IQ, groupe emblématique du renouveau du rock progressif dans les années 80, est de retour avec un treizième album avec lequel il consolide sa légende. Et tout au long de ce disque magistral et envoûtant, le groupe affirme sa volonté d’entrevoir la lumière plus que l’ombre, dans un équilibre parfait entre la musique et les textes. Nous avons eu le plaisir d’échanger avec le guitariste, compositeur et producteur Mike Holmes en mars dernier, l’occasion d’en apprendre plus sur ce nouvel album, de mieux appréhender la manière dont le groupe fonctionne et de découvrir une personnalité fascinante, aux influences et goûts musicaux qui dépassent de très loin l’univers prog-rock. Et nous profitons de cette interview pour rappeler que le groupe sera de nouveau de passage en France, les 26 et 27 septembre prochains au Casino de Paris, en tête d’affiche du festival ProgRockFest.

Ce nouvel album surpasse toutes les attentes. Mais plus que tout, ce qui est réellement impressionnant avec IQ, c’est votre capacité à remettre la barre encore plus haut à chaque album. Comment faites-vous ?

MIKE HOLMES : Comme le dit souvent Pete (Ndlr : Nicholls, chanteur et du groupe) : « Quand nous ne serons plus de ce monde et serons complètement oubliés, tout ce qui restera de nous, ce sont ces albums. C’est la seule chose dont les gens se souviendront. » Il est donc fondamental que nos disques soient à la hauteur de nos ambitions. Et je crois, à ce titre, que nous avons mis en place une forme de contrôle qualité très rigoureuse pour tout ce qui touche à la musique d’IQ. Je suis, pour ma part, absolument intraitable en studio : je retravaille chaque détail, encore et encore, jusqu’à obtenir le résultat attendu. Et c’est vraiment un de nos fondamentaux. Je me dis toujours : « Pourquoi sortir un album dont nous ne serions pas pleinement satisfaits ? ». Notre première exigence, c’est de proposer une musique dont nous sommes réellement fiers.

D’où, certainement, le rythme de sortie des albums qui, depuis The Seventh House, est quasiment d’environ cinq ans. Combien de temps consacrez-vous, en moyenne, à la gestation d’un album ?

MIKE HOLMES : Cela nous prend généralement deux ans environ. Mais ces dernières années, nous nous sommes consacrés à d’autres projets entre chacun des albums. Et bien sûr, juste après Resistance (Ndlr : 2019), il y a eu la pandémie. Cela n’a pas été une période facile pour nous, mais je pense qu’on s’en est plutôt pas mal sortis par rapport à d’autres groupes. Disons, pour résumer, que nous avons été très sollicités entre chacun des deux-trois derniers albums. Pas mal de concerts et un projet substantiel concernant la série des Archive Collection. Nous avons travaillé sur un coffret exhaustif qui regroupe tous les enregistrements rares et les performances live inédites d’IQ. Et tout cela nous a forcément beaucoup mobilisés (Ndlr : Mike fait référence à The Archive Collection 2003-2017, un coffret deluxe, paru en 2021, contenant 12 disques présentés dans un livre relié de 52 pages au format 30×30 cm. Ce coffret propose entre autres des enregistrements live rares, des morceaux inédits, des démos, des remixes différents, des prises studio, trois concerts dans leur intégralité, et même un album de Noël complet).

Ce nouvel album, Dominion, porte bien évidemment 100 % la signature IQ. Mais plusieurs éléments m’ont particulièrement frappé à son écoute. Et tout d’abord, le ton, qui m’a semblé beaucoup plus positif que celui du précédent LP, Resistance

MIKE HOLMES : Je crois que tu as raison. Il y a effectivement une tonalité différente dans cet album. Mais ce n’était pas forcément quelque chose de conscient ou de réfléchi pendant le processus d’écriture. Je dis toujours ceci : « Quand tu écris, il faut simplement laisser advenir ce que tu as en toi à ce moment-là. » Et peut-être étions-nous effectivement dans un meilleur état d’esprit, plus positif, au moment de composer Dominion. Je ne pense pas qu’il soit sain de tenter de reproduire quelque chose ou de vouloir absolument sonner d’une certaine manière. Écrire doit être un processus naturel et non contraint. Si nous avions décidé d’écrire un Resistance – Part 2, cela aurait sonné artificiel. Et le public l’aurait ressenti. Et ce n’est vraiment pas ce que je souhaite pour IQ.

