Avec la sortie de Avatar 2 : La Voie de L’Eau, promis au pire naufrage mais qui vient, comme un subtile bras d’honneur, de dépasser Titanic au box office mondial, il était temps de revenir sur la carrière de James Cameron, cinéaste visionnaire qui aura inspiré les cinéphiles, cinéphages et autres cinémaniaques adeptes du film de genre… ou pas. Neuf films au compteur – hors documentaires – qui méritent qu’on y reviennent. Même en coup de vent.
Il est sans aucun doute un des derniers réalisateurs qui pense – rêve – fantasme – produit le cinéma en faisant fi des contraintes et des Cassandre qui lui promettent pourtant la grande descente depuis trop longtemps pour leur donner un semblant de crédit. Génie ou imposteur poseront ces exégètes toujours prompts à brûler leurs idoles ou casser les jouets voir les attributs reproductifs de leurs voisins de séance. Question rhétorique qui suinte le mépris. Peut-on débuter dans des productions bis (La Galaxie de la Terreur, Les Mercenaires de l’Espace au début des années 80), développer son art dans des genres ultra-codifiés et prétendre au statut d’auteur ?
Quelque soit notre avis, s’il y a un adage à retenir dans le Hollywood moderne c’est pourtant bien celui-ci : « Ne jamais parier contre James Cameron« . Pourtant, le petit monde de la critique (tout au moins une grande partie) s’acharne à ne pas le retenir. L’histoire commence au début des années 90 quand James Cameron se lance dans la suite de Terminator avec des ambitions folles. Bingo. Le T-1000 emballe un public conquis. Et puis Titanic va cristalliser les choses. Avec son retard de six mois, un budget qui explose (on parle de plus de 300 millions de dollars à l’époque), tout cela pour un projet de film qui doit entremêler la petite et la grande histoire dans un canevas de film d’auteur spectaculaire, la vanité d’un réalisateur mégalo en fer de lance. Promis au cimetière des bides masochistes et à la longue liste des catastrophes industrielles façon La Porte du Paradis (Michael Cimino), avec la survie de deux studios en jeu, rien que ça, le film obtiendra 11 Oscars (dont meilleur film et meilleur réalisateur) et deviendra le plus grand succès au box-office mondial. Une place qu’il conservera douze années, jusqu’à la sortie de… Avatar, le film suivant de James Cameron, lui aussi promis aux gémonies d’un public qui devait forcément lui rendre la monnaie de sa pièce. Et pourtant… c’est bien avec ce dernier film que James Cameron va synthétiser toute la puissance de son cinéma à la fois grand public et expérimental dans tous ses aspects techniques. Visionnaire. Même là, beaucoup n’y croient pas et réfutent son empreinte dans la pop culture faisant des aventures sur Pandora un ersatz de l’histoire de Pocahontas ripolinée à la sauce SF sous influences. L’histoire aimant se répéter, la sortie en 2022 de la première suite d’Avatar allait connaître le même schéma avec tous les Cassandre prêts à parier sur la banqueroute du projet, la merditude des choses et tout le tremblement. Et bien entendu, c’est un triomphe, à la fois critique et public. Le film allant jusqu’à dépasser Titanic et permettre à James Cameron de placer trois de ses films dans les quatre plus gros succès mondiaux au box-office. Pas mal pour un type qui devait s’effondrer depuis un quart de siècle
Mais pour se faire une (toute) petite idée de ce qu’est James Cameron, il faut remonter à loin. Très loin. Aux passions d’enfance : le bricolage, l’électronique, la bidouille mais aussi des livres, beaucoup de livres, d’aventure surtout et des comics SF. Et du cinéma, bien sûr. Pourtant, il ne fait pas tout à fait partie de la famille. Celle des cinéastes, comme Steven Spielberg, qui ont su grandir et s’épanouir dans une école de cinéma. Pour James Cameron, ce sont des études de physique puis de littérature anglaise avant de franchir le pas et d’aller à Hollywood bosser sur les effets spéciaux et autres panouilles pour les productions de Roger Corman. Mouvement d’horloge. Ses compétences techniques le mènent à travailler sur New York 1997 (John Carpenter) avant de remplacer au pied levé le réalisateur de Piranha 2 pour vivre l’une des expériences les plus pénibles de sa carrière. La plus formatrice aussi, sans aucun doute. Car derrière le cauchemar d’un tournage chaotique puis d’un montage littéralement dépecé se dévoilera dans un accès de fièvre la vision primordiale d’un squelette métallique, d’un robot tueur impitoyable : le Terminator. Première pierre d’un édifice qui n’en finira pas d’inscrire son empreinte incandescente dans l’histoire du septième art.
