La légende du rock progressif Yes est de retour deux ans à peine après la sortie de The Quest pour un second et excellent album sur le label Inside out, intitulé Mirror to the Sky. Ce 23ème opus studio, dont vous pouvez retrouver la chronique en ces pages, se démarque de son prédécesseur par un retour à des compositions plus complexes et par des textes empreints d’une plus grande spiritualité. L’occasion d’en discuter avec le claviériste Geoff Downes, que l’on ne présente plus, et d’en profiter pour revenir sur ses premiers pas au sein de Yes en 1980 et de faire le point sur certains de ses autres projets personnels tels que Down Braides Association et Asia.
Bonjour Geoff, un grand merci de ta disponibilité pour cette interview. La dernière fois que nous avions échangé, c’était il y a déjà deux ans dans le contexte de la sortie de l’album de Downes Braides Association (”DBA”) (Ndlr : Halcyon Hymns), qui m’avait réellement enchanté et qui demeure un de mes disques de chevet à ce jour. Nous nous retrouvons aujourd’hui pour aborder Mirror to the Sky, le nouvel album de Yes. Et je voudrais en profiter pour évoquer également quelques autres sujets connexes, si tu en es d’accord.
GEOFF DOWNES : Avec plaisir !
Bon, tout d’abord, j’espère que tu survis au marathon infernal de la promo qui a dû, d’ores et déjà, débuter dans le contexte de ce nouvel album de Yes !
GEOFF DOWNES : Effectivement je viens déjà de donner pas mal d’interviews. Mais elles se sont toutes super bien passées. Et puis tu sais, ce n’est pas comme si je n’en avais pas l’habitude maintenant (Ndlr : rires).
J’espère quand même que ça te laisse un peu de répit pour bosser sur d’autres projets. D’ailleurs, je vois que tu es en studio en ce moment … (Ndlr : c’était déjà le cas lors de l’interview de DBA)
GEOFF DOWNES : Oui, je réussis à trouver un peu de temps. Comme tu peux le voir, je suis déjà en train de travailler sur de nouvelles choses. Pour tout te dire, je me pose rarement. Je pars bien sûr de temps à autre en vacances, comme tout un chacun, mais ce que j’aime le plus c’est d’être constamment occupé et d’avancer sur de nouveaux projets.

« Jon Davison a vraiment trouvé avec cet album son approche, non seulement en tant qu’auteur-compositeur mais aussi en tant que force créative dans le groupe. » – Geoff Downes
C’est impressionnant. D’où provient toute cette énergie ?
GEOFF DOWNES : C’est une question d’envie et d’enthousiasme! J’ai toujours considéré que c’était un vrai privilège de pouvoir gagner ma vie en faisant de la musique, qui plus est en faisant ma propre musique ! Je continue à y prendre un vrai plaisir. Et c’est clairement l’une des raisons pour lesquelles je continue encore aujourd’hui. Honnêtement je pense que c’est non seulement une chance inouïe mais aussi une situation réellement enviable.
Et avec pour résultat des albums fascinants ! Ce qui m’amène à Mirror to the Sky. Ce nouvel album de Yes sortira officiellement dans un mois, le 19 mai prochain. On va pouvoir commencer à lire les premières chroniques dans la presse début Mai. Quelles sont d’ores et déjà les réactions que tu as pu recueillir ?
GEOFF DOWNES : Elles sont excellentes ! Et le premier single ”Cut from the Stars” a été très bien accueilli, ce qui est extrêmement encourageant pour nous parce que l’album contient des morceaux encore plus élaborés et plus intenses. Il y a d’ailleurs environ quatre titres qui durent entre 8 et 15 minutes. Je pense que les fans seront ravis de retrouver cette dimension sur cet album. Une dimension qui constitue un peu une rupture avec les deux précédents disques. Des compos plus longues avec des sections instrumentales plus développées, donnant à l’ensemble une plus grande musicalité. Franchement, je suis optimiste. Les gens vont beaucoup aimer cet album qui témoigne de notre investissement à tous et de l’effort produit.
J’en suis également convaincu. Cela paraît étrange de dire ça au sujet de Yes mais je trouve effectivement que cet album a une pente progressive encore plus prononcée, en plus de la dimension lumineuse omniprésente. Notamment avec ces titres plus longs et plus complexes. Et pour ce qui est des textes, je leur trouve également une plus grande spiritualité, une dimension bienvenue par les temps actuels…
GEOFF DOWNES : Cette dernière dimension vient en grande partie de Jon. Avec cet album en particulier, Jon a non seulement vraiment trouvé son approche en tant qu’auteur-compositeur mais également en tant que force créative dans le groupe. Et c’est très important pour nous car c’est lui qui est au premier rang en tant que chanteur. La manière dont il exprime sa vision et ses idées est une porte d’entrée importante vers l’univers de Yes. Il faut que lui-même se sente investi et qu’il croie à ce qu’il chante. Et pour cette raison, c’est d’autant plus fondamental de proposer des textes qui revêtent une dimension personnelle (Ndlr : comme ”Cut from the Stars” inspiré par les souvenirs d’enfance de son séjour dans le parc national américain de Joshua Tree). Jon est un excellent compositeur mais parfois il faut encore affiner cette compétence pour l’adapter à l’environnement musical pour lequel tu écris. Et là, précisément, il a fait un super boulot. Je trouve que le rendu des textes est vraiment excellent sur cet album et je suis sûr que les fans vont apprécier.

