L’évocation seule du nom de John Mitchell suscite immédiatement la sympathie. Sans doute, en premier lieu, parce que cet artiste anglais a été l’élément moteur de la bienheureuse résurrection du groupe anglais IT BITES, nous offrant deux albums absolument magnifiques (n’en déplaise aux fans invétérés de Francis Dunnery). Sans doute également parce que, au-delà d’IT BITES, son nom est associé à de nombreux enregistrements studios ou performances live de légendes du prog (John Wetton, Fish etc…) et plus certainement encore parce que John Mitchell n’a eu de cesse de porter haut la cause du néo-prog tout au long de ces années, contribuant aux groupes Arena (avec Clive Nolan, Mike Pointer et Damian Wilson), Kino (avec Pete Trewavas, John Beck, Chris Maitland et Bob Dalton) ou encore Frost* (avec Jem Godfrey et Craig Blundell) et tentant l’aventure en solo depuis 2015 avec son projet Lonely Robot dont c’est ici, déjà, le 5ème album studio.
Et si ces groupes au sein desquels John Mitchell s’est pleinement investi lui ont permis de gagner en visibilité et de se tailler une place de choix sur la scène prog anglaise, il reconnait ouvertement que Lonely Robot est de loin l’expérience dont il retire le plus de satisfaction. Tout simplement parce que c’est le projet qui permet au chanteur, guitariste, bassiste, compositeur et producteur d’exprimer tous ses divers talents. Seul maitre à bord, il jouit d’une liberté artistique absolue. Au point, avec ce nouvel album, de prendre un réel virage. Car, si l’on reconnait tout de suite la patte de Mitchell sur A Model Life (cette capacité à écrire des mélodies immédiatement mémorisables) ce disque est certainement plus direct et plus recentré que les précédents, avec une place bien plus prépondérante accordée aux guitares (comme en contre réaction à sa dernière participation à Frost* où il raconte, non sans humour, avoir été interdit de solos). Mais avec une tonalité globale bien plus soft-rock que prog c’est certain, même si l’on sait qu’avec Lonely Robot la ligne de démarcation a toujours été ténue. Cette immédiateté tient également aux circonstances qui ont présidé à la conception de l’album, écrit, enregistré, produit et mixé en l’espace de quatre semaines dans une certaine urgence au terme d’une période de dépression faisant suite à une rupture sentimentale majeure. Un disque comme une lente remontée vers la surface, avec les textes parmi les plus personnels écrits à ce jour par l’artiste, jusqu’à une mise à nu complète comme sur le poignant « In Memoriam » (« Like my father before me, I chose eternal sleep. Tried standing in his footsteps and only met defeat»). Mais cet album est surtout la violente prise de conscience du décalage entre les rêves (ou idéaux) et la réalité de la vie. A Model Life traduit à sa manière une certaine promesse de l’aube non tenue, pour reprendre les mots de Romain Gary. Personne ne s’étonnera donc qu’une profonde mélancolie enveloppe l’album. Sentiment renforcé par la voix de Mitchell qui, bien que différente de celle d’un Steven Wilson, possède cette même capacité dans les intonations à véhiculer une forte nostalgie (« Starlit Stardust« ) tout au long d’un disque qui nous convie à arpenter le dédale intime des souvenirs de l’artiste, des plus récents (« A Model Life« , « Mandalay« ) aux plus enfouis (« Rain Kings« ). Parfois très sombre avec un regard désabusé sur le monde (« Species in Transition« ) mais avec cette intuition que, lui seul, a les clés de sa propre survivance, à l’image de « Recalibrating » (« Recalibrating, I’m trying to find myself again »).
Avec A Model Life, chambre d’écho de nos vies, le Lonely Robot de John Mitchell est devenu plus humain que jamais
LONELY ROBOT – A MODEL LIFE

Titre : A Model Life
Artiste : Lonely Robot
Date de sortie : 2022
Pays : Angleterre
Durée : 53’48
Label : Inside Out
Setlist
1. Recalibrating (5:02)
2. Digital God Machine (6:08)
3. Species in Transition (6:19)
4. Starlit Stardust (5:48)
5. The Island of Misfit Toys (4:18)
6. A Model Life (5:27)
7. Mandalay (1:56)
8. Rain Kings (6:33)
9. Duty of Care (6:24)
10. In Memoriam (5:53)
Line-up
– John Mitchell / vocals, guitar, bass, keyboards
– Craig Blundell / drums

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