News of the World
3.8Note Finale

L’histoire est belle. Classique. Enfoncée au fond des bottes d’un western moribond dont les revisites ponctuelles réinscrivent le genre dans un discours contemporain. En creusant son intrigue autour de “l’information” et de la façon de la transmettre, News of the World (La Mission) revient aux fondamentaux de la narration, des histoires, des légendes en compagnie de ceux qui les transmettent. Au centre, Capitaine Kidd, un nom tout droit sorti d’un livre pour enfant, à la fois lunaire et terrien, interprété par un Tom Hanks bourru mais toujours symbole d’un humanisme universel avec cette faculté, qui ne tient qu’à lui, de susciter l’identification sans jamais jouer les héros sans peur et sans reproches.

Nous sommes en 1870, quelques années après la fin de la guerre de sécession. Le sud est devenu une terre exsangue parcouru par le sentiment de la défaite. Avant cette guerre qui n’était certainement pas la sienne, le fameux capitaine sudiste était imprimeur. Avec, en bandoulière, l’amour des mots et du partage. Une fois revenu dans le civil, ruiné, hanté par les morts, il se mettra à arpenter villes et villages, pour dispenser les « nouvelles du monde » en échange de quelques cents. La solitude lui va bien mais le destin reste taquin et il ne tarde pas à croiser la route d’une jeune orpheline, Johanna, d’origine allemande et dont la famille fut assassinée avant qu’elle ne soit recueillie par la tribu indienne des Kiowa. C’est une enfant perdue. Kidd (on passera rapidement sur avec la symbolique appuyée de son patronyme) demande à l’armée nordiste de la raccompagner chez son oncle et sa tante, seule famille qu’il lui reste. Non. C’est à lui de transporter la jeune fille. Mais elle est devenue « indienne ». On pense évidemment à la Prisonnière du Désert de John Ford dont on retrouvera également un bref hommage visuel lors de la visite de l’ancienne demeure de Johanna. Sans souvenirs de sa précédente vie, la petite veut retourner auprès des Kiowa. Dilemme. Les voici donc traverser le Texas sur plusieurs centaines de kilomètres où chaque virage semble un piège à ciel ouvert, tendu par des âmes humaines charbonneuses comme ce trio de malfaisants qui lui proposent de l’argent pour acheter la gamine. S’ensuivra une poursuite haletante dans la montagne… et des liens qui se resserrent entre le conteur et l’orpheline. Ces deux là doivent vivre leur deuil. Ensemble. Elle de ses familles d’origine et d’adoption, lui de son épouse partie dans une épidémie de Choléra. Guérison. Rédemption. Ils ne se comprennent pas, ne parlent pas le même langage, mais traversent dans leur regard des bribes de dialogues sans voix. Et mieux s’apprivoiser, se découvrir.

Tom Hanks est impeccable comme toujours et la jeune Helena Zengel (dix ans lors du tournage) irradie littéralement chaque plan, impose sa présence. Si la réalisation de Paul Greengrass (Jason Bourne, Captaine Phillips) se détache de ses formules habituelles – montage ultra cut, caméra portée – pour mieux épouser le genre du western, c’est aussi grâce au  directeur de la photographie Dariusz Wolski qui a beaucoup travaillé avec Ridley Scott ainsi qu’au montage de William Goldenberg collaborateur de Michael Mann et Kathryn Bigelow. En résulte de splendides panoramas contemplatifs et des couleurs qui évoluent au fil d’un road movie qui prend son temps sur une partition inspirée de James Newton Howard. C’est peut-être ici que le script de Greengrass (adapté d’un roman de Paulette Jiles) plafonne. En déployant ses péripéties millimétrées dans une mécanique trop prévisible. Qu’importe ! Dans la douleur des souvenir retrouvés, traversés, abandonnés, Kidd et Johanna dispense d’autres histoires au fil de leur périple. C’est ici l’aspect le plus intéressant du film. En faisant du héros un « lecteur », il ne le cantonne pas uniquement à un érudit qui met son savoir au service de la communauté, il leur permet également d’exprimer une conscience, de la joie, de la révolte. Le pouvoir des histoires et la puissance qu’elles peuvent dégager par le simple biais de leur narration et la façon de les mettre en scène est explicite. En déclenchant un début de révolte d’un population sudiste réprimée sur les soldats nordistes présents lors d’une lecture, Kidd prend conscience du poids des mots. Il s’en servira plus tard pour amener le soulèvement d’une communauté envers son chef névrotique omnipotent avant d’apporter l’espoir et même le rire dans un monde qui en a bien besoin. Comme une profession de foi.

NEWS OF THE WORLD – PAUL GREENGRASS

News of the World (2020)

Titre : La Mission Titre original : News of the World Réalisé par : Paul Greengrass Avec : Tom Hanks, Helena Zengel… Année de sortie : 2020/21 Durée : 118 minutes Scénario : Paul Greengrass d’après “News of the World” de Paulette Jiles Montage : William Goldenberg Image : Dariusz Wolski Musique : James Newton Howard Nationalité : États-Unis Genre : Western Format : Couleur

Synopsis : Cinq ans après la fin de la Guerre de Sécession, le capitaine Jefferson Kyle Kidd, vétéran de trois guerres, sillonne le pays de ville en ville en qualité de rapporteur publique et tient les gens informés, grâce à ses lectures, des péripéties des grands de ce monde, des querelles du gratin, ainsi que des plus terribles catastrophes ou aventures du bout du monde. En traversant les plaines du Texas, il croise le chemin de Johanna, une enfant de 10 ans capturée 6 ans plus tôt par la tribu des Kiowa et élevée comme l’une des leurs. Rescapée et renvoyée contre son gré chez sa tante et son oncle par les autorités, Johanna est hostile à ce monde qu’elle va devoir rejoindre et ne connait pas. Kidd accepte de la ramener à ce domicile auquel la loi l’a assignée. Pendant des centaines de kilomètres, alors qu’ils traversent une nature hostile, ils vont devoir affronter les nombreux écueils, aussi bien humains que sauvages, qui jalonnent la route vers ce que chacun d’entre eux pourra enfin appeler son foyer…

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A propos de l'auteur

Cyrille Delanlssays

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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