Zack Snyder’s Justice League
2.3Note Finale

Dans la catégorie des films revenus d’entre les morts et attendus par toute une partie d’un public résolument accroché au bastingage des adaptations comics, voici donc la bête dont tout le monde parle depuis des semaines. Evidemment, il faut pas être tout à fait écœuré par toute la fange des adaptations de ces dernières années. Car la franchise ne s’est pas franchement retenue avec quelques sommets de mauvais goût au compteur. Alors, quand les cinémas ont subi Justice League il y a quatre ans, le trou creusé était à ce point profond qu’il semblait pouvoir imploser la franchise. De l’intérieur. La reprise du film par le tâcheron Josh Whedon (merci Buffy), celui-là même qui avait déjà bâclé les deux premiers Avengers en imposant au passage une sorte de vernis craspec longue durée à la franchise Marvel, ne présageait rien de bon. A juste titre. Le film, ridicule, sera un bide, une déglingue visuelle et narrative noyée dans un pognon de dingue avec son budget inconséquent de plus de trois cent millions de dollars. Un naufrage. Affaire classée ? Pas vraiment. Lorsque Zack Snyder, qui avait abandonné (ou s’était fait dégager) le projet en plein tournage après une tragédie personnelle, annonça qu’il voulait livrer SA version du film à grands coups de pieds dans la gueule reshoots et de retraitements d’images (merci Weta) les plus amers reprirent espoir d’avoir une version un poil plus décente. Gageure. Encore fallait-il que Warner désavoue son propre film original. Gageure, encore. Et pourtant, avec l’expansion de HBO Max, la plateforme de diffusion du studio et 70 millions de dollars sur le tapis vert, le projet était greenlighté et de retour sous les oripeaux clinquant d’un Zack Snyder dégagé de toute entrave. Sans limites. Et ça pique !

Pour ceux qui ne seraient pas familier avec son univers disons qu’à ses côtés, Robert Rodriguez serait une sorte de Ingmar Bergman sous Lexomil. Alors pensez-donc ! Pour Justice League, l’essoreuse peinturlurée qui multiplie les postures héroïques outrancières, les arcs narratifs au ras des pâquerettes, les arguments par-dessus la jambe se met en branle quatre heures durant. L’ami claque des doigts, rarement des genoux. Il faut même reconnaître au réalisateur cette capacité à tout oser, sans se retourner. Et tant pis si tout cela confère à un défilé de mauvais goût, à un trop plein de super qui embraserait tout sur son passage. Pourquoi freiner ? Snyder tient Justice League aussi bien comme une apothéose qu’une épiphanie de sa pentalogie réduite à trois films par une Warner rincée. Alors il pousse les potard à 11. Multiplie les effets, carbure à l’excès, se vautre dans les ralentis, depuis le générique jusqu’au trognon, à tel point qu’un Ridley Scott s’y sentirait mal à l’aise. S’il y a quelque chose de fascinant dans le film, c’est bien cette quête effrénée du réalisateur pour rafistoler son jouet et produire sa version remaniée, sorte de Frankestein cinématographique, à la fois baroque, mal foutu, taillé à la serpe et de guingois mais respectable dans sa démarche jusqu’au-boutiste. On ne pourra pas reprocher à Snyder d’avoir tout essayé, proposé un étonnant format 4/3, bricolé des CGI impressionnants ou risibles selon les scènes, suturé l’intrigue aux grosses ficelles narratives à grands coups de clichés traumatiques. Un cas unique, à cette échelle. Accroupi sur une trame scénaristique pour le moins faiblarde avec ses Boîtes-mères, le film ripoline l’antagoniste Steppenwolf, précédemment falot, avec un nouveau look plus convaincants et quelques miettes de motivations. Un peu léger. Pour le reste du casting, on retrouve le quatuor de luxe avec sur le tard un Superman classieux et sans trace de moustache. Mais les grands bénéficiaires sont Cyborg (et son complexe familial) et The Flash (et ses blagues vaseuses) dont il ne restait que le pire.