Y avait-il malgré tout un fil conducteur dès le départ ? Ou l’écriture des morceaux a-t-elle évolué au fil de l’eau?

MIKE HOLMES : Tout s’est fait de manière très spontanée. Prends par exemple « The Unknown Door » : je l’écrivais encore alors même que j’avais commencé à le mixer. J’avais déjà environ une quinzaine de minutes, mais j’avais le sentiment qu’il manquait quelque chose pour que la composition soit réellement aboutie. C’est une dimension que je ressens toujours fortement avec mes morceaux, je sais s’ils sont terminés ou non. Donc là, très spécifiquement, j’avais cette sensation que le titre n’était pas achevé. Mais en même temps, nous avions une échéance à respecter, ce qui explique que j’ai déjà commencé à le mixer tout en continuant à l’écrire. Une situation un peu étrange, à vrai dire.

C’est d’autant plus impressionnant que ce titre est l’une des compositions les plus spectaculaires de cet album…

MIKE HOLMES : Ce n’était pas aussi chaotique, en réalité, que je semble le laisser entendre. Je savais ce que je voulais, notamment la manière de terminer le morceau. Il y a d’ailleurs plusieurs thèmes qui reviennent au fil du titre, des mélodies vocales et des structures d’accords que l’on retrouve du début à la fin. J’avais à peu près en tête ce que je souhaitais obtenir, je n’avais simplement pas encore trouvé comment y parvenir. Et c’est ce que j’étais en train de chercher en studio.

« Nous avons mis en place une forme de contrôle qualité très rigoureuse pour tout ce qui touche à la musique d’IQ. » – Mike Holmes

Dominion me donne également la sensation d’un disque très riche, où vous explorez de multiples facettes musicales, entre grandes compositions épiques et titres plus courts, tantôt contemplatifs, tantôt presque folk,  le tout avec une grande fluidité. Est-ce que vous avez abordé cet album différemment des autres ?

MIKE HOLMES : Je pense qu’on s’est sentis un peu plus libres. Non pas que nous ayons été réellement contraints par le passé. Mais cette fois-ci, on s’est simplement dit : « Allons-y. Faisons ce que nous avons envie de faire. » En toute honnêteté — et je ne veux pas trop insister là-dessus — nous avons tous un certain âge désormais et je crois que cela transparaît aussi dans les textes. À plusieurs reprises, Pete dit : « The time is now / C’est maintenant. » Et je trouve que c’est un message fondamental, peu importe d’ailleurs l’âge que l’on a. Si l’on veut vraiment faire quelque chose, le moment, c’est maintenant. Et je suppose que cette manière de penser s’est reflétée à différents niveaux dans l’album. À commencer par le processus d’écriture en lui-même : dès que nous étions convaincus par un morceau, on avançait. Cela dit, beaucoup de morceaux ont été écrits pour cet album. Et nous ne les avons pas tous utilisés.

Dominion met également en exergue une cohésion musicale exceptionnelle, encore amplifiée. J’ai notamment en tête ce passage instrumental époustouflant sur « The Unknown Door« , vers les 12 minutes…

MIKE HOLMES : Je dirais que ce genre de ressenti correspondrait davantage à ce qui se passe sur scène. Mais en studio, nous avons continué à travailler comme nous l’avons toujours fait : on part des fondations, de l’ossature du morceau, puis chacun vient ajouter sa contribution, strate par strate. Mais à aucun moment nous n’avons été tous ensemble en studio. Donc, dans ce sens, non, ce n’est pas un travail collectif en temps réel. Mais d’un autre côté, plus le temps passe, plus on fait preuve d’intuitivité les uns par rapport aux autres dans notre manière de jouer. Et, pour revenir à la dimension technique que tu mentionnes, oui, je suis sincèrement convaincu que cet album contient d’excellents passages.

