On ne soulignera jamais assez la contribution essentielle de Rick Wakeman au succès de Yes. Son utilisation du Mellotron et du Minimoog, l’exigence de sa formation classique et ses qualités d’arrangeur ont permis à la musique du groupe de s’élever vers de nouveaux sommets dans les années 70. Et plus encore, sa capacité à mêler rock, musique classique et expérimentations électroniques aura influencé de manière indéniable et indélébile le rock progressif, faisant du claviériste une référence incontournable. Prolifique compositeur, il aura également enregistré plus de 90 albums studio en solo, qu’il s’agisse de créations originales ou de réinterprétations orchestrales de pièces classiques et modernes. Une œuvre couvrant plusieurs décennies, d’une qualité toutefois très inégale où l’exceptionnel côtoie parfois le très décevant. À l’image de cette disparité qualitative dans ses efforts discographiques, le compositeur anglais, sans doute revigoré par son escapade Anderson Rabin Wakeman (2016-2018), nous avait conviés à un magnifique voyage astral au travers de l’album The Red Planet (2020), avant de se perdre dans les limbes de l’indigeste avec A Gallery of the Imagination (2022).
À la genèse de ce tout nouveau disque, qui n’est pas une nouvelle création en soi, l’accueil extrêmement chaleureux, du public comme de la critique, d’une composition élaborée pour sa tournée 2023 et articulée autour d’un medley des thèmes les plus emblématiques de Yes auxquels le claviériste a contribué. Cette pièce musicale intitulée “The Yes Suite“, conçue pour être interprétée avec musiciens et chœurs, a notamment été jouée lors du prestigieux concert du London Palladium en février 2023. Ce plébiscite unanime a incité Rick Wakeman à créer une nouvelle adaptation, mais cette fois pour piano solo, intitulée “YesSonata“, gravée sur cire et aussitôt intégrée à la setlist de sa toute dernière tournée. De retour derrière son Steinway préféré (un modèle D, considéré par les plus grands pianistes tels que Glenn Gould ou Vladimir Horowitz comme le meilleur piano au monde), l’artiste a tissé, pour cette pièce de 20 minutes, une toile inter reliant, de manière très élégante et tout aussi naturelle, plus d’une trentaine de fragments musicaux issus de l’univers de Yes, avec ce jeu particulier qui le caractérise, entre jazz et néoclassique, combinant vélocité et précision. Le claviériste puise dans les albums Going for the One, Close to the Edge, Fragile (avec une plus large part accordée aux deux premiers) et même, en guise de final, dans Tales of the Topographic Oceans, ce qui surprend lorsqu’on connaît son aversion profonde pour ce double LP. Si l’on reconnaît immédiatement “Awaken“ en ouverture, il faut être en revanche un fin connaisseur de Yes pour identifier à la première écoute chacun des thèmes qui constituent cette “YesSonata“. Se distinguent néanmoins plus particulièrement ceux de “Close to the Edge“, “South Side of the Sky“, “Wonderous Stories“ et “Roundabout“. L’écoute est très agréable, mais il est évident que c’est la carte nostalgie, jouée ici par Rick Wakeman, qui concourt à conférer un supplément d’âme à cette partition. Le dernier tiers est réellement de toute beauté avec la magie de ces quelques notes de “Heart of the Sunrise“, lointains échos d’un glorieux passé, avant de se clôturer sur “The Revealing Science of God“, sommet d’une certaine démesure progressive selon les uns ou génie absolu selon les autres.
Cet album est complété par une seconde pièce, “The King Arthur Piano Suite“, d’une durée quasiment égale, mais cette fois articulée autour du travail solo du compositeur. La source d’inspiration est l’album The Myths & Legends Of King Arthur & The Knights Of The Round Table, paru en 1974, dont les ventes se sont élevées à plus de 12 millions et qui, avec The Six Wives of Henry VIII et Journey to the Centre of the Earth, représente la quintessence de son œuvre, l’apogée artistique du claviériste se situant essentiellement dans les années 70. Les thèmes sont d’autant plus reconnaissables dans cette adaptation qu’ils sont joués dans le séquencement originel de l’album.
Dans l’esprit de cette continuité avec l’univers de Yes, c’est au célébrissime Roger Dean que l’on doit l’artwork de YesSonata. L’artiste, qui a toujours su faire preuve d’une grande poésie (récemment encore, à l’image des pochettes des derniers Yes et Downes Braide Association), en manque pourtant cruellement ici avec cette peinture aux reliefs menaçants, de l’arbre au cavalier, les deux figures clés de ce nouveau monde fantasmagorique.
Un disque empreint d’une grande nostalgie, destiné essentiellement aux inconditionnels de Yes et, plus encore, aux fervents admirateurs de l’œuvre de Rick Wakeman.
RICK WAKEMAN – YESSONATA


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