Las, malgré tout ces efforts, toute cette débauche d’énergie, il manque de la brillance, du fond, en bref, du panache pour dépasser la mécanique chichiteuse, trop bien huilée et franchement déséquilibrée. Écrasé par une surenchère visuelle, le propos du film s’est assombri, a gommé quelques écarts déplacées, mais surtout construit son storytelling avec de gros problèmes de rythme. Rares sont les films de quatre heures capables de jouer avec une dynamique propre à porter son histoire tout du long. Ici, les tripotages opérés offrent plus de cohérence globale sans pour autant fluidifier la narration. Certes la mélancolie, la tristesse et la noirceur globale se ressentent parfois (la vague du cri de Superman en introduction, le chant islandais, la solitude incarnée des héros) en échos aux moments de silence que le format du film permet d’ouvrir aux spectateurs. Mais n’est pas Shakespeare qui veut et tout ce temps disponible ne fait jamais oublier une aventure qui ressemble à l’affaire Thanos et ses pierres d’infinité vendus par les concurrents d’à côté. Pour l’originalité on repassera. Et quand bien même ! Le déroulé des événements ne surprend jamais et s’arc-boute sur des effets de manche fatigués (les flash-backs imposants, l’héroïsme posé des personnages) qui peuvent se voir comme une succession inévitable de vignettes en mode gros son et grosse lumière… jusqu’à l’épilogue (vingt minutes) qui ouvre des parenthèses fantasmées sur un lendemain qui n’arrivera pas.

Alors oui, le scénario enfonce les clous au marteau piqueur, n’évite pas les incohérences avec ces quelques restes de gène humoristique (bonour la saucisse) quand l’ensemble tend globalement vers la tragédie. Alors oui, Snyder a bien balancé à la benne les pires images d’un film initial tout pété et, dans la foulée, la bande originale réécrite ici par Junkie XL. Alors oui, tout ici concourt à donner un chromo dédié à la gloire des « super-héros ». Le barnum Snyder est bien là, droit dans ses bottes. Les amateurs du bonhomme apprécieront cette débauche presqu’indécente quand les autres seront, dès les premières séquences, en overdose d’iconisation sans aucune subtilité. Pourtant, au-delà d’une marque de fabrique qui n’étonnera personne, c’est bien le manque d’émotion qui traverse le film et le rend si évanescent. Paradoxe. De la résurrection de Superman au climax, difficile d’échapper à un traitement froid, glacial où le supplément d’âme n’affleure jamais assez pour imposer de véritables enjeux. On ne tremble pas. On ne frissonne pas. On imagine tout ce qui aurait pu être. On reste accroché. On regarde, parfois, l’abîme à travers les yeux d’un Justice League abimé, défiguré, reconstruit, survivant. Cet objet assez unique pour se donner à voir.

ENGLISH VERSION

ZACK SNYDER’S JUSTICE LEAGUE

In the category of movies that have come back from the dead and awaited by a whole section of an audience resolutely clinging to the rail of comic book adaptations, this is the beast everyone has been talking about for weeks. Obviously, one should not be completely sickened by all the mire of the adaptations of recent years. Because the franchise has not really held back with a few bad taste tops in the backbag. So when theaters suffered Justice League four years ago, the dug hole was so deep it seemed like it could implode the franchise. Inside. The resumption of the film by Josh Whedon (who had already botched the first two Avengers by imposing in the process a kind of long-lasting ugly varnish on the Marvel franchise), did not bode well. Well Named. The film, ridiculous, will be a flop, a visual and narrative breakdown drowned in a crazy dough with its inconsistent budget of more than three hundred million dollars. A shipwreck. Case closed ? Not really. When Zack Snyder, who had abandoned the project after a personal tragedy, announced that he wanted to deliver HIS version of the film with great reshoots, some fans regained hope of having a bit more decent version. What a challenge. Still, Warner had to disown his own original film. A challenge, again. And yet, with the expansion of HBO Max (thank you COVID), the studio’s broadcast platform and $ 70 million on the green carpet, the project was greenlit and back under the flashy tinsel of a Zack Snyder released from all obstacles. Without limits.

