IQ
8 mars 2025 – Surr Arena, Göteborg
Photos : Mark Hughes et Stéphane Rousselot
Remerciements : Neil Durant
La mémorable prestation parisienne d’IQ au Café de la Danse en septembre dernier avait annoncé la couleur : cet incontournable chef de file du mouvement néo-progressif anglais, à la réputation de prestations live d’une qualité exceptionnelle, est de retour sur le devant de la scène dans une forme éblouissante et, qui plus est, avec un nouvel album intitulé Dominion dont la sortie est désormais programmée pour le 28 mars 2025. Une annonce officielle qui n’a pas manqué de susciter une vive excitation au sein de la communauté prog-rock, Dominion marquant en effet le premier opus d’IQ en six ans et ce, depuis le remarquable double album studio Resistance en 2019. L’effervescence est même encore montée d’un cran à l’écoute du bouleversant premier single « No Dominion », porté par la voix envoûtante de Peter Nicholls et les somptueux claviers de Neil Durant.
Le groupe a repris la route en ce début 2025, avec tout d’abord ces évènements uniques que constituent les IQ weekenders : deux sessions en février dernier, l’une en Allemagne et l’autre en Angleterre, théâtre de performances exclusives sur deux jours, avec pas moins de 26 titres différents joués à chaque fois, offrant aussi la possibilité au public de rencontrer les artistes. IQ a ensuite entamé un court périple scandinave avec cette date suédoise du 8 mars à Göteborg et une date en Norvège le lendemain. L’agenda pour les neuf prochains mois est, au demeurant, particulièrement chargé : de nombreuses dates en Europe (Espagne, Italie, Hollande, Allemagne, Pologne, Angleterre) et même un passage par le Canada. Et en point d’orgue, la tête d’affiche du festival français ProgRockFest, les 26 et 27 septembre au Casino de Paris (aux côtés de The Watch, RPWL et Karnataka), deux soirées à ne manquer sous aucun prétexte, d’autant plus que le groupe prévoit de jouer deux set-lists différentes. Tout le détail de ces dates sur https://www.iq-hq.co.uk/.
Retour pour l’heure au concert de Göteborg, dans cette salle de la Surr Arena. Coutumiers du fait, les Anglais nous offrent ce soir, en l’espace d’un peu plus de deux heures, une de ces performances magistrales dont ils ont le secret. Un véritable voyage initiatique à travers des paysages progressifs d’une richesse inouïe, naviguant entre moments intimistes et passages d’une ampleur épique. Mais peut-il réellement en être autrement au regard de la set-list retenue pour ce show suédois qui met particulièrement à l’honneur les albums Resistance, The Road of Bones, Frequency, Subterranea et également Ever – ce chef-d’œuvre absolu traversé d’ombre et de lumière – tout en s’accordant quelques détours par Dark Matter, The Seventh House, Subterranea et, bien entendu, le sacro-saint The Wake. Seule impasse, l’époque Paul Menel passée intégralement sous silence lors de ce concert. Fidèle à ses principes, IQ ne fait pas le choix de la facilité, le groupe ayant décidé, pour notre plus grand plaisir, de remanier sensiblement sa set-list depuis les dates de fin 2024. Et c’est donc l’occasion de redécouvrir des joyaux qui n’avaient pas été joués à Paris, en premier lieu « The Darkest Hour », illustration parfaite de l’art de la dramaturgie selon IQ, avec ce final d’une sensibilité extraordinaire sur lequel brillent le guitariste Mike Holmes et le chanteur Peter Nicholls, dont la voix se fait l’écho d’une troublante fragilité, semblant danser constamment sur un fil. Autre pièce maîtresse de Ever, « Further Away », du haut de ses 14 minutes, semble ce soir s’étirer comme un rêve éveillé, avec cette intro quasiment pastorale puis cette fluide progression instrumentale construisant le lent crescendo de cette extraordinaire fresque. « Sacred Sound », ample et articulé avec une précision d’orfèvre, prend son envol marqué par les fascinantes sonorités d’orgue de Neil Durant et dans ce cri face à un monde en train de s’effacer. Avec « Closer », la musique du groupe enveloppe l’instant dans une étreinte délicate, dissipant les ombres de la nuit pour ne laisser que l’éclat réconfortant de l’espoir. Enfin, en guise de plongeon vers un passé plus lointain, IQ nous offre l’urgent « The Wake ». Ce titre à la puissance prog metal avant l’heure (nous sommes alors en 1985 !) emporte le public dès les premières mesures dans un tourbillon nerveux empreint d’un certain mysticisme, créant une sensation presque cinématographique. Fabuleux !