Après 40 ans derrière la caméra, et même depuis son court métrage Xenogenesis, James Cameron aura écrit et produit, dirigé des séries pour la télévision, des documentaires et n’aura finalement réalisé que neuf longs métrages de fiction. Chacun d’eux ou presque aura bougé les lignes avec la volonté d’explorer de nouveaux territoires, d’innover sans jamais perdre de vue le spectateur en s’accrochant toujours à une histoire arrimée qui ne cherche pas à révolutionner les choses pour la posture ou l’imposture. Cameron préfère assoir son cinéma sur une narration éprouvée, efficace, directe, qui permet aux innovations technologiques de pouvoir déployer son univers. Certains (toujours les mêmes) verront ici quelque chose de creux, d’incomplet, de simpliste. En cela, l’annonce d’un projet annexe basé sur la bombe lancée sur Hiroshima en août 1945 alors que le réalisateur est en pleine production des épisodes 3 et 4 de sa saga Avatar aura éveillé la curiosité et pris de court les contempteurs du cinéaste qu’ils n’envisageaient plus autrement qu’en tripatouilleur d’images virtuelles.
Au-delà de toutes ces considérations, un film de James Cameron ressemble finalement à une exploration fascinante de ses passions, de ses fantasmes. Une promesse de voyages fantastiques toujours tenue.
He is undoubtedly one of the last directors who thinks – dreams – fantasizes – produces cinema ignoring the constraints and the Cassandres who have been promising him the great descent for too long to give them any semblance of credit. Genius or impostor will pose these exegetes always quick to burn their idols or break the toys to see the reproductive attributes of their sitting neighbors. Rhetorical question that oozes contempt. Can one begin in low productions develop one’s art in ultra-codified genres and claim author status? Whatever our opinion, if there is an adage to remember in modern Hollywood it is nevertheless this one: « Never bet against James Cameron ». Yet the small world of critics (at least a large part of it) is determined not to remember it. The story begins in the early 90s when James Cameron embarks on the Terminator sequel with wild ambitions. Bingo. The T-1000 wows a conquered public. And then Titanic will crystallize this position. With its six-month delay, an exploding budget (we’re talking about more than 300 million dollars at the time), all this for a film project that must interweave the small and the big story in a spectacular auteur film canvas, the vanity of a megalomaniac director spearheaded. Promised to the graveyard of masochistic flops and the long list of industrial disasters like Michael Cimino’s Heaven’s Gate, with the survival of two studios at stake, no less, the film would win 11 Oscars (including Best Picture and Best Director) and become the world’s biggest box-office success. A position it would hold for twelve years, until the release of… Avatar, James Cameron’s next film, which was also destined to be the scorn of a public that was bound to pay him back. And yet… it is with this last film that James Cameron will synthesize all the power of his cinema, both mainstream and experimental in all its technical aspects. Visionary. Even then, many don’t believe in it and refute its imprint in pop culture, making the adventures on Pandora an ersatz of the story of Pocahontas, repackaged in a SF sauce with influences. As history likes to repeat itself, the 2022 release of the first Avatar sequel would follow the same pattern with all the Cassandras ready to bet on the project’s bankruptcy, the shittiness of things and all the rest. And of course it was a triumph, both critically and publicly. The film even surpassed Titanic and allowed James Cameron to have three of his films in the four biggest box-office hits in the world. Not bad for a guy who has been crumbling for almost a quarter of a century. To get a sense of who James Cameron is, you have to go back a long way. A long way back. To childhood passions: DIY, electronics, tinkering, but also books, lots of books, especially adventure books and SF comics. And cinema of course. However, he is not quite part of the family. The family of filmmakers, like Steven Spielberg, who grew up and flourished in a film school. James Cameron studied physics and English literature before taking the plunge and going to Hollywood to work on special effects and other tricks for Roger Corman’s productions. Clockwork. His technical skills led him to work on New York 1997 (John Carpenter) before replacing the director of Piranha 2 at the last minute to live one of the most painful experiences of his career. The most formative, without a doubt. Because behind the nightmare of a chaotic shoot and then a ripped-off edit lies a primordial vision: that of a metallic skeleton, a ruthless killer robot: the Terminator. This was the first stone of a building that would continue to leave its incandescent mark on the history of the seventh art. After 40 years behind the camera, and even since his short film Xenogenesis, James Cameron will have written and produced, directed series for television, documentaries and will have finally directed only nine feature films. Each of them or almost will have moved the lines with the will to explore new territories, to innovate without ever losing sight of the spectator by always clinging to a solid story which does not seek to revolutionize things for the posture or deception. Cameron prefers to sit his cinema on a proven, effective, direct narration, which allows technological innovations to be able to deploy his universe. Some (always the same ones) will see something hollow, incomplete, simplistic here. In this, the announcement of a side project based on the bomb dropped on Hiroshima in August 1945 while the director is in full production of episodes 3 and 4 of his Avatar saga will have aroused curiosity and taken the filmmaker’s critics by surprise. that they no longer envisaged other than as a fiddler with virtual images. Beyond all these considerations, a film by James Cameron ultimately resembles a fascinating exploration of his passions, his fantasies. A promise of fantastic travel always kept.