For those unfamiliar with his cinematic world, let’s say that to compare, Robert Rodriguez would be a kind of Ingmar Bergman under Lexomil. So think about it! For Justice League, the painted wringer who multiplies outrageous heroic postures, narrative arcs flush with daisies set in motion for four hours. We must recognize the director’s ability to dare everything, without looking back. And too bad if all this gives a parade in bad taste, an excess of super that would set everything in its path ablaze. Why brake? Snyder holds Justice League as both an apotheosis and an epiphany of his pentalogy reduced to three films by a flushed Warner. So he pushes the knobs to 11. Multiplies the spin, carbs to excess, wallows in slow motion, from the credits to the core, so much so that a Ridley Scott would be uncomfortable. If there is anything fascinating in the film, it is in this frantic quest of the director to patch up his toy and produce his reworked version, a sort of cinematic Frankestein, at the same time baroque, badly screwed, cut with the billhook. and askew but respectable in its hard-line approach. We can’t blame Snyder for trying everything (even the 4/3 format), tinkering with impressive or laughable CGIs depending on the scene, suturing big narrative strings with traumatic shots. A unique case, on this scale. Crouching on a rather weak storyline, the film repaint the antagonist Steppenwolf with a new, more convincing look and a few crumbs of motivation. A little light still. For the rest of the cast, we find the luxury quartet with later a classy Superman without a trace of mustache (yes!). But the big beneficiaries of all this new layer are Cyborg (and his family complex) and The Flash (and his muddy jokes) of which only the worst remained previously.

So, despite all these efforts, all this debauchery of energy, it lacks brilliance, substance, in short, panache to go beyond the frugal mechanics, too well oiled and unbalanced proposed. Crushed by a visual escalation, the subject of the film has darkened a lot, has erased some inappropriate gaps, but above all built its narrative arc on big problems of rhythm. Few of the four-hour films are capable of playing with a dynamic capable of carrying their story throughout. Here, the manipulations operated offer more overall coherence without making the narrative more fluid. Certainly the melancholy, the sadness and the overall darkness are sometimes felt (the wave of Superman’s cry in introduction, the Icelandic song, the loneliness embodied by the heroes) echoing the moments of silence that the format of the film allows to open to the spectators. But all this available time never makes one forget an adventure that does not look badly like the case of Thanos and his Infinity Stones sold by the competitors next door. And even so! The unfolding of events is never surprising and is centered on “clichés” (the imposing flashbacks, the posed heroism of the characters) which can be seen as an inevitable succession of vignettes in big sound and big light mode. Until the (very) long epilog (twenty minutes!) which opens fantasized parentheses about a tomorrow that will not come.

So yes, the script hammers the nails in with a jackhammer, does not avoid inconsistencies with these few remnants of humorous gene when the whole tends towards tragedy. So yes, Snyder dumped the worst images of an initial film all freaked out and in the process the soundtrack, rewritten here by Junkie XL, without really adding anything. So yes, everything here contributes to give a chromos dedicated to the glory of “superheroes”. Barnum Snyder is there, right in his boots. Fans of the guy will appreciate this almost indecent debauchery when the others are, from the first sequences, in overdose of iconization without any subtlety. Yet beyond a trademark that will surprise no one, it is this lack of emotion that runs through the film and makes it so evanescent. Paradox. From Superman’s resurrection to climax, it’s hard to escape a cold, icy treatment where the extra soul never comes out enough to impose real stakes. We don’t tremble. We don’t shiver. We imagine everything that could have been. We stay focus. We sometimes look at the abyss through the eyes of a damaged, disfigured, rebuilt, surviving Justice League. But, this object is still unique enough to show off.

Zack Snyder’s Justice League - Zack Snyder (2021)

Titre : Zack Snyder’s Justice League
Titre original : Zack Snyder’s Justice League

Réalisé par : Zack Snyder
Avec : Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot, Ezra Miller, Jason Momoa, Ray Fisher…

Année de sortie : 2021
Durée : 243 minutes

Scénario : Chris Terrio, d’après une histoire de Chris Terrio, Will Beall et Zack Snyder, d’après les personnages créés par Gardner Fox, Bob Kane, Bill Finger, William Moulton Marston, Jack Kirby, Joe Shuster et Jerry Siegel
Montage: David Brenner, Carlos M. Castillón et Dody Dorn
Image : Fabian Wagner
Musique : Junkie XL

Nationalité : États-Unis
Genre : Action

Synopsis : Bruce Wayne est déterminé à faire en sorte que le sacrifice ultime de Superman ne soit pas vain; pour cela, avec l’aide de Diana Prince, il met en place un plan pour recruter une équipe de métahumains afin de protéger le monde d’une menace apocalyptique imminente. La tâche s’avère plus difficile que Bruce ne l’imaginait, car chacune des recrues doit faire face aux démons de son passé et les surpasser pour se rassembler et former une ligue de héros sans précédent. Désormais unis, Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash réussiront-ils à sauver la planète de Steppenwolf, DeSaad, Darkseid et de leurs terribles intentions ?...

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A propos de l'auteur

Cyrille Delanlssays

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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