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Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Jordan Ruddess à l’occasion de la reformation du mythique groupe LIQUID TENSION EXPERIMENT et de la parution de leur troisième et tant espéré album studio, au terme d’un hiatus de deux décennies. Mike Portnoy, John Petrucci, Jordan Ruddess et Tony Levin se sont retrouvés avec un évident plaisir pour ressusciter la formule magique et nous offrir un album tout aussi impérial et fascinant que ses prédécesseurs.

Les quatre musiciens virtuoses repoussent ici encore les limites du possible et, dans une leçon magistrale, nous offrent au travers de ces 8 titres, soixante minutes d’une musique tout aussi débridée techniquement qu’inspirée mélodiquement, aux confins d’un rock progressif instrumental aux forts accents métalliques et jazzy. Nous avons profité de cet entretien avec Jordan, dont le talent de claviériste hors normes n’a d’égal que la gentillesse, pour évoquer non seulement ce troisième chapitre de LTE mais également sa propre activité solo avec, notamment, l’album « A chapter in time », sa participation à la plateforme « Patreon» et bien entendu, le prochain Dream Theater.

LTE3 a été enregistré l’année dernière. Est-ce que depuis la sortie de l’album, tu as pris un moment pour le réécouter?

JORDAN RUDESS : Généralement je réécoute rarement, après coup, les albums que j’ai enregistrés. Par conséquent je suis toujours plaisamment surpris lorsque, de manière impromptue, j’entends jouer l’album quelque part. Mais pour ce qui est de ce disque précis, je l’ai réécouté. Et plusieurs raisons y ont présidé. La principale est que nous sommes repartis en studio pour travailler sur le nouvel album de Dream Theater juste après avoir bouclé l’album de LTE. Mon cerveau a dû absorber, de nouveau, des millions de notes différentes. Hors comme j’ai eu ensuite à promouvoir l’album de LTE, je n’ai pas eu d’autre choix que de réécouter l’album pour être capable d’en parler. Tu sais, il y a une limite au nombre de notes dont une personne peut se souvenir (Ndlr : rires) !

Et qu’as-tu ressenti en redécouvrant cet album? Avec le recul, est-ce que tu changerais quoi que ce soit?

JORDAN RUDESS : Je suis juste extrêmement reconnaissant de cette aventure, pour être honnête. J’ai le sentiment que nous avons su réunir un très bon mix de personnes qui n’avaient qu’une envie; écrire une musique sincère. Nous avons pris un réel plaisir et ce, à différents niveaux. C’était vraiment top de tous nous retrouver ensemble de nouveau dans un studio. C’était très positif. Et quand je réécoute cet album, je ne peux m’empêcher de sourire. Je porte en moi le souvenir d’un super bon moment. Et je ne changerais absolument rien !

C’est vrai que ce plaisir que vous avez pris transpire à l’écoute de l’album. Et pourtant, sur le papier c’était loin d’être gagné d’avance. Notamment parce qu’il y a 20 ans, le départ de Mike Portnoy de Dream Theater a été très acrimonieux (Ndlr : Et ça a mis un terme à l’époque au projet LTE). Comment avez-vous fait pour dépasser tout cela et nous offrir un album de cette trempe ?

JORDAN RUDESS : En premier lieu, le temps apaise tout. Et ça a beaucoup joué ici. Très clairement, il y avait un tel niveau de friction lorsque Mike a quitté Dream Theater qu’il aurait été impossible à certains moments de ces 22 dernières années d’envisager un tel projet. Au-delà de ça, ce qui a également énormément joué contre nous c’est tout simplement le fait que nous sommes super occupés les uns et les autres. Avec Dream Theater nous sommes très souvent sur la route en tournée mondiale. Mike, quant à lui, joue dans plein de groupes différents. Et donc, d’une certaine manière, c’est cette situation complètement dingue de la crise sanitaire qui a rendu la chose possible puisque nous étions tous à la maison. Bref, soudainement nous n’avions plus d’excuses. Donc c’était un excellent timing ! Et de là, nous sommes rentrés en studio avec un esprit super positif, dans une très bonne ambiance, entre amis et, au final, ça a été un moment tout aussi fun qu’extrêmement productif musicalement parlant.

De quelle manière avez-vous abordé l’album? Avez-vous commencé par discuter de la direction musicale de l’album à votre entrée en studio ou avez-vous attaqué par une session de jam?

