Karnivool - In Verses
4.0TOP 2026

Il aura donc fallu près de 13 ans pour que les Australiens de Karnivool dévoilent le successeur de l’expérimental Asymmetry (2013). Le temps d’expérimenter en studio, de composer, de se produire de façon épisodique – plusieurs titres furent façonnés sur scène depuis 2015 – et de sortir un single en 2021 (« All It Takes » remasterisé ici pour l’occasion). Karnivool n’avait pas tout dit mais ne trouvait pas la clé pour réunir cette nouvelle matière dans un album cohérent. Évidemment les problèmes personnels auxquels s’est ajouté la période de la COVID n’ont pas arrangé le processus créatif d’un groupe qui commençait à se demander où il allait. C’est en renouant avec son producteur historique Forrester Savell que les choses vont se délier pour donner naissance à ce quatrième album sobrement intitulé In Verses dont les initiales, IV, paraissent faire discrètement écho à son statut de quatrième album : une belle théorie !

Trois décennies ou presque après leurs débuts, ce quatrième album (seulement !) de Karnivool suscitait évidemment des attentes démesurées mais également quelques doutes de la part des tristes figures pour qui le silence serait le signe d’un inévitable délitement artistique lié à l’âge, au public, aux modes qui changent et tout le toutim. Foin de tout cela ! En conservant son line-up historique bardé du quintet Ian Kenny (chant), Drew Goddard (guitares), Mark Hosking (guitares), Jon Stockman (basse) et Steve Judd (batterie), Karnivool préserve son identité musicale, mélange de métal expérimental, parfois dissonant, nimbée de rythmes asymétriques et de guitares cannibales pour offrir un condensé de tous ses horizons. Cela peut être également vu comme sa limite.

Pour autant, In Verses puise dans une technique instrumentale de haute volée sans s’embarquer dans les extravagances agressives d’antan. Une écriture plus sage ? Comparé à Sound Awake (2010), sans aucun doute. Plus mature également dans sa maîtrise technique.

Il faut préciser que la dizaine de titres de l’album ne se ballade pas sur les chemins de la gaudriole et semblent dessiner un sentiment de déconnexion et d’isolement où le temps et ce que l’on perd avec lui deviennent des thèmes centraux, fondateurs. Les titres « Opal » et « Salva » (avec ses cornemuses funèbres) témoignent de ce sentiment.

Ceci posé, l’album nous fait entrer dans son univers avec « Ghost », lourd, atmosphérique sans être agressif. Du Karnivool pur jus. Ni plus, ni moins. Mais le titre nous réintroduit dans leur univers qui enchaîne avec le groove implacable de « Drone » et le plus aérien « Aozora » (ciel bleu en japonais). La suite mélange habilement un chant qui mêle puissance et fragilité (« Animation« ) et des compositions plus introspectives (« Conversations« ). Évidemment, les amateurs de prog-rock virtuose trouveront dans le titre « Reanimation » de quoi se pavaner sur le solo de Guthrie Govan dans une composition aux structures imbriquées.  Et finalement, c’est « Remote Self Control » qui balance du grand théâtre sonique, menaçant, complexe.

Il va sans dire que In Verses carbure au super même s’il n’a pas la puissance dévastatrice d’un Sound Awake. Il compense avec une émotion plus prégnante, qui enveloppe l’auditeur à défaut de le faire tomber de son siège ou de le surprendre sur chaque morceau. Plutôt que de juger sur l’instant, laissons le temps décider de son importance. Loin des directs au foie assénés par les précédents opus, voici un album qui doit s’apprivoiser, qui doit nous envahir lentement, afin d’en apprécier toute la profondeur.

KARNIVOOL – IN VERSES

Karnivool - In Verses (2026)

Titre : In Verses
Artiste : Karnivool

Date de sortie : 2026
Pays : Australie
Durée : 63’17
Label : Cymatic Records/Sony Music

Setlist

1. Ghost (6:25)
2. Drone (4:59)
3. Aozora (6:26)
4. Animation (4:58)
5. Conversations (8:01)
6. Reanimation (feat. Guthrie Govan) (7:21)
7. All It Takes (2025 Remastered Version) (5:28)
8. Remote Self Control (5:40)
9. Opal (6:09)
10. Salva (7:50)

Line-up

– Ian Kenny / lead vocals
– Andrew ‘Drew’ Goddard / lead guitar, backing vocals
– Mark Hosking / guitar, backing vocals
– Jon Stockman / bass
– Steve Judd / drums, percussion

With:
– Guthrie Govan / guitar (6)

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