse cependant largement à sa hauteur et démontre, plus que jamais, au travers de ses 13 pistes, une très grande maturité de la part du groupe de Jim Matheos. Ce dernier semble avoir évoqué que Long Day Good Night pourrait être l’ultime album studio de Fates Warning. Dimension prémonitoire renforcée par le titre comme le texte du dernier morceau The Last Song. Espérons qu’il n’en sera rien et que Fates Warning continuera longtemps encore à porter haut l’étendard d’un certain métal progressif et de nous émerveiller.

FATES WARNING – LONG DAY GOOD NIGHT

Fates Warning - Long Day Good Night (2020)

Titre : Long Day Good Night
Artiste : Fates Warning

Date de sortie : 2020
Pays : États-Unis
Durée : 72’14
Label : Metal Blades Records

Setlist

1. The Destination Onward (8:12)
2. Shuttered World (5:13)
3. Alone We Walk (4:43)
4. Now Comes the Rain (4:14)
5. The Way Home (7:42)
6. Under the Sun (5:49)
7. Scars (5:04)
8. Begin Again (4:05)
9. When Snow Falls (4:15)
10. Liar (4:23)
11. Glass Houses (3:35)
12. The Longest Shadow of the Day (11:29)
13. The Last Song (3:30)

Line-up

– Bobby Jarzombek / drums
– Joey Vera / bass, vocals
– Ray Alder / vocals
– Jim Matheos / guitars
– Frank Aresti / guitars, vocals

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A propos de l'auteur

Stéphane Rousselot

C’est la découverte de la pochette de l’album « Killers » en 1981, ce rictus grimaçant dans les rues mal éclairées de l’East end londonien, œuvre de Derek Riggs, dessinateur attitré de la Vierge de Fer, qui fut à l’origine de mon parcours musical. Il me faudra toutefois attendre l’acquisition du single « Flight Of Icarus » en 1983 pour enfin découvrir la proposition musicale derrière l’illustration visuelle. C’est dans doute pour cela, qu’au-delà d’une passion pour un style musical, j’ai développé un goût prononcé pour l’iconographie et par extension, pour le soin apporté à présenter un album comme une œuvre globale. Un visuel, une musique, une narration – une parfaite invitation à des voyages immobiles fascinants. Du Heavy Metal au hard-rock plus globalement (dans toutes ses infinies composantes), en passant entre autres par le rock progressif, le jazz-rock, le trio-jazz, l’électro, le classique et sans oublier une certaine chanson française avec en premier lieu le grand Léo Ferré, poète post-moderne avant l’heure. De l’amour des mots est née une passion pour la littérature, des classiques contemporains (Montherlant, Gracq, Aragon) à l’anticipation (Serge Brussolo, l’auteur fétiche de mes nuits blanches avec sa contribution inestimable à la collection Fleuve Noir). Enfin, de la littérature au cinéma avec le plaisir à chaque fois renouvelé d’aller aux festivals de Gerardmer et Deauville chaque année. A l’heure de proposer ici quelques critiques d’albums ou autres, je garde à l’esprit la phrase de Prévert à Carné au sujet du film « Les Portes de la Nuit », « J’en ai marre de bosser dix mois sur un scenario pour me faire engueuler en dix lignes par un con de critique ». Tout est dit.

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