JORDAN RUDESS : Nous avons beaucoup réfléchi au concept de cet album et à ce que nous voulions faire. Mais ça s’est réellement fait de manière simultanée au process d’écriture. Nous ne sommes pas fans de longues réunions visant à cadrer dans le détail ce que nous voulons faire. Certaines idées nous sont venues avant de commencer à travailler ensemble et d’autres pendant la session. Tout ça s’est construit au fur et à mesure, mais assez rapidement au demeurant. Et ça a été le cas pour l’écriture de la musique. Une bonne partie a été écrite lorsque nous étions ensemble en studio. Mais, pour ma part, j’avais développé certaines mélodies avant d’y entrer, ne serait-ce qu’au cas où l’inspiration me fasse défaut sur le moment (ndlr : rires). Et ça m’a été bien utile au final car une des choses que j’avais clairement en tête pour cet album c’était d’apporter de très beaux accords hyper harmonieux. Et c’est quelque chose qui se travaille à l’avance ! Mais, encore une fois, nombre d’idées ont été développées alors que nous étions tous ensemble dans le studio.

Il vous a fallu combien de temps pour boucler ce projet, du début à la fin ? 

JORDAN RUDESS : Deux semaines et demi (ndlr : !) tous ensemble en studio. Nous y avons écrit les démos et toute la musique. Ensuite, chacun de notre côté, nous avons travaillé nos parties respectives pour l’enregistrement final. Et là, le temps passé est très variable selon les personnes. En ce qui me concerne j’ai tout enregistré depuis mon propre studio à la maison. Je me suis assis devant mon ordinateur et mes claviers pour mettre en boite mes parties.

Pour en revenir au process de création en studio, comment fonctionnez-vous? Est-ce que l’un d’entre vous prend naturellement le lead ou est-ce vraiment un effort collectif?

JORDAN RUDESS : Ce qui est super intéressant avec LTE c’est la combinaison inédite de toutes ces compétences. Chacun a son domaine d’expertise. John et moi-même avons cette capacité à créer des notes de manière très fluide et très rapide qui s’appuie, bien sûr, sur cette relation privilégiée que nous avons et qui ne date pas d’hier. Nous avons cette facilité à échanger et confronter un million d’idées ! Et c’est là, qu’ensuite, Mike intervient. Sa priorité n’est pas les notes. Il a plus un rôle d’architecte dans l’élaboration de la structure des compositions et des arrangements. Il structure et façonne les morceaux dans sa tête et joue quasiment le rôle d’un producteur. Tony, qui est un musicien incroyable, contribue de diverses manières. Bref, tout ça crée ce que les gens connaissent sous le nom de LTE !

Pour rester sur le sujet de cette longue collaboration entre John et toi, je dois te confier que l’un des morceaux de l’album “Passage of Time” m’a vraiment fait penser à Dream Theater. Est-ce que, avec cette réunion de John, Mike et toi-même, vous avez senti l’ombre de Dream Theater plus que jamais planer dans le studio ? 

JORDAN RUDESS : Tu sais, nous avons laissé les choses se faire de manière totalement naturelle. Nous ne redoutons pas nos influences Dream Theater. C’est ce que nous sommes ! Et plus que ça, c’était très excitant de retravailler avec Mike. Bien entendu, il ne s’agissait pas d’écrire un album de Dream Theater. Mais il faut reconnaître qu’il y a cette alchimie entre Mike, John et moi-même. Et d’une certaine manière on a vraiment eu l’impression de replonger dans le temps, à cette époque particulière de l’histoire de Dream Theater. Ceci étant dit, ce troisième album de LTE a réellement sa propre personnalité. En outre, il y a une continuité avec certains des éléments et des concepts développés dans les précédents albums de LTE, comme le morceau Chris & Kevin’s Amazing Odyssey (Ndlr : la suite de Chris and Kevin’s Excellent Adventure figurant sur le premier album de LTE). Et on retrouve aussi cet équilibre permanent entre l’improvisation et l’écriture dans tout ce que nous écrivons.

L’intention de LTE a toujours été d’être un groupe instrumental. Est-ce que l’absence de chanteur ouvre plus de possibilités ?

