Steven Wilson - The Overview
4.5TOP 2025

The Overview Effect ou « l’effet de vue d’ensemble » est un symptôme partagé par de nombreux spationautes ayant vécu l’expérience de se retrouver plongé dans l’immensité de l’univers. Un véritable choc réveillant la conscience sur sa propre existence et son rapport avec l’infini qui l’entoure. Une euphorie glaçante ou un sentiment chaudement dépressif – choisissez votre camp. Quelque chose de quasi mystique et pourtant, d’éminemment « humain » puisqu’il nous ramène à notre place dans le grand tout… ou le grand nulle part. Rien que ça. Ce concept décrit dans le livre « The Overview Effect — Space Exploration and Human Evolution » de Frank White (1987) aura fini par tomber entre les mains de Steven Wilson. Ce dernier, à peine sorti de Harmony Codex (2023), un succès décevant qu’il n’avait malheureusement pu promouvoir sur scène, fut en effet introduit à l’idée de ce symptôme par Alexander Milas alors qu’ils discutaient d’une possibilité de collaborer sur une illustration sonore d’un complexe nommé Space Rocks destiné à rapprocher la musique avec l’espace. Inception. Et c’est ainsi que tout a commencé ! Avec un album divisé en deux parties, respectivement de 23 et 18 minutes, nous voici embarqués dans l’archétypale équipée d’un concept prog rock estampillé années 70 avec des monolithes tels que Thick As A Brick (Jethro Tull, 1972), Rubycon (Tangerine Dream, 1975) ou Tubular Bells (Mike Oldfield, 1973).

Pour l’enregistrement et loin du processus mis en place pour son précédent album, Steven Wilson n’a cette fois pas laissé grand-chose au hasard ni à l’improvisation. Entouré de Craig Blundell (batterie), Randy McStine (guitares), Theo Travis (saxophone), Adam Holzman (claviers) et du fils de ce dernier, le jeune Russell Holzman (batterie), le disque colle aux ambitions de son auteur : nous rappeler à quel point il reste un compositeur et arrangeur hors pairs. En s’attaquant une fois encore à un format inattendu, il démontre qu’il a de l’inspiration à revendre quand bien même il traîne derrière lui une bonne cinquantaine d’albums, toutes collaborations confondues. A l’évidence, sa petite entreprise ne connaît pas la crise. Phénomène ! Avec The Overview, Steven Wilson bluffe encore une fois son monde. Dans sa première partie « Objects Outlive Us », l’humanité est rappelée à sa propre condition. Wilson en profite pour aligner des séquences passant de balades minimalistes (« No Monkey’s Paw »), folk (« Meanwhile ») à des déflagrations vertigineuses (« Ark ») jusqu’à un double solo final dans lequel McStine revisite cette figure imposée avec une emballante intensité (« No Ghost on the Moor »). On a beau se creuser les méninges, difficile de trouve à redire sur ce trip existentiel dans lequel on se réfugie à la manière d’un retour au bercail à la fois primitif et chantilly. La seconde partie, « The Overview », peut alors démarrer en butinant un électro chic vertigineux dans son délire hypnotique. La voix monocorde, presque robotique (bonjour HAL 9000) de Rotem Wilson égraine des distances abstraites tandis que l’atmosphérique qui l’enveloppe caresse le bouton qui déclencherait une hallali qui ne demande qu’à éclore (« Perspective »). Décollage immédiat. La suite se déploie lancinement sur la froideur de l’espace et du vide. Quelque chose de moins organique, loin des sirènes stellaires. Un écho perdu dans l’infini.

Même dans cette forme de dépouillement, The Overview reste loin de la musique tupperware. Sans plonger dans un délire amphétaminé, l’album puise à l’essentiel avec des ambiances très distinctes qui pourraient provoquer le même sentiment que sur la plupart des disques séparés en deux parties (la diffusion sur des plateformes telles que Spotify se fera quant à elle en mode « tronçons ») à savoir ceux qui apprécieront plus la première partie à la seconde et vice et versa. Un choix cornélien pour les convertis du capillotractage mélomaniaque vis-à-vis d’un album excitant de bout en bout, qui vole bien au-dessus de la vitesse autorisée.

 

 

À noter : l’album fera l’objet d’un film signé Miles Skarin … histoire de prolonger le vertige.

Photo crédits : Kevin Westenberg

STEVEN WILSON – THE OVERVIEW

Steven Wilson - The Overview (2025)

Titre : The Overview
Artiste : Steven Wilson

Date de sortie : 2025
Pays : Angleterre
Durée : 41’44
Label : Virgin

Setlist

1. Objects Outlive Us (23:17) :
– No Monkey’s Paw
– The Buddha of the Modern Age
– Objects: Meanwhile
– The Cicerones
– Ark
– Cosmic Sons of Toil
– No Ghost on the Moor
– Heat Death of the Universe
2. The Overview (18:27) :
– Perspective
– A Beautiful Infinity I
– Borrowed Atoms
– A Beautiful Infinity II
– Infinity Measured in Moments
– Permanence

Line-up

– Steven Wilson / vocals, guitars, keyboards, sampler, bass, percussion, programming

With:
– Adam Holzman / keyboards
– Randy McStine / guitars
– Craig Blundell / drums

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