Dernière chose qui m’a frappé, j’ai eu aussi l’impression que vous avez expérimenté, de manière très subtile, de nouvelles sonorités sur cet album, presque électro. Je pense notamment à « Far From Here« , mais aussi à la section « Many and More Still«  de « The Unknown Door« .

MIKE HOLMES : Il y a un beat en particulier… Je pense que je vois exactement celui dont tu parles… C’est un passage qui évoque presque un code morse et qui est là surtout pour renforcer le groove, pour lui donner plus de fluidité. Je dirais que nous avons toujours été assez ouverts d’esprit en matière de sonorités. Peut-être que, sur cet album, nous avons été un peu plus loin, ce qui, de mon point de vue, est une bonne chose. C’est important de repousser un peu les frontières. Et aussi, quelque part, de surprendre l’auditeur pendant l’écoute. Il y a aussi un beat, vers le milieu ou les deux tiers de « Far From Here », où tout s’effondre soudainement, et ça devient presque techno. C’est l’un de mes beats préférés de l’album. J’adore ce genre d’ambiances. Et je suis toujours heureux quand je peux en glisser un peu ici ou là. Je ne sais pas si tu le savais, mais j’ai été DJ house et trance dans les années 90.

Non, je n’en avais aucune idée…

MIKE HOLMES : Eh bien si ! C’est également vraiment une composante de mon univers. J’adore cette musique. Et chaque fois que je peux en intégrer des motifs, avec parcimonie, je n’hésite pas. Je ne parle pas du « floor to the floor » (Ndlr : technique où la grosse caisse joue à chaque temps du morceau, c’est-à-dire à chaque battement, donnant un effet de pulsation constante, souvent utilisée pour créer une sensation de mouvement ininterrompu sur le dancefloor), mais de la manière dont un morceau house ou techno est construit : tu as souvent une rupture au milieu (Ndlr : l’intensité est réduite, souvent en supprimant les éléments rythmiques principaux et en mettant en avant d’autres éléments comme des pads, des mélodies ou des effets sonores), puis la tension remonte, jusqu’à ce que tout explose, créant un contraste, c’est le moment des « mains en l’air ». Et depuis une bonne quinzaine d’années, j’essaie d’insuffler un peu de cette dynamique dans la musique d’IQ.

IQ

« Je ne pense pas qu’il soit sain de tenter de reproduire quelque chose ou de vouloir absolument sonner d’une certaine manière. Écrire doit être un processus naturel et non contraint » – Mike Holmes

Ce qui est fascinant, c’est que tu as univers musical très riche. Je sais que tu aimes énormément Steely Dan, j’ai lu quelque part que tu apprécies également Neil Young, je découvre maintenant que tu as évolué dans la scène techno. Et bien évidemment, il y a IQ. Ce sont des mondes très différents, non ?

MIKE HOLMES : Oui, absolument. Mais j’ai toujours eu des goûts très éclectiques en matière de musique. J’aime énormément de choses, en réalité. Il y a très peu de styles auxquels je ne sois pas sensible. En ce moment, par exemple, dans la voiture, j’écoute beaucoup Classic FM (Ndlr : station de radio britannique qui diffuse de la musique classique). J’écoute aussi pas mal de choses issues de ce qu’on appelle le Great American Songbook (Ndlr : désigne un ensemble de chansons populaires américaines qui ont marqué l’histoire de la musique, principalement au cours des premières décennies du 20e siècle), des titres des années 40 et 50, notamment Ella Fitzgerald. Certains de ses albums sont absolument magnifiques. Ce qui est remarquable dans cette série, c’est qu’Ella a elle-même enregistré tout un cycle consacré aux grands standards. La production, les arrangements, tout est d’une richesse sonore extraordinaire. Vraiment superbe !

