Invictus
3.8Note Finale

Invictus sera bien souvent raillé pour ses contours un poil naïfs, sa méconnaissance du rugby ou sa vision trop généreuse des événements contés. En choisissant d’être humaniste sur une mise en scène toujours classique (mais jamais engoncée), Clint Eastwood offre le rôle de sa vie à Morgan Freeman qui compose un Nelson Mandela subtile, ample, d’une émotion à fleur de peau. Pourtant, ce qui passionne le réalisateur reste cette rencontre entre les peuples, ce retour de la sagesse avec ce goût de la victoire pour tenter d’enterrer définitivement un apartheid encore tiède. Le sport a ceci qu’il permet de dépasser les simples convictions avec une foi pouvant frôler la folie. Le travail collectif, la ferveur, le rassemblement derrière son équipe qui, partie non favorite, atteindra les sommets avec la conviction d’aller au-delà de l’exploit sportif, vers la reconstruction d’une nation. Tout simplement. La trajectoire est limpide et les faits réels empêchent tout élément dramaturgiques de surprise. Mais dans cette réalité moins euphorique, tout ne fut pas si simple. Cette histoire, Clint Eastwood nous la montre avec une sobriété, une classe inébranlable. Comme une marque de fabrique. Une estampille. Son regard humaniste de cinéaste ne surprendra personne après des œuvres telles que Million Dollar Baby ou Lettres d’Iwo Jima, mais il continue de creuser son sillon au risque de frôler le trop plein sur le thème de la réconciliation. Celui qui doute depuis toujours de la communauté fait ici un pas de côté. Mais si l’aventure humaine ne laisse aucun doute, le sujet du rugby est quant à lui traité par dessus la jambe. Moins à l’aise, moins intéressé aussi, Eastwood ne parvient pas à lui donner le poids dramatique nécessaire, ni une totale crédibilité dans ses reconstitutions. En ressort un film à deux étages, un peu bancal, mais si plein de lumière après des années de suie qu’on lui pardonne beaucoup.

ENGLISH VERSION

INVICTUS

Invictus will often be mocked for his naïve contours, his ignorance of rugby or his overly generous vision of contested events. By choosing to be a humanist on a stage that is always classical (but never engrossed), Clint Eastwood offers the role of his life to Morgan Freeman, who composes a subtle, full, emotionally charged Nelson Mandela. However, what fascinates the director remains this meeting between peoples, this return of wisdom with a taste for victory in an attempt to bury a still lukewarm apartheid for good. Sport has the ability to go beyond simple convictions with a faith that can verge on madness. The collective work, the fervour, the rallying behind his team which, as a non-favourite party, will reach the summits with the conviction to go beyond the sporting exploit, towards the reconstruction of a nation. Quite simply. The trajectory is limpid and the real facts prevent any dramatic element of surprise. But in this less euphoric reality, not everything was so simple. Clint Eastwood shows us this story with a sobriety, an unshakeable class. Like a trademark. A stamp. His humanist filmmaker’s eye will surprise no one after works such as Million Dollar Baby or Letters from Iwo Jima, but he continues to dig his furrow at the risk of coming close to overflowing with the theme of reconciliation. Anyone who has always doubted the community is taking a step aside here. But if the human adventure leaves no doubt, the subject of rugby is treated over the leg. Less at ease, less interested too, Eastwood does not manage to give it the necessary dramatic weight, nor complete credibility in its reconstructions. The result is a two-tiered film, a little shaky, but so full of light after years of soot that it is very much forgiven.

Invictus - Clint Eastwood (2009)

Titre : Invictus
Titre original : Invictus

Réalisé par : Clint Eastwood
Avec : Morgan Freeman, Matt Damon, Scott Eastwood…

Année de sortie : 2009
Durée : 134 minutes

Scénario : Anthony Peckham, d’après le livre Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin
Montage: Joel Cox et Gary D. Roach
Image : Tom Stern
Musique : Kyle Eastwood et Michael Stevens

Nationalité : États-Unis
Genre : Drame

Synopsis : En 1994, l’élection de Nelson Mandela consacre la fin de l’Apartheid, mais l’Afrique du Sud reste une nation profondément divisée sur le plan racial et économique. Pour unifier le pays et donner à chaque citoyen un motif de fierté, Mandela mise sur le sport, et fait cause commune avec le capitaine de la modeste équipe de rugby sud-africaine. Leur pari : se présenter au Championnat du Monde 1995…

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