JORDAN RUDESS : Cela en ouvre de différentes. J’aime les lignes de chant et j’aime tout autant les développements instrumentaux. Mais à certains moments ça en devenait drôle car, subitement, nous réalisions que « Hé, personne ne va chanter sur cette partie », ce qui nous amenait à retravailler le passage en question. Donc oui, parfois, nous nous sommes retrouvés dans cette situation. Et oui, également, très clairement, il y a définitivement des choses que nous faisons avec LTE et que nous ne faisons pas avec Dream Theater, comme de trop longs solos instrumentaux.

Tu as parlé de continuité. Pour moi, à certains moments, j’ai ressenti plus que de la continuité avec notamment des sonorités différentes, en témoigne « Beating the Odds », avec ce magnifique son de claviers très prog qui nous rappelle une époque glorieuse. Etait-ce une intention résolue d’essayer de nouvelles choses?

JORDAN RUDESS : Comme je te le disais, une des choses qui me tenait à cœur avec cet album était d’apporter ces passages très harmonieux, riches mélodiquement, qui font du bien au moral et réchauffent le cœur. Trouver ce point d’équilibre a été assez facile car je crois que tout le monde en avait également envie. Nous voulions vraiment créer une musique qui n’était pas uniquement incandescente. Nous sommes des mecs très sensibles (ndlr : rires), nous aimons également écrire une musique qui touche l’auditeur sur d’autres dimensions, peut-être plus émotionnelles, et nous n’en avons pas peur. Pour ce qui est d’essayer de nouvelles choses sur cet album, ce n’était pas nécessairement une volonté première. Certains musiciens se disent « OK je dois absolument innover avec cet album, modifier les sons que j’utilise, laisser plus de place à l’électro, aller dans telle direction etc… ». Mais en ce qui nous concerne, ce n’est pas ce que nous dictait notre ressenti. Nous avions juste envie de retrouver cette énergie, celle qui nous avait permis de créer ensemble (ndlr : de par le passé) et qui nous manquait. Donc cet album n’est pas le reflet d’une envie de vouloir à tout prix amorcer une rupture et de défricher de nouveaux territoires sonores. Notre objectif était avant tout de retrouver, ensemble, l’esprit, le cœur et l’espace de cet univers musical si particulier.

En parlant des sonorités très prog de “Beating the odds”, on semble assister à un renouveau du Moog ces dernières années. Je suis moi-même un fan de cet instrument. Est-ce que tu envisagerais de jouer avec un Moog sur scène un jour ?

JORDAN RUDESS : Quand je suis sur scène, j’utilise exclusivement mon Kronos et ce, pour tout. Et tout son que je ne peux pas créer, je le sample et trouve toujours un moyen de le restituer. Je suis également un fan du Moog. Et j’ai toujours des sonorités typés Moog à ma disposition. Mais je n’ai pas spécialement l’intention de jouer avec un Moog sur scène. Je n’en ai pas réellement besoin. Je peux toujours trouver un moyen de recréer ces sonorités avec précision.

Tu as toujours eu une activité solo très intense. Et tu viens d’ailleurs de sortir un nouvel album “A chapter time” qui est profondément différent de son prédécesseur (Ndlr : « Wired for madness »). Peux-tu nous en parler plus en détail?

JORDAN RUDESS : Ce disque a été conçu en quelque sorte comme le journal musical de cette très étrange période que nous avons vécu. Il en est la retranscription musicale. Une grande partie de l’album a été écrite au moment où le confinement nous a été imposé à New York. Nous nous sommes sentis très démunis et ça a été intense pour tous. Et moi, ma vie, c’est d’exprimer musicalement ces émotions. Je me réfugiais donc dans mon studio pour jouer et tenter de capturer le ressenti de cette atmosphère. Et au bout d’un certain temps je me suis rendu compte que j’avais accumulé pas mal de matériel dont certaines idées très intéressantes. Je n’avais pas forcément en tête au début d’en faire spécifiquement un album. Mais l’idée a germé et je me suis dit qu’il y avait là de quoi proposer un très bel album. Et surtout un album qui soit le marqueur d’une époque dans un certain sens. D’ailleurs, alors que je cherchais un titre pour cet album, je me suis dit que « A chapter in time » était juste parfait et semblait prédestiné (ndlr : rires). Ce disque est sans aucun doute ce que j’ai enregistré de plus doux à ce jour. Ceci dit, j’ai écrit d’autres albums de piano de par le passé, comme “The unforgotten path”.