9
PIRANHA 2 – LES TUEURS VOLANTS (1982)

Ça raconte quoi ? Des petites bêtes voraces et des humains appétissants. Du sang. Des cris. Des larmes. Le repas est servi.
Et donc ? Replaçons la bête dans son contexte, l’histoire derrière le film étant bien plus intéressante que l’objet filmique lui-même, d’une totale médiocrité pour rester courtois. Après le succès surprise mais plutôt éloquent de Piranha réalisé en 1980 par l’innénarable Joe Dante, une suite est logiquement mise en chantier mais tout aussi rapidement abandonnée par le producteur touche-à-tout Roger Corman. Déjà bien occupé par le tournage de Hurlements, Dante laisse alors son pote Miller Drake s’attaquer à la chose. Malheureusement le tournage commence dans une ambiance délétère. Drakes se brouille avec le producteur Ovidio Assonitis et quitte le navire à la fois furieux et rincé. La fin du tournage échoie alors au jeune responsable des effets spéciaux, un certain James Cameron. Une chance ? Oui et non. Le scénario est calamiteux, le budget dérisoire et l’équipe technique italienne ne parle pas un mot d’anglais, le tout enveloppé par l’interventionnisme obsessionnel d’Assonitis. Un cauchemar qui allait se poursuivre lors d’une post production épique. Après deux semaines de cette boucherie imprimée sur pellicule, et alors qu’il est absent de toutes les prises de décision, James Cameron finit par être lui-même viré après qu’il se soit introduit en salle de montage pour bricoler et remonter sa propre version. Mais rien n’y fera. Démonté à nouveau par le producteur, il ne restera pas grand chose à sauver du métrage. Cameron, en tirera de nombreuses leçons et notamment de ne plus jamais abandonner le final-cut de ses films. Malgré toute la poésie cauchemardesque de cet échec, le tournage lui permettra de rencontrer Lance Henriksen avec qui il travaillera dans la foulée sur Terminator puis Aliens et de tomber suffisamment malade, lors de son séjour à Rome, pour délirer fiévreusement sur une vision d’apocalypse enflammée d’où surgira un squelette mécanique dont il tirera fébrilement un croquis resté dans la légende. Le Terminator était né et c’est la seule bonne nouvelle de l’histoire.
Let’s put it in context, the story behind the film being far more interesting than the film itself. After the surprise but rather eloquent success of Joe Dante’s Piranha in 1980, a sequel was obviously put in the works but quickly abandoned by jack-of-all-trades producer Roger Corman. Already busy with the filming of Screams, Dante let his buddy Miller Drake take on the task. Unfortunately, the filming started in a bad mood. Drakes fell out with producer Ovidio Assonitis and left the ship both angry and exhausted. The end of the shoot fell to the young special effects director, a certain James Cameron. A chance? Yes and no. The script was calamitous, the budget derisory and the Italian technical crew didn’t speak a word of English, all wrapped up in Assonitis’ obsessive interventionism. A nightmare that would continue during an epic post-production. After two weeks of butchery filmed on film, and while he was absent from all decision making, James Cameron himself was eventually fired after he broke into the editing room to cobble together his own version. But nothing will do. Dismantled by the producer, there will be little left to salvage from the film. Cameron learned many lessons from this, including never abandoning the final cut of his films. Despite all the nightmarish poetry of this failure, the shoot allowed him to meet Lance Henriksen, with whom he would work on Terminator and then Aliens, and to be ill enough, during his stay in Rome, to deliriously dream up a vision of a flaming apocalypse from which a mechanical skeleton would emerge. The Terminator was born and that’s the only good news in the story.
