Le cap du second album est toujours décisif, et plus encore lorsque le premier essai, inattendu et fulgurant, a tout soufflé sur son passage, créant une surprise magistrale. Ce qui est précisément le cas du projet A-Z, monté par Mark Zonder, dont le flamboyant premier album paru en 2022 avait fait l’effet d’une claque monumentale, démontrant au passage une impressionnante maturité. L’ex-batteur de Fates Warning allait-il être en mesure d’écrire un second chapitre à la hauteur du premier ? Le suspense est immédiatement levé à l’écoute de A2Z² : Mark Zonder, épaulé par un casting partiellement renouvelé de musiciens sacrément talentueux, ne se contente pas de reconduire l’exploit, il le surpasse avec une sélection de dix missiles balistiques ultra mélodiques, diablement jouissifs et totalement addictifs, mis en valeur par une production absolument énorme. Ce nouvel album déborde d’une énergie sonore contagieuse qui ne faiblit jamais, complétée par les textes de Ray Alder, qui dessinent le chemin d’une libération intérieure, entre douleur du passé et volonté de renaissance, où chaque pas marque une victoire sur soi. Ne pas regarder en arrière et avancer résolument malgré la solitude et les cicatrices : voilà le message de A2Z², résumé par : « You know the past can’t be undone, just like a bullet from a gun / Tu sais qu’on ne peut jamais revenir en arrière, à l’instar d’une balle crachée par l’acier du canon » (« Fire Away »).
Dès les premières notes, A2Z² renoue immédiatement avec l’esprit du projet A-Z, tel que défini par son architecte, Mark Zonder : des titres concis, percutants, légèrement teintés de progressif, avec un sens du refrain imparable, bref, accessibles sans pour autant renoncer à une réelle exigence technique. Un équilibre qui, reconnaissons-le, relève en soi de la prouesse. A-Z continue donc d’appliquer, au prog metal, une approche retenue en son temps par Asia, à savoir « couper dans le gras » (selon les mots du regretté John Wetton), pour ne garder strictement que l’essentiel. Ce nouveau disque est également, bien entendu, toujours ancré autour de la frappe inventive, polyrythmique et puissante de Mark Zonder, à contre-courant du heavy metal traditionnel (avec un jeu tout en nuances en traditional grip, tout comme son idole Aynsley Dunbar), et du chant si expressif de son ex-compère de Fates Warning, Ray Alder, avec ce timbre médium unique qui a gagné en profondeur et en caractère au fil des années.
Si les fondamentaux demeurent inchangés, le groupe pousse en revanche les curseurs plus loin, et la musique gagne en intensité, en puissance et en mordant, à l’image de l’artwork, toujours très décalé, sur lequel un alligator prend la relève du zèbre du premier album. Le riffing est beaucoup plus heavy, grâce à l’apport du guitariste rythmique Nick Van Dyk (fondateur de Redemption), avec lequel le batteur a écrit cet album. Exit donc le guitariste Joop Wolters (et, avec lui, le claviériste Vivien Lalu). Le dispositif six-cordes est également renforcé par la présence d’un autre nouveau venu, Simone Mularoni (DGM), dont les leads complexes, impeccables et incandescents subliment les compositions. Le tandem des deux guitaristes, complémentaires et complices, fonctionne d’autant mieux que Simone est un habitué de l’univers de Redemption. Ray Alder paraît également transfiguré, développant, sur de nombreux titres, un chant plus rugueux et plus agressif que d’habitude, flirtant avec des tonalités inattendues. Ce line-up, complété par Philip Bynoe à la basse (déjà présent sur le premier LP) et un nouveau claviériste, Jimmy Waldo (New England, Alcatrazz), élève le niveau de jeu et met le feu aux poudres, du début à la fin de ce A2Z². La musique fuse de partout, sans répit ni temps mort, et ça joue serré, carré, à un niveau technique impressionnant sans jamais verser dans la démonstration stérile. La dimension prog s’exprime quant à elle essentiellement au travers des incessantes variations rythmiques et des progressions mélodiques de plusieurs compositions.
Le premier single « Nothing is Over » s’affirme comme la vitrine du savoir-faire et de l’état d’esprit de cette seconde mouture de A-Z : direct, époustouflant et porté par un refrain entêtant. Une dimension qu’on retrouve sur bien d’autres morceaux, tous calibrés pour tenir la ligne de front en singles potentiels. Parmi ceux-ci : l’intense « Fire Away », tout aussi réussi avec ce sens inné de la mélodie, le classieux « The Remedy », plus aérien et plus soft, sur lequel Ray Alder navigue avec réussite entre différents types de chant, ou encore le très solaire « Learning to Fly ». « I Am Numb » se distingue quant à lui par une démonstration de puissance pied au plancher, qui évoque « The Machine Gunner » (extrait du premier album), et un solo éblouissant, sans rien concéder en termes de refrain entraînant. Lorsque le groupe prend également le temps de développer quelques compositions plus étoffées, il joue la carte de la surprise, comme avec cette soudaine attaque à la basse qui emmène « A Wordless Prison » dans une autre direction, ou cette dimension plus orchestrée, avec une place plus prépondérante accordée aux claviers sur « The Chaotic Symphony », ou encore cette touche presque bluesy sur « Now I Walk Away », tout en restant à chaque fois très heavy.
Cette nouvelle incarnation d’A-Z confirme de manière éclatante tout le potentiel entrevu sur le premier album et hisse A2Z² à un niveau supérieur : un second opus plus incisif, qui conjugue puissance, exigence technique et efficacité mélodique avec une maestria rare.
A-Z – A2Z²

Titre : A2Z²
Artiste : A-Z
Date de sortie : 2025
Pays : International
Durée : –
Label : Metal Blade Records
Setlist
1. Fire Away
2. Running in Place
3. Nothing is Over
4. A Wordless Prison
5. Reaching Out
6. The Remedy
7. I Am Numb
8. This Chaotic Symphony
9. Learning to Fly
10. Now I Walk Away
Line-up
– Ray Alder / vocals
– Philip Bynoe / bass
– Vivien Lalu / keyboards
– Joop Wolters / guitars
– Mark Zonder / drums

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