Les new yorkais d’Izz n’en sont pas à leur coup d’essai. Avec plus d’un quart de siècle d’existence, il s’agit déjà de leur dixième album studio (et le premier en cinq ans depuis Don’t Panic). Mais gageons que Collapse the Wave recueillera plus qu’un nouveau succès d’estime et leur permettra d’accéder enfin à une reconnaissance bien plus large, amplement méritée, dans le monde du progressif et au-delà. En effet, le groupe a mis la barre plus haut que jamais, avec un résultat qui dépasse définitivement toutes les espérances. D’ailleurs, la musique proposée ici est exactement à l’image de la pochette de l’album ; spatiale, luxuriante, perchée et atypique. Perpétuant ce refus de la linéarité, tout en gardant une réelle cohérence, et avec un soin particulier apporté à l’écriture de véritables chansons, ce disque ne comportant, cette fois, aucune longue composition épique, tout en restant foncièrement prog.
C’est donc une veine particulièrement créative qui assemble tous les éléments clés du savoir-faire d’Izz dans ce nouvel album. Le groupe excelle ici plus que jamais dans cette aptitude à fusionner intelligemment des influences hautement revendiquées (de Yes à ELP en passant par les Beatles) avec des éléments tout aussi personnels que modernes pour construire des ossatures musicales inventives et concocter un cocktail diablement jouissif. Avec ces quelques particularités qui ont forgé la renommée du groupe, telles que la présence de deux batteurs (Brian Coralian et Greg DiMiceli) qui se complètent admirablement pour créer un groove percutant (on appréciera leur performance sur le trop court instrumental “Brethren”), ce magnifique contraste entre d’une part les deux voix masculines de Tom et John Galgano (Izz est aussi une affaire de famille !) et d’autre part la voix féminine incroyablement mélodieuse de Laura Meade et enfin, cette basse vrombissante de John Galgano qui évoque immédiatement un certain Chris Squire.
La qualité des thématiques retenues demeure un élément central de l’identité musicale d’Izz, rendant habituellement l‘écoute de leur production discographique encore plus captivante. Les onze titres de ce nouvel opus ne font pas exception et constituent la bande sonore parfaite d’une quête du bonheur, scrutant, au travers des textes, l’espace proche ou lointain, dans l’espoir de trouver des réponses aux nombreuses interrogations existentielles qui nous hantent et nous obsèdent. Une exploration de notre propre complexité en miroir de celle de l’univers, abordant de nombreux thèmes tels que l’égoïsme, le narcissisme ou encore la réalisation personnelle, et établissant des parallèles avec le principe de physique quantique de l’effondrement de l’onde du photon lumineux (« wave collapsing » en anglais), découverte adaptée en psychologie afin d’aider les patients à se libérer de leur passé (notamment de certaines expériences négatives de l’enfance qui s’ancrent dans notre structure psychique et effondrent notre potentiel) et leur permettre de provoquer de réels changements dans leurs vies.
L’ouverture extrêmement dynamique sur les 8 minutes de “We Are the 3rd” annonce la couleur, cadrant admirablement l’intention et le propos, dans le fond comme dans la forme, couvrant une multitude de territoires en l’espace de 8 minutes. “Brace for Impact” prolonge cette entrée en matière sur un tempo enfiévré, de belles fulgurances de claviers et des ruptures de rythme qui évoquent immanquablement King Crimson, voire un Voivod qui se serait débarrassé de ses oripeaux metal. La musique se teint également d’une dimension jazzy sur l’excellent “Collapse The Wave“, dont on appréciera particulièrement la longue et fascinante intro instrumentale, ainsi que sur le plus sombre “Not About Me“. Le refrain de “There’s Hope“, retenu en single, apporte une réelle fraîcheur grâce au chant de Laura Meade. Le point d’orgue du disque est atteint avec le solaire “Soak Up the Sunlight“, porté entre autres par un refrain pop que l’on se prend à fredonner (chose rare dans le prog, admettons-le) et un court, mais ô combien lumineux, thème de moog en début et fin de morceau. Si une énergie décuplée transpire tout au long de Collapse the Wave, le groupe intercale néanmoins avec réussite quelques respirations bienvenues, au travers notamment de ce court intermède qu’est “So Many Voices“ et deux titres plus lents. Seuls petits reproches, presque anecdotiques, des emprunts trop manifestes, plus précisément sur les lignes vocales de “There’s Hope“ qui, sur le début de la composition, évoquent de manière trop flagrante Yes (à moins qu’il ne s’agisse d’un volontaire hommage) avant de rappeler Magellan de manière assez confondante sur le final. Dans le même ordre d’idées, le début de la composition “Deep Inside“ semble lorgner de manière trop évidente du côté du duo Ninet Tayeb – Steven Wilson.
Izz signe ici le meilleur album de sa discographie. Un concept album captivant et intelligent, porté par une énergie colossale qui nous enveloppe et nous porte vers la lumière. Et qui, non content de ravir les fans de longue date, saura enfin, nous l’espérons, convaincre tous les autres.
IZZ – COLLAPSE THE WAVE

Titre : Collapse the Wave
Artiste : IZZ
Date de sortie : 2024
Pays : États-Unis
Durée : 53’02
Label : –
Setlist
1. We Are the 3rd (8:31)
2. So Many Voices (1:38)
3. Brace for Impact (4:30)
4. Deep Inside (4:24)
5. Collapse the Wave (7:01)
6. Sometimes Sublime (6:19)
7. There’s Hope! (5:02)
8. Brethren (1:01)
9. Not About Me (5:11)
10. Soak Up the Sunlight (5:39)
11. And We Will Go (3:46)
Line-up
– Paul Bremner / electric & acoustic guitars
– Brian Coralian / electronic & acoustic drums & percussion
– Greg DiMiceli / acoustic drums & percussion
– John Galgano / bass, electric & acoustic guitars, vocals
– Tom Galgano / keyboards, vocals
– Laura Meade / vocals

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