Crimson Glory - Triskaideka (single)
5.0Note Finale

Qui eut parié que le groupe floridien Crimson Glory puisse un jour renaître de ses cendres, retrouver le feu sacré et renouer avec cette splendeur d’antan, splendeur principalement symbolisée par Transcendence (1988) qui demeure à ce jour l’un des meilleurs albums de heavy metal progressif de tous les temps, référence absolue s’il en est et influence majeure pour des générations entières de musiciens.

Il faut dire que le virage musical de Strange and Beautiful (1991) avait radicalement éloigné le groupe du style qui avait fait sa (trop) courte heure de gloire. Et que la tentative d’y revenir au travers de l’album Astronomica (1999) avec un nouveau chanteur avait été plutôt en demi-teinte. L’annonce en 2005 d’une reformation du line-up originel avec, entre autres, son frontman emblématique, le fascinant Midnight, avait rallumé le flambeau de l’espoir. Mais pour une courte durée seulement. En effet, dès 2007 le groupe se séparait de nouveau du chanteur sans rien avoir enregistré. Et son décès prématuré en 2009 avait mis définitivement un terme à toute collaboration potentielle et ainsi clôt le chapitre, non sans une profonde tristesse et une amertume certaine. Crimson Glory, néanmoins désireux de poursuivre l’aventure avait recruté un quasi-inconnu du nom de Todd La Torre pour reprendre le micro en 2010. Avec des perspectives plutôt réjouissantes au regard des quelques concerts donnés et de la réalisation d’une démo, avant ce coup de tonnerre de début 2013 : la défection du chanteur pour rejoindre l’icône du métal progressif Queensrÿche (qui venait tout juste de se séparer, non sans acrimonie, de Geoff Tate). Retour donc à la case départ pour le groupe.

Et alors qu’il était légitime de penser que, de guerre lasse devant tant d’adversité, Crimson Glory s’était résolu à tirer sa révérence pour toujours, un énième et inespéré retour du groupe vient d’être annoncé en décembre dernier. Mais, cette fois-ci, avec d’ores et déjà deux nouvelles compositions et la promesse de quelques dates en Europe pour fin 2024 (est confirmée notamment une participation au festival allemand Keep It True Rising). Autre bonne nouvelle, le line-up comprend trois des membres de la formation originelle, à savoir le guitariste Ben Jackson, le bassiste Jeff Lords et le batteur Dana Burnell. Ne manquent à l’appel que le guitariste John Drenning (prolifique compositeur sur Transcendence), écarté pour des raisons d’incompatibilité avec ses priorités d’ordre familial et, bien entendu, le regretté Midnight. Au premier se substitue le guitariste Mark Borgmeyer (complice de Ben Jackson sur un autre projet) et c’est le chanteur Travis Wills (en poste au sein du groupe de prog metal Infidel Rising, avec plusieurs albums au compteur) qui a tout autant l’honneur que la lourde tâche de devenir la nouvelle voix du combo, élément clé du dispositif offensif cette renaissance.

Le premier nouveau single de Crimson Glory, sorti officiellement le 20 janvier 2024, s’intitule « Triskaideka« , un mot issu du grec ancien qui signifie 13, un chiffre symbole de mort et de renaissance, associé au malheur dans l’imaginaire collectif. Avec un texte à l’avenant qui mêle des associations d’idées autour de l’ésotérisme, des superstitions et des phobies et ne dépareillerait donc absolument pas sur leur chef d’œuvre de 1988, faisant une large part au mysticisme. Mais la filiation ne s’arrête pas là. Musicalement, ce premier titre semble reprendre précisément là où l’histoire s’est arrêtée avec Transcendence. Une intro menaçante, un motif de guitare dissonant et acéré comme une lame de rasoir avant que ne s’impose un riff majestueux. Un univers obsédant empreint de mystère en parfaite harmonie avec le texte et une alchimie qui fonctionne à merveille. A l’évidence, tous les fondamentaux du heavy metal progressif sont magnifiquement en place sur ce titre d’une réelle dimension épique, indépendamment de sa courte durée : une rythmique basse batterie percutante, des guitares incisives et ce savant mélange perpétuel de puissance et de mélodie jusqu’au refrain entêtant (« Making wishes on a falling star. Reflections you can’t trust.») sur lequel Travis Wills confirme toute l’étendue de son talent, dans une envolée qui rappelle celle de « Lady of Winter » (titre d’ouverture de Transcendence). Une tessiture d’une grande amplitude, convaincante et extrêmement prometteuse, offrant de belles variations avec tout à la fois une belle sensibilité dans les graves et une capacité à aller chercher des notes très hautes. Et des tonalités qui se rapprochent parfois de celles de Midnight ou de Geoff Tate, sans pour autant les égaler.

Signe premier de la résurrection de Crimson Glory, « Triskaideka » tient du miracle absolu et nous laisse franchement augurer du meilleur. Et c’est avec une impatience non feinte que nous attendrons le prochain single « Indelible Ashes » puis, nous l’espérons, un album qui viendra réellement ancrer le retour du groupe, permettant de pleinement jauger de la réalité de son potentiel créatif actuel et qui sait, d’enfin reprendre sa place au centre l’échiquier, ce qui serait amplement mérité.

CRIMSON GLORY – TRISKAIDEKA (SINGLE)

Crimson Glory - Triskaideka (2024)

Titre : Triskaideka
Artiste : Crimson Glory

Date de sortie : 2024
Pays : Ètats-Unis
Durée : –
Label : –

Setlist

1. Triskaideka

Line-up

– Ben Jackson – Guitars
Jeff Lords – Bass
Dana Brunell – Drums
Mark Borgmeyer – Guitars
Travis Wills – Vocals

Une réponse

  1. Rocket

    Ce retour est une super nouvelle, ce groupe était juste phénoménal. Merci de cette chronique !

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