LTE Jordan Rudess

Jouer du piano et créer des moments d’apaisement intenses, fait aussi partie de ma personnalité, tout autant que l’univers du rock. Ça montre une autre facette de ma personnalité. Certaines personnes n’imaginent même pas que je viens d’une culture où on envisage réellement la musique comme une source d’apaisement presque thérapeutique. Je n’ai pas forcément envie, ni besoin, de ne jouer qu’un rock progressif déjanté (ndlr : rires). Bref, j’ai décidé de publier cet album mais je n’étais pas sûr du format à privilégier. De nos jours c’est super difficile, un artiste ne peut quasiment pas gagner d’argent avec certains formats comme « i-tunes ». J’ai eu l’idée d’utiliser Brandcamp suite à l’expérience positive de Dream Theater, qui avait eu recours à ce format pour recueillir des fonds dans le cadre du soutien financier à son équipe de roadies. Brandcamp a très bien fonctionné pour mon projet. Je ne savais pas qu’elles allaient être les réactions du public mais j’ai eu d’excellents retours. J’ai même pu gagner un peu d’argent… La création musicale ne peut pas être mise à disposition gratuitement (ndlr : rires). Je n’ai pas à ce stade proposé l’album sous d’autres formats mais j’envisage de sortir un vinyle. La pochette qui a été réalisée par un artiste brésilien est d’ailleurs magnifique.

« Soudainement nous n’avions plus d’excuses. Donc c’était un excellent timing ! Et de là, nous sommes rentrés en studio avec un esprit super positif, dans une très bonne ambiance, entre amis et, au final, ça a été un moment tout aussi fun qu’extrêmement productif musicalement parlant… » – Jordan Rudess

Tu avais déjà en partie exploré cet univers avec “The unforgotten path” que tu citais il y a quelques instants et sur lequel tu as réarrangé avec succès des standards rock et folk. Qu’est-ce qui peut conduire un artiste à retravailler des morceaux existants alors qu’il peut créer tout ce qu’il veut ?

JORDAN RUDESS : Je joue certaines de ces chansons depuis des années et elles me touchent particulièrement. Elles sont toutes magnifiques. Et chaque fois que je les joue, je les joue différemment. Par exemple, si tu me demandes de jouer « Entangled » (ndlr : Genesis) avec les arrangements de cet album, il est fort probable que je revisiterais la composition encore d’une nouvelle manière (ndlr : rires). Tu sais, je laisse libre cours à l’improvisation, ça fait partie de ce que j’aime. Je suis toujours derrière mon piano, je joue tout ce qui me vient à l’esprit et je laisse venir les choses. Cette approche de la musique est très importante pour moi. Et au fil des années j’ai sorti quelques albums de piano qui reflètent bien cette démarche.

C’est toujours impressionnant de voir de quelle manière tu passes d’un style à un autre, d’un album à l’autre.

JORDAN RUDESS : C’est assez drôle car lorsque j’étais plus jeune et que j’essayais de me frayer un chemin vers une carrière musicale, j’envoyais des démos à des tas de gens qui me disaient en retour « Bon, vous avez clairement du talent, mais votre style musical c’est quoi au juste ? » (ndlr: rires). Bref ils me conseillaient de me recentrer sur une approche musicale plus homogène. Argument plus que recevable. Mais la réalité c’est que la Musique est toute ma vie. Je vis et respire la Musique. J’aime la diversité et je ne ressens pas le même besoin à chaque moment de la journée. J’aime le Prog, j’aime la musique électronique, j’aime le piano et la musique classique. Ce sont tout autant de sensations différentes.

Alors, le nouveau Dream Theater?

