Million Dollar Baby
4.5TOP 2005

Inspiré de plusieurs nouvelles écrites par F.X. Toole, pseudonyme de Jerry Boyd, ancien soigneur de boxe, le script signé Paul Haggis (Collision) était resté dans les tiroirs pendant plus de quatre ans, estampillé “development hell” soit “projet sans potentiel”. Mais voilà, Clint Eastwood croit en cette histoire et s’il ne parvient pas à persuader la Warner, pourtant partenaire de ses productions depuis plus de trente ans, il boucle le budget en s’asseyant sur une bonne partie de son salaire et en trouvant la moitié du financement restant chez Lakeshore Entertainement. Clint Eastwood vend l’idée simplement : “Million Dollar Baby ne sera peut être pas un film qui fera votre fortune, mais il vous rendra fier de l’avoir produit”. Il porte projet à bout de bras et en assure également la bande originale. Une affaire personnelle.

Et l’histoire ? Elle nous est racontée par Scrap (Morgan Freeman), soigneur et homme à tout faire, ancien boxeur qui a perdu un œil lors de son dernier combat car Frankie (Clint Eastwood), son entraîneur, n’avait pas osé jeter l’éponge à temps. Rongé par la culpabilité, ce dernier a perdu la foi et tout contact avec sa famille et notamment sa fille. C’est un homme seul, l’ombre de lui-même et de son passé… un fantôme jusqu’à sa rencontre avec Maggie (Hillary Swank, magnifique) qu’il se décide à entraîner, après de longues hésitations, pour aller décrocher le titre mondial.

Film plein d’amertume dont on pourra reprocher (en chipotant) la trajectoire mélodramatique inéluctable et prévisible, Million Dollar Baby avance avec un art du non dit, de l’intime et de la passion qui fend l’âme et le cœur. Jamais trop sentimental, le cinéaste tient la ligne, fragile, du bouleversant tout en conservant cette pudeur remarquable, cette distance indispensable. Comme une marque de fabrique.  Le cinéaste scrute ici le grand “rêve américain” par le prisme de la broyeuse. La force du film tient dans cette apparente simplicité qui complexifie d’autant les personnages et les enjeux. Dépouillé. Majestueux. Le réalisateur échappe aux modes alentours par son regard hors des clichés rebattus, ses fulgurances visuelles (la somptueuse photographie funèbre en clair-obscur de Tom Stern), son humanité déchirante. Bien qu’éloigné des manipulations putassières d’un Lars Von Trier, certains reprocheront au cinéaste d’aller trop loin, de franchir cette limite du pathos charbonneux frôlée avec Mystic River tant les personnages semblent traverser le film comme des condamnés promis à un chemin de croix. Jusque l’évanescence. Cela n’empêchera pas le film de récolter quatre oscars (film, réalisateur, actrice et acteur dans un second rôle) et, contre toute attente, de cartonner au box office. Défiant les lois de la nature et des habitus hollywoodiens, Clint Eastwood restait au sommet… à 74 ans.

ENGLISH VERSION

MILLION DOLLAR BABY

Inspired by several short stories written by F.X. Toole, pseudonym of Jerry Boyd, a former boxing coach, the script signed Paul Haggis (Collision) had been putting aside for more than four years, stamped “development hell“. But Clint Eastwood believed in the story and if he couldn’t persuade Warner, which has been associate in his productions for more than thirty years, he closed the budget by sitting on a good part of his salary and founded half of the remaining financing at Lakeshore Entertainment. Clint Eastwood simply sold the idea: “Million Dollar Baby may not be a film that will make your fortune, but it will make you proud to have produced it“. He carried the project and also provides the soundtrack. It was a personal matter.

And the story? It is told by Scrap (Morgan Freeman), a trainer and handyman, a former boxer who lost an eye in his last fight because Frankie (Clint Eastwood), his trainer, didn’t dare to stop the fight in time. Since then, eaten away by guilt, he has lost faith and all contact with his family, especially his daughter. He is a lonely man, a shadow of himself and his past… until he meets Maggie (Hillary Swank, beautiful), whom he decides to train, after long hesitation, to go and win the world title.

A film full of bitterness, whose inescapable and predictable melodramatic trajectory can be blamed, Million Dollar Baby moves forward with an art of the unsaid, of the intimate and of the passion that splits the heart and soul. Never too sentimental, the filmmaker holds the line, fragile, of the upsetting while maintaining this remarkable modesty, this indispensable distance. Like a trademark.  Here the filmmaker scrutinizes the great “American dream” through the prism of the shredder. The strength of the film lies in this apparent simplicity, which makes the characters and the issues all the more complex. Stripped down. Majestic. The director escapes the surrounding fashions by his look out of the beaten-up clichés, his visual flashes (Tom Stern‘s chiaroscuro funeral photography is sumptuous), his heartbreaking humanity. Although far from the putrid manipulations of a Lars Von Trier, some will reproach the filmmaker for going too far, for crossing the limit of the anthrax pathos brushed in Mystic River so much the characters seem to cross the film like ghosts. Until disappearance. This won’t prevent the film from winning four Academy Awards (film, director, actress and actor in a supporting role) and, against all expectations, a box office hit. Defying the laws of nature and Hollywood habits, Clint Eastwood remained at the top… at 74 years old.

Million Dollar Baby - Clint Eastwood (2004)

Titre : Million Dollar Baby
Titre original : Million Dollar Baby

Réalisé par : Clint Eastwood
Avec : Clint Eastwood, Hilary Swank, Morgan Freeman…

Année de sortie : 2004
Durée : 132 minutes

Scénario : Paul Haggis
Montage: Joel Cox
Image : Tom Stern
Musique : Clint Eastwood

Nationalité : États-Unis
Genre : Drame

Synopsis : Rejeté depuis longtemps par sa fille, l’entraîneur Frankie Dunn s’est replié sur lui-même et vit dans un désert affectif, en évitant toute relation qui pourrait accroître sa douleur et sa culpabilité. Le jour où Maggie Fitzgerald, 31 ans, pousse la porte de son gymnase à la recherche d’un coach, elle n’amène pas seulement avec elle sa jeunesse et sa force, mais aussi une histoire jalonnée d’épreuves et une exigence, vitale et urgente : monter sur le ring, entraînée par Frankie, et enfin concrétiser le rêve d’une vie. Après avoir repoussé plusieurs fois sa demande, Frankie se laisse convaincre par l’inflexible détermination de la jeune femme. Une relation mouvementée, tour à tour stimulante et exaspérante, se noue entre eux, au fil de laquelle Maggie et l’entraîneur se découvrent une communauté d’esprit et une complicité inattendue…

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