King's X - Three Sides of One
4.3Note Finale

Un électrochoc. Il n’y a pas d’autre mot pour qualifier l’émotion suscitée dans la fin des années 80 par la parution successive de l’album Out of the Silent Planet puis, surtout, de ce chef-d’œuvre absolu qu’est Gretchen Goes to NebraskaKing’s X faisait alors figure de véritable ovni, à la croisée des chemins musicalement (entre rock, pop, hard-rock, prog, funk, ce qui est, au demeurant, toujours un positionnement hasardeux lorsque l’on connaît le goût du public pour les chapelles musicales) et complètement en avance sur son temps. Parmi les ingrédients de la formule magique du trio originaire du Missouri : un son tout d’abord réellement unique (réécoutez le sublissime morceau « Out of the Silent Planet » qui le définit à merveille), une capacité à alterner des riffs bien plombés, toujours très originaux, avec des passages d’un groove indéniable et des moments acoustiques d’une sensibilité rare, toujours avec ce souci de la mélodie, appuyée par des harmonies vocales lumineuses, très Beatles-iennes et puis enfin, bien sûr, par la magnifique voix gorgée de soul, voire de gospel de Doug Pinnick, Avec son troisième album, Faith Hope Love (1990), le groupe avait certes maintenu le cap tout en polissant son approche mais avait, ensuite, peiné à retrouver cette inspiration originelle au travers des différents albums suivants. King’s X tente avec ce nouvel LP Three Sides of One de revenir sur le devant de la scène au terme d’un hiatus de quatorze ans. Si le trio demeure inchangé, le processus créatif est lui renouvelé puisque le groupe a cette fois-ci travaillé en studio et ensemble à l’écriture de l’album, avec cette volonté selon les mots du guitariste Ty Tabor «de donner à chacun l’espace nécessaire pour s’exprimer et développer pleinement  la musique ». Avec un plaisir évident, celui de trois compères de longue date  (songez que les trois musiciens se connaissent depuis 1980) qui retrouvent des sensations qu’ils croyaient enfouies, permettant d’imprimer à ce nouveau disque une fraîcheur comme une grande spontanéité. Enfin, le choix d’enregistrer cet album de manière complètement analogue et non numérique permet au groupe de retrouver ce son typique d’une époque maintenant bien révolue.

Avec le titre d’ouverture, « Let it Rain », King’s X retrouve immédiatement son sceau royal et son inspiration des grands jours. Porté par ces accords guitare si particuliers, cette rythmique basse batterie si caractéristique, un refrain calibré et ce chant chaud aux multiples modulations, le morceau évolue rapidement, de prière à «un dieu inconnu» (pour reprendre les mots de Pinnick) à un véritable hymne («Everybody wants their rights. Everybody, wants to fight. Everybody justified. Everybody, everybody let it rain.»). Le titre suivant, « Flood pt.1« , confirme cette grande forme, alternant des lignes mélodiques majestueuses avec un riff torturé, que ne renieraient pas certains groupes de métal industriel. En trois minutes à peine, envoûtantes, qui se concluent sur une vision quasi apocalyptique rappelant que l’inspiration du chanteur bassiste a longtemps été empreinte de spiritualité chrétienne et ce, même s’il s’en est détourné depuis («I used to say that all we needed was love. Now I’m thinking that, what we need is a flood. »). D’autres compositions viennent confirmer que le groupe a gardé intacte sa capacité à nous offrir de petits joyaux percutants, comme « Give it Up« , cette véritable ode à la vie (contrairement à ce que son titre semble indiquer) avec un groove et un refrain qui deviendront contagieux en live, ou le plus convenu mais néanmoins solide « The Watcher ». Il est certain néanmoins que, tout au long de l’album, le groupe demeure en territoire connu. Sentiment prégnant à l’écoute de « All Gods Children » qui flirte avec l’esprit d’un « Pleiades » (Gretchen Goes to Nebraska). Et encore plus renforcé sur la merveille de simplicité qu’est le mélancolique et légèrement orchestré « Take the time » ou sur l’harmonieux mid-tempo  « She Called Me Home« , sur lequel Ty Tabor nous gratifie d’un très beau solo.

Le reste des compositions sur les douze que propose cet album retient en revanche moins immédiatement l’attention. On peut dés lors peut-être regretter que le groupe n’ait pas articulé Three Sides of One autour d’un nombre plus restreint de titres, quitte à développer et/ ou arranger de manière un peu plus aventureuse certains d’entre eux, sachant globalement que la majeure partie avoisine seulement les trois-quatre minutes. Enfin, il me semble que la musique du groupe gagne réellement à être exclusivement portée par le chant de Pinnick ou par le collectif Pinnick/Tabor. Ainsi, sur le titre très rentre-dedans « Festival » ce sont les backing vocals de Pinnick qui apportent une vraie couleur au morceau, contrastant avec la faiblesse du chant de Ty Tabor, brillant guitariste par ailleurs.

Sans se hisser au niveau des deux premiers opus, absolument indispensables, du groupe, Three Sides of One s’affirme comme l’album d’un retour réussi, renouant avec certains de ces traits de génie qui nous avaient tant séduit chez ce groupe et nous réconciliant dès lors avec un King’s X dont il faut reconnaître que nous n’attendions plus grand-chose.

KING’S X – THREE SIDES OF ONE

King's X - Three Sides of One (2022)

Titre : Three Sides Of One
Artiste : King’s X

Date de sortie : 2022
Pays : États-Unis
Durée : 46’48
Label : Inside Out

Setlist

1. Let It Rain (4:28)
2. Flood Pt. 1 (3:03)
3. Nothing but the Truth (6:03)
4. Give It Up (2:59)
5. All God’s Children (5:32)
6. Take the Time (3:45)
7. Festival (3:30)
8. Swipe Up (3:46)
9. Holidays (3:22)
10. Watcher (3:43)
11. She Called Me Home (3:57)
12. Every Everywhere (2:40)

Line-up

– Doug Pinnick / bass, lead & backing vocals
– Ty Tabor / lead guitar, backing & lead vocals
– Jerry Gaskill / drums & percussion, backing & lead vocals

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