JORDAN RUDESS : Comme tu t’en doutes, je ne peux pas trop t’en dire à ce stade. Mais je te confierais la chose suivante, un soir alors que nous quittions le studio d’enregistrement, j’étais avec John Petrucci sur le parking et je lui ai dit « John, nous n’avons jamais ralenti le rythme ! ». Nombre de musiciens ralentissent la cadence en vieillissant, au fil des ans. Mais ce n’est pas le cas de Dream Theater, dieu merci. Je trouve que ce nouvel album a une pêche énorme. Et d’un point de vue de l’acoustique, une de nos forces est d’avoir toujours tiré les enseignements de nos enregistrements précédents pour perfectionner encore la manière d’enregistrer la guitare, de mieux faire sonner la batterie, de mieux mettre en valeur les claviers, le chant, tout…Nous travaillons avec un super ingénieur du son, Jimmy, qui est très talentueux. Nous avons notre propre studio également. Vous pouvez vous attendre à l’un des meilleurs albums de Dream Theater. Est-ce que c’est ce que nous avons fait de mieux à ce jour ? Je laisserai les personnes qui découvriront l’album statuer sur ce point ! Mais je peux d’ores et déjà affirmer que c’est un excellent et solide album.

J’ai vu que tu avais rejoint la plateforme “Patreon” (Ndlr : site web de financement participatif qui permet aux créateurs d’être payés pour continuer à créer du contenu) pendant cette étrange période que nous venons de vivre. Peux-tu nous en dire plus sur ce projet et cette expérience ?

JORDAN RUDESS : Oui bien sûr. “Patreon” est un site dédié aux artistes et qui leur permet d’être en lien direct avec leurs fans. J’ai initié cette démarche il y a environ un an. C’est une manière pour moi de partager et de mettre à disposition du matériel d’enseignement musical. Dans certains cas, je crois tous les 3 ou 6 mois, tu peux même échanger en chat avec moi. Je suis quelqu’un qui aime les relations humaines et partager. Je fais partie de ce type d’artistes. « Patreon » n’est pas une solution pour de jeunes musiciens qui voudraient soudainement se faire connaitre mais s’adresse à des artistes établis comme moi, qui ont déjà une solide base de fans et veulent la développer en rapprochant encore les gens.

ENGLISH VERSION

We had the fantastic opportunity to catch-up with Jordan Ruddess in the context of the long awaited release of the LIQUID TENSION EXPERIMENT chapter 3. This new album is clearly a wildest dreams coming true. Twenty two years down the line (the previous LTE was 1999!) Mike Portnoy, John Petrucci, Jordan Ruddess and Tony Levin have joined forces again to bring back to the life the magic of LTE and come up with an album that steps up the game further and redefines boundaries. The 4 highly skilled musicians are taking us on a journey across 60 minutes of incredibly crafted prog-rock, with strong metal and jazz foundations, where top notch technique allows superb melodies to shine. We discussed with Jordan, whose kindness matches his out of this world musical skills, this very latest LTE offering and also covered his recent solo activity (“A chapter in time” solo album), his participation to the “Patreon” platform and, needless to say, the forthcoming Dream Theater.

 

The album was recorded last year. Since then, did you actually take a moment to sit down and listen to it again?

JORDAN RUDESS : I don’t generally go back to albums to listen to them much. In that way, when all of a sudden, it’s playing somewhere and I hear it, I am pleasantly surprised. But in the case of this album, there were a lot of reasons to go back and listen to it. One of the reasons was because, after we did the LTE album, we basically got right into recording the new Dream Theater album. So my mind, all of a sudden, was filled up with a million different notes. The problem was that, I then had to do support and press for the LTE album. So I literally had to go back and listen to the album again to remember the music so I could be prepared to talk about it. Because you know, there’s a limit to how many notes one person can remember (Laughs, Ed.)!

And how does it feel, listening to the album again? Is there anything you would have done differently with hindsight benefit?

JORDAN RUDESS : I am just very grateful, to tell you the truth. I feel like it was a beautiful combination of people making honest music. We had such a nice time doing it on every level. So great to get with the guys again in the studio. It was all very positive. And when I listen to it I just smile. It felt so nice. And I would not like to change anything really.

It’s obvious listening to the album that you guys had a lot of fun. Now, going back in time, a lot of things happened some twenty years ago with Mike leaving Dream Theater (and therefore bringing the LTE project to a halt, Ed. ). It was a bit acrimonious, things got said etc… So how did you overcome this and come up with such a terrific album?

JORDAN RUDESS : First of all, time is a healer. That’s a big contributing factor. There were certainly times along the way, within the 22 years period, where it would have been impossible to do this, because of the friction when Mike left Dream Theater. That would not have been a good time to do anything. And one of the things that really also prevented us from doing is also that everybody is so busy. You have Dream Theater usually touring all around the world. Then, Mike is in different bands. So, we benefited in a way from the fact that we were all home because of this crazy COVID thing. It made it like there were no excuses. So it was all good timing. We all went there with a very positive spirit, a good feeling, as friends and ended up having a very productive musical fun time.

