L'Échange
4.02008

L’Échange est un film imbroglio. En premier lieu parce que d’un projet prévu pour Ron Howard il échoua dans les mains d’un Clint Eastwood au style radicalement éloigné. Ensuite parce qu’il repartit bredouille du Festival de Cannes 2008 alors que le jury présidé par Sean Penn (oscarisé deux ans plus tôt pour Mystic River) n’aura pas voulu lui décerner la Palme d’Or, préférant inventer un prix que le récipiendaire ne viendra finalement pas chercher, lui préférant une bouillabaisse locale. De fait, si le film reste une œuvre hollywoodienne de très haut niveau, d’une facture irréprochable, avec sa magnifique reconstitution des années 30, sa photographie splendide (Tom Stern encore une fois) et son interprétation sans faille (Angelina JolieJohn Malkovitch en tête), le classicisme de l’ensemble pouvait logiquement freiner les ardeurs des plus modernistes “vas-y que je te pousse les vieux vers la sortie“. Pourtant, en filmant cette histoire si improbable que certains critiques y virent un exemple d’exagération narrative manipulatrice, cette trajectoire vers l’horreur d’une mère courage dont on préféra remplacer l’enfant plutôt que de lui avouer sa disparition, Eastwood ose une fois encore plonger le spectateur dans la noirceur la plus sépulcral. Les pieds devant. En expliquant le monde contemporain à l’ombre d’un passé que l’Amérique peine à regarder en face, le réalisateur peint cette tragédie avec une puissance et une sincérité absolue comme en témoigne la partition, à la fois discrète et jazzy qu’il composera pour l’occasion. Sans en rajouter dans le pathos. Et s’il se laisse aller à quelques longueurs, sa mise en scène reste d’une grande efficacité. Au cordeau. Cri de colère face à une administration inhumaine dans la tradition de ses velléités libertariennes, le mélodrame intimiste se mélange au thriller avec une admirable fluidité. L’apanage des grands maîtres.

ENGLISH VERSION

CHANGELING

Changeling is an imbroglio movie. In the first place because of a project planned for Ron Howard it failed in the hands of a radically different kind of director Clint Eastwood. Then because he left empty-handed from the 2008 Cannes Film Festival when the jury chaired by Sean Penn (Academy Awards winner two years earlier for Mystic River) did not want to award him the Palme d’Or, preferring to invent a prize that Eastwood will not come to take in the end, preferring a local “bouillabaisse“. In fact, if the film remains a very high-level Hollywood work, impeccably crafted, with its magnificent reconstruction of the 1930s, its splendid photography (Tom Stern once again) and its flawless interpretation (Angelina Jolie, John Malkovitch at the head), the classicism of the whole could logically slow down the ardor of the most modernists. However, by filming this story so improbable that some critics saw it as an example of manipulative narrative exaggeration, this trajectory towards the horror of a courageous mother whose child was preferred to be replaced rather than confessed to her disappearance, Eastwood dares a once again plunge the viewer into the most sepulchral darkness. By explaining the contemporary world in the shadow of a past that America struggles to face in the face, the director paints this tragedy with absolute power and sincerity as evidenced by the score, both discreet and jazzy that he composed. Without adding to the pathos. And if he lets himself go a few lengths, his staging remains very effective. On the line. Cry of anger at an inhuman administration in the tradition of its libertarian inclinations, the intimate melodrama mixes with the thriller with admirable fluidity. The prerogative of the great masters.

L_Echange - Clint Eastwood (2008)

Titre : L’échange
Titre original : Changeling

Réalisé par : Clint Eastwood
Avec : Angelina Jolie, John Malkovich…

Année de sortie : 2008
Durée : 141 minutes

Scénario : Joseph Michael Straczynski
Montage: Joel Cox et Gary D. Roach
Image : Tom Stern
Musique : Clint Eastwood

Nationalité : États-Unis
Genre : Drame

Synopsis : Los Angeles, 1928. Un matin, Christine dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, celui-ci a disparu. Une recherche effrénée s’ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de neuf ans affirmant être Walter lui est restitué. Christine le ramène chez elle mais au fond d’elle, elle sait qu’il n’est pas son fils…

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