Cet éclectisme musical est une très bonne transition pour la question suivante. De « The Wake«  à « A Missile« , il y a chez IQ une intensité qu’on ne retrouve pas dans les autres groupes de la scène néo-prog. Sur « Far From Here« , de ce nouvel album, le riff est franchement heavy. Bref, vous semblez, par moments, flirter avec le prog metal, non ? Un terme qui n’a rien de péjoratif pour moi, je précise…

MIKE HOLMES : Eh bien, je suppose que cela fait tout simplement partie de l’incroyable richesse de ce vaste monde qu’est la musique. Il y a, bien sûr, de très bons groupes de prog metal. Je ne nous décrirais jamais comme un groupe de prog metal, mais je comprends ce que tu veux dire. Et parfois, je concède que ça fait vraiment du bien de balancer un bon riff. Tu peux trouver un excellent groove dans le prog metal, tout comme dans la techno.

En plus de ton rôle de compositeur au sein d’IQ, tu joues également celui de producteur. Est-ce que cela signifie que c’est aussi toi qui as la tâche un peu ingrate de devoir pousser les autres quand ce que tu entends ne te paraît pas satisfaisant ?

MIKE HOLMES : Oui, c’est assez juste. Le producteur porte de nombreuses casquettes, et l’une d’elles consiste à obtenir le meilleur de chacun, à tirer la meilleure performance possible. Donc oui, il m’arrive d’insister : « Non, non, on la refait. Il faut réessayer ça autrement. » Comme je l’ai dit tout à l’heure, c’est crucial d’obtenir quelque chose de parfait. Mais j’aime à penser que je le fais de manière plutôt bienveillante. Ma devise est : faisons les choses avec conviction et donnons le meilleur de nous-mêmes.

Dans ton rôle en tant que producteur, est-ce que tu interviens également pour guider le chant de Pete ? Je te pose la question car sur cet album, on a le sentiment que Pete tente de nouvelles choses. Par exemple dans « Far From Here« , lorsqu’il chante « There still is time yet », il monte haut, et c’est un moment assez saisissant.

MIKE HOLMES : J’élabore la majeure partie des lignes vocales au moment même où je travaille sur le morceau. Je prépare une démo complète pour chaque morceau, et j’y intègre déjà les mélodies vocales. Cela dit, Pete a évidemment son mot à dire. On passe les choses en revue ensemble, on regarde la structure et le rythme des paroles, etc. Et parfois, il propose une autre version, ce qui est génial. C’est justement ce qui rend la collaboration si enrichissante.

J’imagine donc — d’après ce que tu dis — que chez IQ, la musique vient avant les paroles. Mais est-ce que cela arrive que les textes de Pete influencent ton écriture ?

MIKE HOLMES : Oui, tout à fait. En général, la démo arrive en premier. Ensuite, je rejoins Pete et on essaie différentes choses. Et bien souvent, si les paroles traitent d’un sujet précis ou ont une certaine tonalité, cela va influencer la production, voire la structure harmonique de certains passages. Cela peut aussi orienter les effets que nous choisissons et contribuer à définir l’atmosphère générale du morceau, bien sûr.

Revenons un instant au premier morceau de l’album, « The Unknown Door« . Après le discours de Truman qui ouvrait l’album Frequency (2009) vous avez choisi cette fois un extrait de l’adresse à la nation de Neville Chamberlain (Ndlr : dans le contexte de la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l’Allemagne en 1939). Cela confère au morceau une atmosphère de menace, de danger latent, mais ce n’est jamais explicite dans le texte…

