Mémoires de nos Pères
4.0Note Finale

Raising the Flag on Iwo Jima. La photo est connue, légendaire et accessoirement prix Pulitzer pour son auteur, Joe Rosenthal. Nous pouvons observer six marines hisser le drapeau américain sur le mont Suribachi de l’île d’Iwo Jima, durant la guerre du Pacifique. Tout un symbole. Et de quoi relancer la propagande et le recrutement auprès des jeunes, ce que le gouvernement américain n’hésitera pas à faire avec une certaine dose d’hypocrisie vis à vis des inextinguibles valeurs patriotiques. Mais voilà, l’histoire était trop belle, il fallait la maquiller, la travestir pour la rendre plus noble encore. Pour la grande cause ! Quand bien même les protagonistes dussent-ils vivre cette expérience comme un fardeau, parfois trop lourd à porter.

Une fois encore, le projet était prévu pour Steven Spielberg mais ce dernier se désistera et se contentera finalement de le coproduire. Au scénario, c’est Paul Haggis qui s’y colle (Million Dollar Baby) mais Clint Eastwood, décidément jamais là où on l’attend, décide de scinder l’expérience en deux volets distincts : l’un du point de vue américain, l’autre du côté japonais avec Lettres d’Iwo Jima. Un concept original qui zieute vers la logique implacable de ne pas jouer du manichéisme habituel des “bons” contre les “méchants“. Des vainqueurs contre les vaincus.

En revisitant l’histoire de son pays, Eastwood poursuit également son chemin dans la pénombre, dans cet espace sans limite où la vérité se fait relative, tout comme la notion du bien et du mal en thème central de sa filmographie à venir. Si l’anecdote est rocambolesque (la célèbre photo fut-elle mise en scène ?), le portrait des trois survivants permet au réalisateur de dresser une analyse en creux des dégâts causés par la guerre et une vision de l’héroïsme paradoxale. Une réflexion qui saura nourrir ses futurs films (American SniperSully etc.) avec une acuité plus ambigüe encore. Mémoires de nos Pères s’interroge quant à lui sur la véracité du héros, sa propre conséquence, sa vacuité et se penche avec compassion sur le destin tragique de Ira Hayes condamné à l’oubli d’une fin misérable teintée de racisme bon teint envers les amérindiens.

C’est dans ces moments précieux que le regard de Clint Eastwood se fait le plus sincère. En jouant des flash-back pour évoquer cette guerre d’une violence si brutale, le film s’inscrit du côté du Soldat Ryan et de La Ligne Rouge. Surtout, Mémoires de nos Pères renvoie à quelque chose de purement physique. Un voyage au bout de l’enfer dont l’écho poursuit les survivants. À jamais.

ENGLISH VERSION

FLAGS OF OUR FATHERS

Raising the Flag on Iwo Jima. The photography is well known. Legendary and it won a Pulitzer Prize for its author, Joe Rosenthal…  We can observe six Marines hoisting the American flag on Mount Suribachi on the island of Iwo Jima during the Pacific War. Quite a symbol. And enough to revive propaganda and recruitment among young people, which the American government will not hesitate to do with a certain amount of hypocrisy towards the patriotic values. But the story was too beautiful, it had to be disguised to make it even more noble. For the great cause. Even if the protagonists had to live this experience as a trauma, sometimes too heavy to bear.

Once again, the project was planned for Steven Spielberg, but the latter withdrew and finally settled for co-producing it. In the script, Paul Haggis (Million Dollar Baby) is the one who gets stuck on it but Clint Eastwood, decided to split the experience into two distinct parts: one from the American point of view, the other from the Japanese side with Letters from Iwo Jima. An original concept that zooms towards the implacable logic of not playing the usual manicheism of the “good guys” against the “bad guys“. Winners against losers.

In revisiting the history of his country, Eastwood also continues his journey in the dark, in this limitless space where truth is relative, just as the notion of good and evil is the central theme of his future filmography. While the anecdote is incredible (was the famous photo staged?), the portrait of the three survivors allows the director to draw an in-depth analysis of the damage caused by the war and a vision of the paradoxical heroism. A reflection that will nourish his future films (American Sniper, Sully etc.) with an even more ambiguous acuity. Flags of our Fathers questions the veracity of the hero, his own consequence, his emptiness, and compassionately examines the tragic destiny of Ira Hayes, condemned to oblivion at the end of a miserable ending tinged with racism towards the Native Americans. It is in these precious moments that Clint Eastwood is at its most sincere.

By playing flashbacks to evoke this war of such brutal violence, the film is more on the side of Saving Private Ryan than of The Thin Red Line. Above all, Flags of our Fathers refers to something purely physical. A journey to the end of hell whose echoes chase the survivors. Forever.

Mémoires de nos Pères (2006)

Titre : Mémoires de nos Pères
Titre original : Flags of our Fathers

Réalisé par : Clint Eastwood
Avec : Ryan Phillippe, Adam Beach, Jesse Bradford…

Année de sortie : 2006
Durée : 128 minutes

Scénario : William Broyles Jr. & Paul Haggis
Montage: Joel Cox
Image : Tom Stern
Musique : Clint Eastwood

Nationalité : États-Unis
Genre : Drame / Guerre

Synopsis : Au cinquième jour de la sanglante bataille d’Iwo Jima, cinq Marines et un infirmier de la Navy hissent ensemble le drapeau américain au sommet du Mont Suribachi, tout juste repris aux Japonais. L’image de ces hommes unis face à l’adversité devient légendaire en l’espace de quelques jours. Elle captive le peuple américain, las d’une guerre interminable, et lui donne des motifs d’espérer. Pour mettre à profit cet engouement, les trois “porte-drapeaux” sont livrés à l’admiration des foules. Leur nouvelle mission : servir leur pays en vendant les précieux Bons qui financent l’effort de guerre. Le laconique John “Doc” Bradley, le timide Amérindien Ira Hayes et le fringant Rene Gagnon se prêtent au jeu avec un dévouement exemplaire. Ils sillonnent sans relâche le pays, serrent des milliers de mains et prononcent des allocutions. Mais, en leur for intérieur, une autre bataille se livre…

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A propos de l'auteur

Cyrille Delanlssays

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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