How did you approach the album? Did you immediately started jamming when you got in the studio or did you discussion the direction you wanted to take for the album?

JORDAN RUDESS : There was definitely a lot of thoughts about the concept and what we were trying to do. But it really happened simultaneously as we were doing it. We did not like to have a long meeting about what we were going to do. Things came up in discussion ahead of time and things also came up as we were working, it just built. Rather quickly as well. As far as the writing of the music is concerned, a lot of the music got done in the studio when we were all there together. Then, some of the parts I contributed to were done ahead of time, for example some the melodics, so that I would have some nice stuff I knew I could call upon in case the muse was not available at the moment (Laughs, Ed). And it ended up being very helpful because one of the things I went into this album with were these beautiful and harmonic chords. I spent a lot of time making sure that was something I could contribute to. And that meant bringing some things in. But some of these things also happened right when we were all together in the room.

Do you feel the experience of Chris, in a sort of more “mainstream” industry, is also adding something to the equation?

JORDAN RUDESS : It’s funny because when I started out, I was involved in mainstream music (The Buggles, Ed.). I moved then from the mainstream to the far left (Laughs, Ed.), the world of progressive music! But if you go back to ASIA, ASIA was pretty mainstream really. It was accessible music to a wider range of people than progressive music. But having said that, progressive music was something I grew up with. I moved away from the pop scene more for the reason that, being a keyboard player, pop music can be very quickly short lived. The Buggles were never really going to take it that much further. Once we had “Video killed the radio star” everybody asked for another “Video killed the radio star”. I guess that’s why Trevor Horn chose to move into production. He certainly became very established and well known as a world record producer. And I moved more into the performance and playing with bands. We kind of diverged. And going back to Chris, I think he can see both sides of it. There’s a lot of progressive music in his vinyl collection. From Yes, to Caravan, all these bands I grew up with. But as they say you got to make a living and he’s definitely very good at it. The people he worked with are top people, Lana Del Rey, Beyonce, Cristina Aguilera, David Guetta. You can’t get more mainstream than that. The great thing that Chris and I got is that we have cross genres experience in all these fields and the DBA project somehow meets in the middle. It’s got the pop element and but at the same time it’s got the depth of progressive music.

How long did it take you to complete this project, end to end?

JORDAN RUDESS : It was about two and a half weeks, all of us, together in the studio. We wrote all the demos and all the music. After that we did the tracking. And the time it took would be different for each guy. In my case I actually did my tracking for LTE in my studio at home. I sat in front of my computer and keyboards and did all my parts.

« We benefited in a way from the fact that we were all home because of this crazy COVID thing. It made it like there were no excuses. So it was all good timing. We all went there with a very positive spirit, a good feeling, as friends and ended up having a very productive musical fun time. » – Jordan Rudess

Going back to the studio part, is there somebody naturally taking the lead when you guys create music together or is it really a collective effort to craft the songs?

JORDAN RUDESS : One of the interesting things about LTE is the combination of abilities. Everyone has their own specialty. John and I are very fluid with creating notes and writing a lot of stuff very quickly. Tony of course, is an incredible musician and contributes to all kinds of great stuff. Mike is not so much about the actual notes, he is more about the architecture of the songs and the arrangements. He is always almost “kind of” looking at it from an arranger / producer headspace. So altogether, that creates what people know as LTE. And of course, it also relates to what we do at Dream Theater, John and I. Our relationship goes deep. We have that amazing chemistry where we can just bounce things off to each other and have a million of ideas flowing. And that’s where, in the case of LTE, Mike come in and start shaping it in his head. So everybody has their very unique contribution.

Leading onto this, there is one track of the album “Passage of Time” that really reminded me of Dream Theater. Did you feel that Dream Theater overhanging shadow in the room with John, Mike and yourself working together?

JORDAN RUDESS : It is very much about letting it happen. We’re not afraid of Dream Theater influences. That’s who we are. It was exciting even to get back with Mike. Not that we were trying to write a Dream Theater album. But there is that chemistry between me, Mike and John. In a way we were returning a little bit to that time period of Dream Theater. That said, this third album of LTE has become its own thing. There is a continuation of some elements and concepts carried though from previous albums, for example the Chris & Kevin’s Amazing Odyssey (a follow-up to Chris and Kevin’s Excellent Adventure from LTE1, Ed.). And also there is this balance between improvisation and composition, in everything that we work.