MIKE HOLMES : Non, ce n’est pas explicite. Et c’est, je crois, l’une des grandes forces des paroles de Pete. Il écrit à partir d’un sujet précis — il y a bien un sens défini derrière chaque texte — mais l’auditeur peut toujours se livrer à sa propre interprétation. Il peut s’y reconnaître à sa manière et je trouve cela vraiment précieux. Mais oui, pour ce qui est de « The Unknown Door », d’après ce que Pete m’a expliqué très tôt, on pourrait croire que c’est un morceau sur la guerre, notamment à cause du discours d’ouverture… Mais en réalité, c’est un morceau sur l’idée de fuir la guerre, ou plus largement de fuir ce qui est néfaste. Il s’agit d’échapper à tout cela, de se créer une autre vie. Et dès le début, j’ai voulu installer une atmosphère apaisée, un peu dans l’esprit d’Aaron Copland (Ndlr : compositeur et chef d’orchestre américain, largement reconnu comme l’un des plus grands compositeurs de musique classique du 20ᵉ siècle, au style accessible et épuré. Il a également écrit de la musique pour le cinéma). Oui, c’est un morceau sur la fuite, sur la reconstruction et sur le fait que tout repose sur nous-mêmes. Et encore une fois : le moment, c’est maintenant.

IQ February 2025

« Tu peux trouver un excellent groove dans le prog metal tout comme dans la techno » – Mike Holmes

L’artwork aussi est superbe. Que représente l’illustration pour toi ?

MIKE HOLMES : Il y a eu une sorte de croisement entre deux idées. Le titre Dominion, pour moi, évoquait au départ un grand château, une cité imposante, le domaine d’une personnalité importante, si tu vois ce que je veux dire. Mais, comme me l’a expliqué Pete à propos de « The Unknown Door », il s’agit en réalité de créer notre propre « domaine ». Cela ne dépend que de nous. C’est pourquoi, sur la pochette, on voit le personnage principal, certes entouré de ces immenses structures monumentales, mais qui se tourne vers lui-même : il cherche en lui le monde qu’il souhaite construire.

Parlons un peu de la scène. Jusqu’à présent, vous n’avez joué que deux morceaux de Dominion en concert. Allez-vous en intégrer davantage dans vos prochains spectacles ?

MIKE HOLMES : J’espère bien, et j’aimerais vraiment. La difficulté, c’est qu’en ce moment, notre emploi du temps est extrêmement chargé. Nous n’avons pas eu le temps matériel d’organiser des répétitions pour intégrer de nouveaux morceaux. Mais après avril, nous aurons quelques mois plus calmes, et j’espère sincèrement que nous pourrons le faire. Pour être honnête, j’aimerais jouer l’album en entier (Ndlr : vivement les concerts parisiens de septembre prochain).

Ce qui m’a toujours frappé aussi chez IQ, c’est que vous changez souvent la setlist d’un concert à l’autre. Ainsi, à Göteborg, vous avez joué des titres que vous n’aviez pas retenus pour Paris. Quelle en est la raison ? Est-ce pour le public ? Pour vous-mêmes ?

MIKE HOLMES : C’est un peu des deux, en réalité. Mais je suis conscient que pas mal de gens viennent à plusieurs concerts d’IQ sur la même tournée. Cette année — ou peut-être l’année dernière ? — nous avons offert sur scène un t-shirt spécial à quelqu’un qui avait assisté à plus de 200 concerts du groupe. Ce que je trouve absolument incroyable ! Donc oui, il est évident qu’une partie du public suit de très près notre parcours. Et j’aime bien, de temps en temps, glisser une surprise dans la setlist. C’est agréable de jouer quelque chose qui fait dire aux gens : « Tiens, je ne m’attendais pas du tout à ça ! »

IQ

« De nombreux morceaux ont été écrits pour un disque bonus que nous espérons pouvoir terminer d’ici la fin de l’année et qui sera centré sur le retour du personnage de Subterranea » – Mike Holmes

Autre spécificité d’IQ, cette setlist paraît également toujours très équilibrée, couvrant les différentes époques du groupe. C’est toi qui la proposes au groupe ?