8
TRUE LIES (1994)
Ça raconte quoi ? Un agent de la CIA. Un couple qui s’ennuie. Un méchant terroriste. Une psychothérapie de couple sur fond de menace nucléaire.
Et donc ? La première tentative à ce jour de film d’espionnage de James Cameron est aussi la dernière collaboration entre le réalisateur et Arnold Schwarzenegger. Adaptation sous stéroïd de La Totale, gentille comédie familiale réalisée par Claude Zidi (!), True Lies offre à Arnold un rôle d’agent des services secrets bodybuildé retranché derrière la fausse image d’un bon père de famille, avec femme et enfant, ces derniers ne se doutant évidemment de rien de ses activités musclées. Parodie survitaminée de James Bond, on retrouve ici quelques thèmes chers à Cameron (la famille, la menace nucléaire) et pas mal de Schwarzenegger qui voyait ici une nouvelle étape dans son angoisse de vieillissement de son image de héros d’action. Porté également par une Jamie Lee Curtis déchaînée (un Golden Globe à la clé »), le film enchaîne les séquences d’action époustouflantes sans jamais oublier l’humour, la distance, le second degré porté au sommet lors d’un baiser romantique sur fond de champignon atomique. La réception tout juste polie du film ne doit pas faire oublier que True Lies reste un formidable divertissement. Certes, après le choc que fut Terminator 2, beaucoup espérait quelque chose du même acabit. Ou mieux encore. Mais produire un blockbuster aussi bien fichu, carré et impeccable est en soit un bel exploit que la majorité des réalisateurs hollywoodien aimeraient avoir à leur palmarès.

James Cameron’s first attempt to date at a spy film is also the director’s last collaboration with Arnold Schwarzenegger. Adaptation on steroids of La Totale, a nice family comedy directed by Claude Zidi (!), True Lies offers Arnold the role of a bodybuilder secret service agent entrenched behind the false image of a good father, with wife and child, the latter obviously suspecting nothing of his muscular activities. A supercharged parody of James Bond, we find here some themes dear to Cameron (the family, the nuclear threat) and a lot of Schwarzenegger who saw here a new stage in his aging anxiety of his image as an action hero. Also carried by an unleashed Jamie Lee Curtis (a Golden Globe at stake), the film connects the breathtaking action sequences without ever forgetting the humor, the distance, the second degree brought to the top during a romantic kiss on background of a mushroom cloud. The barely polite reception of the film should not make us forget that True Lies remains a great entertainment. Certainly, after the shock that was Terminator 2, many hoped for something of the same ilk. Or better still. But to produce a blockbuster as well done, square and impeccable is in itself a great achievement that the majority of Hollywood directors would like to have on their list.
7
AVATAR (2009)
Ça raconte quoi ? Des méchants soldats. De gentils Navis. Des scientifiques en mode nature et découverte.
Et donc ? Echec attendu. Gouffre financier prévisible. Comme toujours, les Cassandre au rabais prévoient la banqueroute de Cameron avec ce projet SF en forme d’égo-trip d’un post-Titanic mal digéré. Faux. Avatar deviendra le plus gros succès au box office mondial, aidé en cela par ses effets spéciaux révolutionnaires. Mais pas que. Du coup, il fallait bien trouver quelque chose à dire. Un angle d’attaque. Le scénario, simple mais pas simpliste (nuance trop subtile pour beaucoup), déploie la fascination de Cameron pour la nature et le rapport que l’Homme – celui avec un grand H – entretient avec elle. Malgré des scènes d’action épiques, certains commencent à pointer du doigt une histoire proche d’Un Homme Nommé Cheval, Pocahontas voire Danse avec les Loups. Pourquoi pas ? Si Avatar prend des allures de western (ce que la suite viendra appuyer un peu plus encore), ce n’est pas tant pour copier ses prédécesseurs que s’inspirer d’une narration classique et jouer de ses archétypes sans verser dans les clichés surlignés. Du coup, il était devenu un peu à la mode, un peu tendance de dénigrer tout ce barnum, son succès établi et indéniable, et de laisser penser qu’il n’avait laissé aucun impact dans la pop culture. Ni trace. Ni filiation. Film de démiurge, Avatar est un objet mégalo, certes, mais dont la réussite immédiate sera entérinée avec une suite au succès fracassant. Pourtant, même si le film est une franche réussite, il faut reconnaître que sa mécanique un peu trop huilée verrouille une explosion visuelle hors norme. Relativisons : si Avatar pourrait se targuer d’être l’accomplissement de nombreux cinéastes, il ne peut prétendre au podium de la filmographie de James Cameron.