The LTE intention always was to be full-on instrumental. Do you feel more free not having a singer in the picture? Does it open more possibilities?

JORDAN RUDESS : It opens different ones. I like vocals and I also like instrumental music. It was funny because sometimes we had to remind ourselves “hey, nobody going to sing in this part!”. So we caught ourselves in that mode a little bit. But yes there is definitely things that we do in LTE that we just don’t do in Dream Theater, like very extended leads.

You mentioned the continuation. To me there is even more than continuation on this album. For example, “Beating the Odds” has a more prog feel than ever, especially on the keyboards with beautiful sounds that take us back in time. Was that also an intention to explore different things this time?

JORDAN RUDESS : One of the things I was looking for with this album, as I said, was to have these rich melodic, harmonic, good feeling parts that warm your heart. Finding that balance was incredibly easy to make happen, because I think everybody was interested in the same thing. We wanted to make music that was not just burning. We’re also very sensitive guys (Laughs, Ed.) and we like things that are more emotional, more touching and we’re not afraid of that. And I think on this album, it’s not necessarily that we wanted to make something new. Some musicians are about “OK I have to do something absolutely new with this album, change all the sounds I use, make it more electronic, go into that direction etc…” But we did not really feel that, especially because we missed the energy of what we created together (in the previous albums, Ed.). So this album is not a reflection of us breaking in absolutely new sonic grounds. It’s more getting into the spirit, the heart and this really important musical headspace altogether.

Talking about the keyboards sounds on “Beating the odds”, it feels like the Moog is back under the spotlight these days. I am a big fan myself of the Moog. Is that an instrument you’d consider bringing to the stage one day?

JORDAN RUDESS : When I am performing, I have generally been going out doing everything with my Kronos. And any sound that I can’t create on it I will sample and find a way to make it happen. I am also a Moog man. And there’s always mini-Moog type sounds. But I don’t necessarily want to take out a Moog synthetiser onto the stage. I don’t feel like I need to. I can always find a way to represent that sound accurately.

You have been very active, as always with your solo activity. You have this new album A chapter time which is “kind of” a major departure from its predecessor (Wired for madness, Ed.). Can you please tell us a little more about it?

JORDAN RUDESS : This album was done almost a like a musical diary to this very bizarre time that we’re living through. It’s a reflection of these times. A lot of it happened when the lockdown in New York first was hitting. All our emotions were very bare and it was so intense for everyone. What I do in my life is express myself musically. I would go out to my studio, start to play and create these vibes. And after a while I captured a bunch of stuff and realized I managed to record really interesting things, all these emotions and the space. I was not looking to necessarily do an album when I started But this is really a nice offering, so I decided to release it. And it marks the time as well. When I was thinking what kind of name I can have for this album I thought A chapter in time, it was perfect and meant to be (Laughs, Ed.). This album is probably more gentle than any album I have ever really done. That said I have released other piano albums, like The unforgotten path. Playing the piano, which is almost a healing gentle space, is something I am very much about, in addition to all the rock stuff. This one also shows another side of who I am. Some people aren’t even aware I really come from a place using music almost as a healing mechanism. I don’t always want to, and need to, play crazy prog (Laughs, Ed.)! So anyhow, I decided to release this album but was not quite sure how. These days it is so difficult. An artist cannot make any money through formats like i-tunes. I learnt something from when Dream Theater put out a tune to raise money for the crew and ended up using Bandcamp. So I did as well and it was a great move. I did not know what the reaction to the album would be but people really responded to the album and I got so many positive comments. I was also able to make a little bit of money out of the album. Music should not be free (Laughs, Ed). I did not make any hard copies. Although I am thinking doing maybe a vinyle. There is also a beautiful cover made by a Brazilian artist.

For sure this album shows a different part of you. And as you said you explored that in the past already, for example with The unforgotten path where you beautifully revisited some folk and rock songs. So I wondered, what drives an artist to revisit songs when you can almost create anything you want?