MIKE HOLMES : Nous en discutons toujours ensemble. Mais en général, c’est moi qui élabore une première version de la setlist, que j’envoie ensuite à tout le monde. Et à partir de là, chacun y va de ses commentaires, on échange, on négocie. Il faut voir ce qu’on peut intégrer… et ce qu’on est contraints de laisser de côté. Pour moi, une setlist, c’est aussi important que le déroulé d’un album. Tu disais justement que Dominion avait une belle fluidité, un point absolument fondamental pour moi. On ne veut pas simplement écouter des morceaux qui s’enchaînent sans logique. On veut attendre le morceau suivant, être impatient qu’il arrive… et lorsqu’il arrive, qu’il soit à sa place dans cet ensemble. C’est la même chose en concert. Il y a quelques règles : il faut capter le public du début à la fin, avoir une excellente ouverture, une fin marquante… et quelques surprises entre les deux. Et puis, tu sais, après plus de deux cents ans d’existence — enfin, on dirait parfois (Ndlr : rires) — on a un répertoire conséquent que l’on ne veut pas négliger. On essaie donc de faire un tri judicieux, de choisir quelques morceaux plus rares ou que l’on n’a pas joués depuis longtemps. Je serais horrifié qu’un spectateur quitte un concert d’IQ en se disant : « C’était pénible, ils ont encore joué celui-là… »

Une dernière question, dans un tout autre registre. Il me semble qu’autour de 2007, tu avais commencé à travailler sur un projet avec Geoff Downes (Ndlr : claviériste de Yes, Asia, DBA), qui s’appelait Pulse, je crois. Qu’est-il advenu de ce projet ?

MIKE HOLMES : En fait, on avait quasiment de quoi faire un album complet. Mais le problème, c’est que toutes les personnes impliquées étaient perpétuellement prises ailleurs. Je sais que Geoff, peu de temps après, a dû s’impliquer très fortement de nouveau au sein de Yes et Asia. Tony Levin est, quant à lui, toujours très demandé. Et Nick (Ndlr : D’Virgilio) à la batterie, idem. Bref, c’est devenu très difficile de réunir tout le monde, même virtuellement, pour des sessions de travail ou des réunions en ligne. C’est ça qui a tué le projet. Pourtant, ça sonnait vraiment bien. Et j’ai eu beaucoup de plaisir à écrire en dehors du cadre d’IQ. C’était très agréable de me dire : « Ici je n’ai pas besoin de faire sonner ça comme IQ. Je peux explorer autre chose. » Mais oui, malheureusement, le projet s’est simplement éteint, petit à petit… Étrangement, il n’y a jamais eu de décision du type « Bon, on arrête là ». C’est juste que chacun est passé à autre chose.

Y a-t-il quelque chose que nous n’avons pas abordé et que tu aimerais mentionner ?

MIKE HOLMES : Oui, il y a une chose que je peux partager. Ainsi que je l’ai mentionné tout à l’heure, nous avons écrit beaucoup de morceaux pour cet album qui n’ont pas été utilisés. L’idée initiale était de sortir un album principal accompagné d’un disque bonus. Mais nous avons manqué de temps. Il fallait que l’album sorte à temps pour les concerts que nous jouons actuellement, donc ce disque bonus a été mis de côté. Cela dit, nous espérons pouvoir le terminer d’ici la fin de l’année, sachant que c’est un projet assez ambitieux. Mais l’intention est là. L’idée est celle d’un concept, centré sur le retour du personnage de Subterranea (1997), mais dans un cadre totalement différent — en l’occurrence, une version très sombre inspirée de la théorie du multivers. Le protagoniste se retrouve projeté dans un monde bien plus malveillant et l’idée était d’explorer cette évolution. C’était le point de départ du disque bonus. Nous n’avons pas pu aller au bout, mais il est très possible que cela voie le jour prochainement.

Interview réalisée le 18 mars 2025 par Stéphane Rousselot via Zoom

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