Echec attendu. Gouffre financier prévisible. Comme toujours, les Cassandre au rabais prévoient la banqueroute de Cameron avec ce projet SF en forme d’égo-trip d’un post-Titanic mal digéré. Faux. Avatar deviendra le plus gros succès au box office mondial, aidé en cela par ses effets spéciaux révolutionnaires. Mais pas que. Du coup, il fallait bien trouver quelque chose à dire. Un angle d’attaque. Le scénario, simple mais pas simpliste (nuance trop subtile pour beaucoup), déploie la fascination de Cameron pour la nature et le rapport que l’Homme – celui avec un grand H – entretient avec elle. Malgré des scènes d’action épiques, certains commencent à pointer du doigt une histoire proche d’Un Homme Nommé Cheval, Pocahontas voire Danse avec les Loups. Pourquoi pas ? Si Avatar prend des allures de western (ce que la suite viendra appuyer un peu plus encore), ce n’est pas tant pour copier ses prédécesseurs que s’inspirer d’une narration classique et jouer de ses archétypes sans verser dans les clichés surlignés. Du coup, il était devenu un peu à la mode, un peu tendance de dénigrer tout ce barnum, son succès établi et indéniable, et de laisser penser qu’il n’avait laissé aucun impact dans la pop culture. Ni trace. Ni filiation. Film de démiurge, Avatar est un objet mégalo, certes, mais dont la réussite immédiate sera entérinée avec une suite au succès fracassant. Pourtant, même si le film est une franche réussite, il faut reconnaître que sa mécanique un peu trop huilée verrouille une explosion visuelle hors norme. Relativisons : si Avatar pourrait se targuer d’être l’accomplissement de nombreux cinéastes, il ne peut prétendre au podium de la filmographie de James Cameron.
6
AVATAR 2 : LA VOIE DE L’EAU (2022)
Ça raconte quoi ? Retour nature et découverte… avec beaucoup plus d’eau.
Et donc ? Avec l’explosion des possibilités technologiques, le deuxième voyage de James Cameron sur Pandora s’avère plus immersif et captivant que le premier. Moins d’exposition, plus de personnages, plus d’enjeux, le tout développé sur fond de mythe familial (un peu réac, ok) et concentré cette fois sur l’univers ultramarin de la planète Pandora. Après 12 années de travail et de réflexions, ce « western SF » bourré d’idées visuelles et travaillé avec un sens narratif toujours impeccable, piétine allègrement les productions Marvel et DC Comics aux ambitions voisines et ce malgré sa trajectoire un peu trop rectiligne qui annonce dores-et-déjà trois autre volets désormais assurés de voir le jour après un succès qui classe Avatar 2 : La Voie de l’Eau – et malgré les prévisions toujours pessimistes des détracteurs habituels – dans le TOP 3 du box office mondial.

With the explosion of technological possibilities, James Cameron’s second trip to Pandora proves to be more immersive and captivating than the first. Less exposition, more characters, more stakes, all developed against the backdrop of a family myth (a little reactive, okay) and focused this time on the ultramarine universe of the planet Pandora. After 12 years of work and reflections, this « SF western » full of visual ideas and worked on an always impeccable narrative sense, cheerfully tramples on the productions with similar ambitions from Marvel and DC despite its slightly too straight trajectory which already announces three other parts now assured to see the light of day after a success that should rank the film – and despite the always pessimistic forecasts of the usual detractors – in the TOP 3 of the world box office.
5
TITANIC (1997)
Ça raconte quoi ? Un grand paquebot insubmersible. un vilain glaçon. Touché coulé.
Et donc ? Du naufrage attendu (on en a déjà parlé, c’est un leitmotiv chez certains experts en toc), Titanic est devenu au fil des semaines un succès historique allant se caler bien au chaud, au sommet du box office avant de se faire détrôner par… Avatar du même James Cameron. Désormais au panthéon du patrimoine cinématographique – expression pompeuse mais allons-y – bardé de ses onze Oscars, Titanic combine de façon bouleversante la romance tragique entre Rose (Kate Winslet) et Jack (Leonardo DiCaprio) avec la catastrophe historique attendue et déployée à grands renforts d’effets impressionnants, le tout sur un fond politique assumé. Si Titanic est moins fulgurant côté action que les habituels projets estampillés Cameron, c’est avant tout pour développer l’équilibre délicat d’une narration verrouillée à double tour, qui donne au film son caractère universel et permis à la plus grosse production de l’époque (certaines rumeurs évoquent près de 300 millions de dollars de budget après dépassements) de devenir également le plus grand succès. Les obsessions de James Cameron, tant sur le plan thématiques que purement esthétiques s’appuient sur la minutie de la reconstitution, fruit de la fascination du réalisateur pour son sujet, mais également sur un couple d’acteurs immédiatement starifiés. Le film pouvait dès lors naviguer sur un fil ténu avec une rare maestria avec en ligne d’horizon la vision d’un des plus brillants réalisateurs de sa génération. Et transformer ce projet fou en classique immédiat.