Seule constante absolue dans la set-list des Anglais depuis les concerts de septembre dernier, la présence de deux extraits de Dominion, désormais parfaitement rôdés. Tout d’abord le single de l’album qui va immanquablement devenir un classique du répertoire live, à la fois mélancolique et contemplatif, avec ce regard porté sur le destin, le passage du temps et les choix que nous faisons face à l’inévitable. Et puis les 13 minutes de « Far From Here », vitrine parfaite du savoir-faire d’IQ, avec un final au ton intimiste, profondément émouvant, qui semble mettre en scène un moi fragmenté en quête de sens. À ce stade, le groupe n’a pas choisi de présenter d’autres compositions du nouvel album, mais les fans qui se sont déplacés pour le show ont le privilège de pouvoir se procurer l’album sur le stand de merchandising (le groupe se livrera d’ailleurs volontiers ce soir à une séance de signature) et nul doute qu’à cette heure, Dominion tourne déjà en boucle sur les platines de nombreux privilégiés. Et autant vous le dire sans plus ménager de suspense : ce nouveau disque est une véritable déflagration ! Parmi les autres titres qui illuminent également la soirée s’impose « Frequency », ouvrant le set dans une tension dramatique, sur ce solo absolument incandescent de Mike Holmes. Un condensé de neo-prog, alternant passages complexes et contrepoints atmosphériques, accompagné d’un texte énigmatique évoquant l’errance dans un monde d’ondes et de signaux d’un être tentant de se reconnecter à une existence qui semble lui échapper. La dimension immersive de « Rise », manifeste de résilience par excellence, plonge la salle dans une ambiance lourde de menace, avec cet hypnotique riff de guitare tournoyant. Il faut également mentionner « Guiding Light », que Peter Nicholls affectionne particulièrement, reposant sur un art du contraste permanent avec cette envolée lyrique sur la fin du morceau (« Where are you now? Who are you now? Is anyone really gone? In all the world, in all this space, the race is run »). Et également, le survitaminé « Ten Million Demons » qui clôture le set sur une atmosphère résolument électrique.
Au-delà de la remarquable set-list, la magie de cette soirée sur la scène de la Surr Arena tient également à cette formidable unité musicale, portée par une évidente complicité et complétée par une qualité sonore irréprochable, chacun des instruments étant parfaitement mis en valeur, jusqu’à la solide assise rythmique qui met en exergue toute la finesse du jeu du batteur Paul Cook (ovationné à juste titre ce soir) et l’élégance de la basse de Tim Esau (quel bonheur que ces lignes de basse sur l’intro de « Further Away »). Le guitariste Mike Holmes, pierre angulaire d’IQ (soulignons qu’il est devenu le compositeur principal depuis le départ de Martin Orford et a également endossé le rôle de producteur depuis Ever), est impérial de bout en bout. Peter Nicholls, à la présence magnétique, tient magnifiquement sa scène comme à son habitude, interprétant les titres avec une théâtralité constante, jusqu’à donner vie de manière saisissante à l’inquiétant personnage de « The Road of Bones » et rendant ainsi le show encore plus captivant. En outre, son humour proverbial, typiquement anglais, lui permet d’établir une chaleureuse interaction avec le public. Et l’on retiendra notamment ce moment d’anthologie où il décide d’annoncer « Far from Here » en suédois !
IQ démontre une fois de plus ce soir, si besoin était, que cette passion indéfectible qui les anime est absolument intacte. Et pour longtemps encore. Un seul mot d’ordre : No Surrender to the Sacred Sound!
Setlist
Frequency
Sacred Sound
No Dominion
Subterranea
Rise
Guiding Light
The Wake
Shallow Bay
Far from Here
Closer
The Road of Bones
Further Away
Encore:
The Darkest Hour
Ten Million Demons











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