JORDAN RUDESS : Some of these songs were songs I played for years and they resonate with me. They’re just so beautiful. And the reality is that each time I play them, I play them differently. For example if you ask me to play “Entangled” (Genesis, Ed.) with the arrangement of that album, well I would revisit that again now on the piano (Laughs, Ed.). I am an improviser you know. That’s one of the things I really like to do. I am always sitting down at the piano and just playing whatever comes in my head and letting it flow. It’s very important to me musically to do this. Through the years I put out a number of couple of piano albums to represent that.

It is really impressive how you switch from one style to another !

JORDAN RUDESS : It’s funny because when I was younger and I was trying to have a music career, I’d send out demo tapes to people and they said “you are obviously very talented but what is it that you do?” (Laughs, Ed.). They said to me “you have to create something which is a little more cohesive”. And they have a point. But the reality is that my life is all about music. I just live and I breath music. And it’s not all the same. I don’t feel the same all the time. I love Prog, I love electronic music, I love piano music and classical music. It’s all very different feelings.

Can you tell us a little more about the new Dream Theater album ?

JORDAN RUDESS : As you know there is not too much information that we can give away at this point. But I will say that, one night leaving the studio, I was in the parking lot with John Petrucci and I said to him “John, we have not slowed down at all”. A lot of musicians as they get older they’re already getting a little bit sluggish and slower (Laughs, Ed.). But that’s not happening with Dream Theater, thank god. And I feel this album has got so much energy. And sonically, one of the thing we’re really good at is learning lessons from each album, learning how the guitar should be recorded, how can we make the drums better, what can we do with the keyboards to make them even better, the vocals, everything! We work with a great engineer Jimmy who is so talented. We have our own headquarters now as well. People can expect one of the best Dream Theater albums. Whether I can say it’s better than anything, that will be up to the listener. But I can tell you it will be a very solid offering.

I heard you have started a “Patreon” during this “strange” period of time. Could you please tell us a little bit more about it?

JORDAN RUDESS : Yes sure. “Patreon” is something for creators, allowing them to reach out directly to their fans. I started about a year ago. It’s a way for me to share, to do streams, to provide educational material, to offer direct messaging with me. On certain tiers you can even chat with me, like every 3 or 6 months, I think. It’s been amazing. I am somebody who loves people. And I like to share. I am that kind of school of artists if you will. I would say it’s not for any young musician out there. “Patreon” is not the solution to suddenly get lots of fans. It’s more a solution for somebody like myself who has a following and can develop it and bring in everybody in this inner circle where you have this amazing community.

Une interview réalisée en avril 2021 par Stéphane Rousselot – remerciements à Valérie Reux

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A propos de l'auteur

Stéphane Rousselot

C’est la découverte de la pochette de l’album « Killers » en 1981, ce rictus grimaçant dans les rues mal éclairées de l’East end londonien, œuvre de Derek Riggs, dessinateur attitré de la Vierge de Fer, qui fut à l’origine de mon parcours musical. Il me faudra toutefois attendre l’acquisition du single « Flight Of Icarus » en 1983 pour enfin découvrir la proposition musicale derrière l’illustration visuelle. C’est dans doute pour cela, qu’au-delà d’une passion pour un style musical, j’ai développé un goût prononcé pour l’iconographie et par extension, pour le soin apporté à présenter un album comme une œuvre globale. Un visuel, une musique, une narration – une parfaite invitation à des voyages immobiles fascinants. Du Heavy Metal au hard-rock plus globalement (dans toutes ses infinies composantes), en passant entre autres par le rock progressif, le jazz-rock, le trio-jazz, l’électro, le classique et sans oublier une certaine chanson française avec en premier lieu le grand Léo Ferré, poète post-moderne avant l’heure. De l’amour des mots est née une passion pour la littérature, des classiques contemporains (Montherlant, Gracq, Aragon) à l’anticipation (Serge Brussolo, l’auteur fétiche de mes nuits blanches avec sa contribution inestimable à la collection Fleuve Noir). Enfin, de la littérature au cinéma avec le plaisir à chaque fois renouvelé d’aller aux festivals de Gerardmer et Deauville chaque année. A l’heure de proposer ici quelques critiques d’albums ou autres, je garde à l’esprit la phrase de Prévert à Carné au sujet du film « Les Portes de la Nuit », « J’en ai marre de bosser dix mois sur un scenario pour me faire engueuler en dix lignes par un con de critique ». Tout est dit.

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