From the expected shipwreck (we’ve already talked about it, it’s a leitmotif among some fake experts), Titanic has become over the weeks a historic success, going to settle in warm, at the top of the box office before being dethroned by … Avatar of the same James Cameron. Now in the pantheon of cinematographic heritage – pompous expression but let’s go – with its eleven Oscars, Titanic combines in a moving way the tragic romance between Rose (Kate Winslet) and Jack (Leonardo DiCaprio) with the historical catastrophe expected and deployed with great reinforcements impressive effects, all against an assumed political backdrop. If Titanic is less dazzling on the action side than the usual Cameron-stamped projects, it is above all to develop the delicate balance of a double-locked narration, which gives the film its universal character and allows for the biggest production in the world. era (some rumors point to nearly $300 million in budget after overruns) to also become the biggest hit. James Cameron’s obsessions, both thematically and purely aesthetically, are based on the meticulousness of the reconstruction, the fruit of the director’s fascination for his subject, but also on a couple of actors who immediately starred. The film could then navigate a thin thread with rare mastery, with the vision of one of the most brilliant directors of his generation on the horizon. And turn this crazy project into an immediate classic.
4
TERMINATOR (1984)
Ça raconte quoi ? Une méchante bécane, une gentille serveuse, un soldat protecteur venu du futur pour un boxon spatio-temporel.
Et donc ? Premier véritable film de James Cameron – comprendre sur lequel il aura un contrôle absolu tant sur l’écriture que le casting, le tournage et le montage – Terminator reste aujourd’hui encore une date incontournable du film d’anticipation et plus précisément du film à « paradoxe temporel ». En fantasmant la carcasse métallique d’un T-800 au détour d’un accès de fièvre, le jeune réalisateur (il n’a pas trente ans) mettait les pieds dans un engrenage qui allait lui ouvrir toutes les portes. « Casting is Destiny » se plaisait à dire Milos Forman. En choisissant Arnold Schwarzenegger, à peine sorti de Conan le Barbare (John Milius), à la place d’un Lance Henriksen relégué au rôle d’un inspecteur de police, James Cameron opère un premier coup de génie. As de la débrouille, il s’entoure idéalement, de la productrice Gale Ann Hurd (sa future épouse) à Stan Winston pour la modélisation du Terminator, en passant par le thème musical de Brad Fiedel, et fait preuve d’une créativité et d’un sens du cadre imparable. Avec son « bad guy » qui allait entrer dans l’histoire par la même grande porte que celle du commissariat, ses scènes d’action impressionnantes, sa réplique culte « I’ll be back » et plein d’autres choses encore, Terminator deviendra un incontournable, récompensé au Festival D’Avoriaz. Avec un modeste budget de 6 millions de dollars, le succès public en fera alors le film indépendant le plus rentable de l’histoire. Mais au delà de sa réussite économique, Terminator fut la découverte, saisissante, d’un immense cinéaste.

James Cameron’s first real film – to understand over which he will have absolute control over the writing as well as the casting, filming and editing – Terminator remains today an essential date in the science fiction film and more precisely in the film to be “temporal paradox”. By fantasizing the metallic carcass of a T-800 in the course of a fit of fever, the young director (he is not yet thirty years old) set foot in a gear that was going to open all the doors to him. « Casting is Destiny » liked to say Milos Forman. By choosing Arnold Schwarzenegger, barely out of Conan the Barbarian (John Milius), in place of a Lance Henriksen relegated to the role of a police inspector, James Cameron operates a first stroke of genius. Ace of resourcefulness, he surrounds himself ideally, from the producer Gale Ann Hurd (his future wife) to Stan Winston for the modeling of the Terminator, passing by the musical theme of Brad Fiedel, and demonstrates creativity and an unstoppable sense of frame. With its « bad guy » who would go down in history through the same front door as the police station, its impressive action scenes, its cult line « I’ll be back » and many other things, Terminator will become a must, rewarded at the Festival D’Avoriaz. With a modest budget of 6 million dollars, public success will then make it the most profitable independent film in history. But beyond its economic success, Terminator was the striking discovery of an immense filmmaker.
