Le suspense aura fait long feu sur le départ de Mike Mangini après quatre albums inégaux et treize années de bons et loyaux services avec en ligne de mire le retour attendu, espéré, et somme toute prévisible de l’infatigable Mike Portnoy après que ce dernier ait participé au second album solo de John Petrucci (Terminal Velocity, 2020) puis au retour en studio de Liquid Tension Experiment (LTE3, 2021). Bam ! Voici donc Dream Theater qui repart en goguettes, reprenant, peu ou prou, les choses là elles en étaient lors de la sortie de Black Clouds & Silver Linings (2009), avant le débarquement de Portnoy dont l’importance au sein de la bande ne laissait pourtant aucun doute tant sur le développement des concepts, des textes que sur les compositions et les arrangements. Le retour au bercail du batteur avait de quoi changer la donne quant à l’aspect créatif de ce seizième album !
Et donc ? Bienvenue dans le Parasomnia du théâtre du rêve ou plutôt celui des cauchemars puisque pour redémarrer les choses, le quintet se frotte ici aux troubles du sommeil (!) avec leurs lots de ténèbres et d’obscurité pour adeptes d’insomnie, de somnambulisme, de Lovecraft et autres joyeusetés du même acabit. Histoire de tempérer les ardeurs, nos amis démarrent tranquillement avec l’instrumentale « In The Arms Of Morpheus » qui monte en pression avant l’arrivée d’un riff de guitare qui plombe l’ambiance sans forcer. Évidemment, Mike Portnoy déboule furieusement dans la foulée, accompagné par la basse de John Myung (malheureusement trop peu présent au fil du disque) et les deux comparses recomposent illico cette fameuse rythmique estampillée, le tout nappé des claviers rutilants de Jordan Rudess. Nous y sommes ! Enfin ! Voici du breveté Dream Theater qui peut déjà avancer la suite sans donner l’impression de se fourvoyer. Que ce soit sur « Night Terror » ou « Broken Man », deux des singles sortis au préalable, rien n’indique en effet une quelconque volonté à s’engager sur des chemins de traverse, ni de renverser une table parfaitement décorée des souvenirs de leur généreuse discographie. L’album se fait dès lors le prétexte d’une réintroduction en règle, travaillant la quintessence d’un metal progressif à la fois accessible et virtuose. La technique est là. Imparable. Ne manque que l’audace, le goût de la nouveauté, la prise de risque pour fêter un come back annoncé en fanfare. Et ça roule des mécaniques ! L’atmosphère est menaçante voire franchement tempêtueuse (« Dead Asleep »), nourrit de déflagrations instrumentales (« Midnight Messiah » tout droit échappé de Train of Thought) et d’une ribambelle de breaks et variations pour faire « bonnes mesures ». Après la balade « Bend The Clock », qui laisse échapper son solo aérien dans un fondu en sortie un poil castrateur, il faut donc se frotter aux – presque – vingt minutes de « The Shadow Man Incident », avec ses influences Iron Maiden et Rush, pour commencer à secouer un Dream Theater jusqu’ici calé dans son fauteuil. Au fil de ce morceau mastoc tourneboulé, chaque musicien y va de son couplet, sans mégoter. Pièce maitresse de l’album, il se place derechef, bien au chaud dans la lignée d’un « Octavarium » et d’un « Count of Tuscany ». Rien que ça !
A la finale, si Parasomnia joue très largement des profondes racines reliant nos cinq amis, sans parvenir à véritablement transcender les choses mais en les amalgamant avec un immense savoir-faire, il faut reconnaître que la recette tourne à plein régime, principalement autour de John Petrucci et d’un Mike Portnoy absolument déchaîné. Welcome back! Dans cette ambiance volontairement sombre et torturée, l’album brille malgré tout par l’enthousiasme d’une recomposition qui redémarre sur les chapeaux de roue. Sans zest de folie et sans fioriture. Droit dans ses bottes, 40 ans après leurs debuts. Il va sans dire que les amateurs pourront se jeter dedans sans hésiter.
DREAM THEATER – PARASOMNIA

Titre : Parasomnia
Artiste : Dream Theater
Date de sortie : 2025
Pays : États-Unis
Durée : 71’15
Label : InsideOut Music
Setlist
1. In the Arms of Morpheus (5:22)
2. Night Terror (9:55)
3. A Broken Man (8:30)
4. Dead Asleep (11:06)
5. Midnight Messiah (7:58)
6. Are We Dreaming? (1:28)
7. Bend the Clock (7:24)
8. The Shadow Man Incident (19:32)
Line-up
– James LaBrie / lead vocals
– John Petrucci / guitars, backing vocals
– Jordan Rudess / keyboards, backing vocals
– John Myung / bass, backing vocals
– Mike Portnoy / drums & percussion, backing vocals

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