Kingcrow - Hopium
4.5TOP 2024

Le groupe italien Kingcrow poursuit inexorablement sa mue, faisant preuve d’une prise de risque tout aussi réelle que louable sur ce huitième album et ce, avec une conviction contagieuse. Hopium révèle une maturité artistique indéniable et s’avère tout simplement être le meilleur album des romains à ce jour, avec un univers à part, privilégiant la sensibilité à la complexité, et accentuant la sensation immersive, grâce notamment à une place plus prépondérante accordée aux dimensions électroniques. Et le résultat obtenu distingue remarquablement Hopium sur un échiquier prog metal dont le groupe prolonge audacieusement les contours, pour mieux s’en affranchir et explorer l’horizon avec réussite.

Véritable ode à la mélancolie, les dix titres de ce disque multiplient les rythmes ainsi que les ambiances, tantôt oppressantes, dramatiques ou spectrales, s’appuyant, avec une dimension très cinématique, sur des thématiques fortes. Et ce sont des êtres humains en proie à un questionnement permanent, parfois acculés, bien souvent enfermés dans leurs croyances et incapables de communiquer, que l’on côtoie dans les textes. Avec pour seul viatique, l’espoir d’un changement, quand bien même serait-il irraisonné, pour se raccrocher à ce qui s’apparente à un semblant de vie. Viatique tout autant que dépendance, leur permettant de maintenir, à peine, la tête hors de l’eau au quotidien. L’espoir, dès lors, comme une drogue, illustrant le jeu de mots que constitue le titre de l’album (Hopium : « Hope » et « Opium »). Il faut attendre la composition qui clôture l’album pour percevoir le seul rai de lumière, dans un contraste complet avec les autres titres (même musicalement de par sa dimension beaucoup plus organique), et qui, à la manière d’un « Made Again » de Marillion (Brave) sonne résolument comme une aube nouvelle («Find a friendly hand. You can cross that bridge. It’s not impossible. / « Trouve une main amicale. Tu pourras franchir ce pont. Rien n’est impossible. »)

Cet album, tout en gardant l’identité de Kingcrow, évoque le virage de Paradise Lost sur l’album Host, en moins dépressif, avec des structures musicales bien plus ambitieuses  (la marque de fabrique prog) et un chant plus expressif, grâce à la voix de Diego Marchesi (d’ailleurs très en avant sur cet album avec, parfois, un côté presque pop). Un virage qui se serait, en outre, teinté de la patte sonore d’un WhoMadeWho, époque Brighter, pour ce qui est des boucles électro, en finesse et retenue, conférant à l’ensemble une dimension extrêmement moderne. Le groupe ne se départ pas pour autant de ce qui a contribué à sa renommée, à commencer par la sinuosité de son écriture, faisant ici plus que jamais ici un usage intelligent des contrastes, passant habilement de moments délicats à des crescendos puissants. Mais ce disque est avant tout l’art de l’équilibre, un équilibre subtil entre ses différents éléments constitutifs, ni trop prog, ni trop metal et ni trop électro. Et pourtant rien ne sépare plus la déflagration immédiate que constitue le frontal « Kintsugi » en ouverture de l’album (porté par la puissance de son rythme syncopé et son refrain extraordinaire), de la dimension incroyablement évanescente et presque mystique du troublant « New Moon Harvest » ou de la structure toute en progression de la magnifique composition « Hopium« , avec cette franche accélération à mi-parcours jusqu’à cette implosion finale sur laquelle résonnent les quelques notes de piano de Vikram Shankar (Silent Skies, Redemption, invité de marque pour ce titre). Et lorsque les morceaux portent une couleur électro plus prononcée, comme l’hypnotique et urgent « Parallel Lines » ou l’excessivement pop « Glitch« , le groupe n’en oublie pas pour autant de nous gratifier d’un développement instrumental assez heavy sur la fin du premier ou d’une soudaine montée en puissance sur la fin du second. Enfin, un titre comme « White Rabbit’s Hole« , condensé de la proposition musicale de ce nouvel album, démontre, s’il était besoin, qu’indépendamment de cette nouvelle orientation qui rend sa musique plus accessible, le groupe n’a, pour autant, aucunement renoncé à ses fondamentaux prog metal.

Kingcrow a déjà annoncé qu’il jouerait la quasi-intégralité de l’album Hopium lors de sa prochaine tournée, très certainement convaincu de tenir là un disque qui fera date dans son histoire. Et avec raison, tant la prise de risque artistique, qui enveloppe cet album, propulse enfin le groupe italien au rang des meilleurs représentants d’un prog metal contemporain. Un nouveau départ pour le groupe ?

KINGCROW – HOPIUM

Kingcrow - Hopium (2024)

Titre : Hopium
Artiste : Kingcrow

Date de sortie : 2024
Pays : Italie
Durée : 53’27
Label : Season of Mist

Setlist

1. Kintsugi (3:53)
2. Glitch (3:56)
3. Parallel Lines (6:46)
4. New Moon Harvest (3:30)
5. Losing Game (5:28)
6. White Rabbit’s Hole (6:55)
7. Night Drive (5:48)
8. Vicious Circle (4:21)
9. Hopium (8:24)
10. Come Through (Bonus Track) (4:21)

Line-up

– Diego Marchesi / vocals
– Diego Cafolla / guitars, keys, backing vocals
– Ivan Nastasi / guitars, backing vocals
– Riccardo Nifosì / bass, backing vocals
– Thundra Cafolla / drums, percussion

With:
– Vikram Shankar / piano solo (9)

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