3
ALIENS (1986)
Ça raconte quoi ? Plus de 50 ans après avoir balancé un Alien hors de sa capsule, Ellen Ripley est secourue par la corporation Weyland-Yutani. Son rapport concernant ce qui s’est passé sur le Nostromo ne décourage évidemment pas les militaires qui débarquent sur la planète LV-426 après que le contact avec une colonie de colons eut été coupé.
Et donc ? La légende raconte que le réalisateur aurait proposé à la Fox une suite d’Alien en écrivant lors d’une réunion avec les exécutifs le mot « ALIEN » sur un paperboard, en ajoutant un « S » à la fin, puis en traçant deux lignes verticales à ce dernier pour transformer le tout en « ALIEN$« . Bingo ! Le studio était convaincu. Fastoche. Le deal en main, James Cameron pouvait dès lors se lancer dans l’écriture de l’une des plus grandes suites de l’histoire. Parallèlement, il bosse sur une autre suite, avec le script de Rambo 2 que Sylvester Stallone finira par réécrire en grande partie (mais c’est une autre histoire). L’ambiance somme toute militaire des deux films n’est évidemment pas étrangère à ces histoires de « va-t-en-guerre« . Mais si Aliens comporte bien plus de xénomorphes que le film original de Ridley Scott, il parvient à se concentrer sur les relations humaines et développe un étonnant portrait de femme au milieu de ce carnage. La Ripley un peu frêle du premier épisode laisse donc la place à sa version carabinée interprétée par une Sigourney Weaver transformée en machine de guerre. Un processus qu’il revisitera plus tard avec le personnage de Sarah Connor. Cette trajectoire permet également à James Cameron de travailler en profondeur ses thèmes de prédilection : la famille, la maternité et l’instinct de survie. Tout cela enrobé d’innovations technologiques et visuelles (les mécas enfin à l’écran) à tomber par terre.

Legend has it that the director offered Fox an Alien sequel by writing the word « ALIEN » on a flipchart during a meeting with the executives, adding an « S » at the end, then drawing two lines verticals to the latter to transform the whole thing into « ALIEN$ ». Bingo! The studio was convinced. Fastoche. The deal in hand, James Cameron could then embark on writing one of the greatest sequels in history. At the same time, he is working on another sequel, with the Rambo 2 script that Sylvester Stallone will end up largely rewriting (but that’s another story). The overall military atmosphere of the two films is obviously not foreign to these stories of « going to war ». But while Aliens features far more xenomorphs than Ridley Scott’s original film, it manages to focus on human relationships and develops an astonishing portrayal of a woman amid all that carnage. The slightly frail Ripley of the first episode therefore gives way to her carabined version interpreted by a Sigourney Weaver transformed into a war machine. A process that he will revisit later with the character of Sarah Connor. This trajectory also allows James Cameron to work in depth on his favorite themes: family, motherhood and the survival instinct. All this wrapped in technological and visual innovations (the mechs finally on the screen) to die for.
2
ABYSS (1989)
Ça raconte quoi ? Un commando de la Marine américaine déboule dans une station de forage sous-marine afin de porter secours à un sous-marin échoué dans les profondeurs.
Et donc ? Un tournage compliqué, dangereux (Ed Harris en viendra quasiment aux mains avec le réalisateur qui manquera, quant à lui, de se noyer après un problème de plongée), épuisant et coûteux. Malgré tout, The Abyss s’avèrera une nouvelle prouesse technique et technologique avec, notamment, la fameuse tentacule d’eau qui permettait d’avoir un des premiers rendus « physiquement » réaliste en image de synthèse. Sur le fond, le script de Cameron brasse ses antiennes habituelles à travers la romance d’un couple en crise interprété par Ed Harris et Mary Elizabeth Mastrantonio, bien calés dans les fonds marins. Visuellement, Cameron expérimente tout ce qu’il peaufinera dans ses futures productions mais qui conserve encore aujourd’hui assez de poésie pour transformer le film en objet SF singulier qui synthétise une fois encore les obsessions de son auteur et son amour pour le mélange des genres en embrassant ses archétypes sans pour autant sombrer dans les clichés. Bien que le cinéaste ait toujours déclaré que les Director’s Cut n’étaient finalement qu’un bonus pour les spectateurs, la version longue de The Abyss en rajoute dans le discours « new age » mais précurseur en 1989 sur la préservation de la planète avec l’intervention d’un impressionnant Tsunami. Rien n’y fera. Aussi foisonnant et ambitieux soit-il, le film s’avérera un échec au box-office hormis en France où il frôle les 2 millions d’entrées. Cette déception ajoutée à l’impossibilité de trouver une version vidéo qui lui rende justice (le Blu-ray ne devrait plus tarder) explique qu’il soit souvent mis de côté dans la filmographie d’un Cameron pourtant en pleine possession de son art.

A complicated, dangerous filming (Ed Harris will almost come to blows with the director who will almost drown after a diving problem), exhausting and expensive. Despite everything, The Abyss will prove to be a new technical and technological feat with, in particular, the famous water tentacle which made it possible to have one of the first « physically » realistic renderings in computer-generated image. Basically, Cameron’s script brews its usual antiphons through the romance of a couple in crisis played by Ed Harris and Mary Elizabeth Mastrantonio, well settled in the seabed. Visually, Cameron experiments with everything he will refine in his future productions but which still retains enough poetry today to transform the film into a singular SF object which once again synthesizes the obsessions of its author and his love for mixing genres. by embracing its archetypes without falling into clichés. Although the filmmaker has always declared that the Director’s Cuts were ultimately only a bonus for the spectators, the long version of The Abyss adds to the « new age » but precursory discourse in 1989 on the preservation of the planet with the intervention of an impressive Tsunami. Nothing will do. As abundant and ambitious as it is, the film will prove to be a failure at the box office except in France where it is close to 2 million admissions. This disappointment added to the impossibility of finding a video version that does it justice (the Blu-ray should not delay any longer) explains why it is often set aside in the filmography of a Cameron yet in full possession of his art.
1
TERMINATOR 2 : LE JUGEMENT DERNIER (1991)
Ça raconte quoi ? Sarah Connor + John Connor +T-800 vs T-1000 = courses poursuites hallucinantes. What else?
Et donc ? Il aura fallu sept ans, mais Arnold Schwarzenegger tiendra sa promesse de revenir dans le rôle du T-800 avec Terminator 2 : Le Jugement Dernier, un titre laconique pour l’un des plus grands blockbusters de tous les temps. Avant d’en arriver là, James Cameron aura sorti le grand jeu avec des scènes d’action époustouflante et carrément contribué à l’avènement de l’image de synthèse avec le Terminator T-1000 en métal liquide tout en nous offrant l’une des plus grandes héroïnes du cinéma moderne avec la « nouvelle version » de Sarah Connor (Linda Hamilton), marquée par les combats et la folie d’une apocalypse programmatique. Dans le rôle d’un robot apprenant à connaître le monde, Schwarzenegger est tour à tour drôle et émouvant, doté d’une étonnante humanité. T2 est une compilation idéale des obsessions persistantes de Cameron (notamment sur les dangers de la la technologie qu’il pousse paradoxalement dans ses retranchements) livrée sans ambages avec un sens du spectacle inégalé en instituant sa fameuse règle du triple climax final, le tout enrobé dans une narration tient la route malgré cette idée casse gueule « qu’il n’y a pas d’autre destin que celui que nous créons nous-mêmes« . Direct. Simple mais jamais simpliste, encore une fois. Du très grand James Cameron qui livrait ici un chef d’œuvre total et l’une des suites les plus aboutie du septième art. Tout simplement.

It took seven years, but Arnold Schwarzenegger will keep his promise to return as the T-800 with Terminator 2: Judgment Day, a laconic title for one of the greatest blockbusters of all time. Before arriving there, James Cameron will have released the big game with breathtaking action scenes and squarely contributed to the advent of computer graphics with the Terminator T-1000 in liquid metal while offering us one of the greatest heroines of modern cinema with the « new version » of Sarah Connor (Linda Hamilton), marked by the fights and the madness of a programmatic apocalypse. In the role of a robot learning to know the world, Schwarzenegger is by turns funny and moving, endowed with an astonishing humanity. T2 is an ideal compilation of Cameron’s persistent obsessions (notably on the dangers of technology which he paradoxically pushes to its limits) delivered bluntly with an unequaled sense of spectacle by instituting his famous rule of the final triple climax, all coated in a narration holds up despite this crazy idea « that there is no other destiny than the one we create ourselves ». Direct. Simple but never simplistic, again. From the very great James Cameron who delivered here a total masterpiece and one of the most successful sequels of the seventh art. Quite simply.

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