« Le premier single Cut from the Stars a été très bien accueilli, ce qui est extrêmement encourageant pour nous parce que l’album contient des morceaux encore plus élaborés et plus intenses. » – Geoff Downes
Pour en revenir à la dimension progressive plus prononcée sur cet album, je me souviens avoir demandé pendant la promo de The Quest au regretté Alan White (Ndlr : décédé en Mai 2022) si le groupe avait l’intention de réécrire un jour des compositions plus épiques. Il m’avait répondu que tout était possible. Et voilà que déboule Mirror to the Sky !
GEOFF DOWNES : Ce disque est aussi un hommage à Alan que tu viens d’évoquer. Il lui est dédié. Quand tu songes aux contributions d’Alan au fil des ans et ce, jusqu’à The Quest, c’est impressionnant ! Il a pleinement aidé à construire le groupe et à en faire ce qu’il est encore aujourd’hui. C’est quelque chose que nous n’oublierons jamais. Et ça a toujours été un plaisir indicible de travailler avec Alan. Un musicien fantastique qui a été aussi une grande influence pour moi. Pas seulement en tant que musicien d’ailleurs, mais aussi en tant qu’ami. Les dernières années passées sur la route ensemble nous avaient beaucoup rapproché. Une grande perte pour le groupe et pour moi, également, à titre personnel.
Pourquoi êtes-vous retournés aussi vite en studio ?
GEOFF DOWNES : Nous nous entendons très bien avec le label Inside Out avec lequel nous avons commencé à travailler pour le précédent album. Le label a manifesté un véritable intérêt pour le groupe, a été d’un grand soutien et a beaucoup apprécié ce que nous avons fait avec The Quest. Suite à ça ils nous ont dit « Si vous voulez faire un autre album, nous sommes très intéressés ». Donc, c’était une vraie continuité pour eux autant que pour nous. Ils ne nous ont pas poussés à faire un autre album, plutôt suggéré, au regard de la réussite de The Quest. On avait été contraints de travailler différemment sur cet album, du fait du contexte pandémique, à distance avec des échanges de fichiers plutôt qu’ensemble en studio. Mirror to the Sky est un peu un mix des deux approches. On a commencé de la même manière que The Quest et puis, progressivement, les restrictions ont été levées, ce qui nous a permis de créer plus de choses ensemble en studio. Cet album prouve aussi que le line-up fonctionne. Même s’il est évident que c’est une véritable douleur d’avoir perdu Alan l’année dernière. Mais on tient là un très bon line-up pour poursuivre l’aventure. Tout d’abord, Jay (Ndlr : Schellen) a été la doublure d’Alan, en soutien constant, depuis 2016. Ensuite, il y a toujours eu une très bonne connexion entre nous tous. Et je crois que cette compréhension mutuelle, ce respect que nous avons les uns pour les autres, cette connaissance des zones de confort de chacun sont tout autant d’éléments qui s’entendent dans notre musique. Et je dois reconnaître que c’est donc super agréable de contribuer à ce groupe dans ces conditions en ce moment. C’est très positif, tout comme la musique de Yes, qui comme tu l’as dit doit rester lumineuse.
« Pour moi, s’il y a bien quelqu’un de qualifié pour connaître la musique de Yes, c’est Steve Howe. Il est l’homme qu’il nous faut pour la production. » – Geoff Downes
J’ai en tout cas effectivement le sentiment que vous avez pris beaucoup de plaisir sur cet album. Un bon exemple te concernant est le titre ”Unknown Place”, avec des sonorités très 70’s et puis cet d’orgue d’église, très solennel.
GEOFF DOWNES : Nous avions vraiment envie de prendre un angle différent pour cet album et d’intégrer d’autres couleurs musicales, sans aucunes craintes, comme cet orchestre, cet orgue d’église, ces chants et plein d’autres choses. C’est assez différent de notre précédente approche et je pense que cela donne un album très intéressant. Pour moi c’est ce que le public attend d’un nouvel album de Yes. Plutôt que des chansons pop de quatre minutes, le public s’attend à quelque chose d’un peu plus grandiose, à une grande déclaration d’intention musicale pour résumer. Et je pense que nous y sommes parvenus avec Mirror to the Sky.
Chaque album de Yes est différent. Il suffit de regarder ceux des deux dernières décennies. Il est très difficile de les comparer et peut-être que, au final, on ne devrait tout simplement pas tenter de vouloir impérativement les comparer. Mais très certainement je suis d’accord avec toi que Mirror to the Sky démontre une grande profondeur et une ambition symphonique renouvelée. Un petit mot sur la production ? Pour la seconde fois, c’est Steve qui est aux commandes. Comment cela fonctionne-t-il ? Je te pose la question car Steve est d’abord un pair et puis certainement un ami, mais dans ce rôle il doit s’élever au-dessus du reste du groupe, arbitrer et prendre des décisions. Est-ce toujours évident ? Ou est-ce que cela a pu parfois créer des frictions ?
GEOFF DOWNES : Non, pas vraiment. Pour moi, s’il y a quelqu’un de qualifié pour connaître la musique de Yes, c’est bien Steve. Il est l’homme qu’il nous faut pour la production. Il fait partie de Yes quasiment depuis le début et je pense que personne ne comprend mieux la musique du groupe que lui. Nous sommes très heureux de le laisser prendre les rênes sur ce point. Pendant la période de restrictions sanitaires il était là, bien présent, notre seul point de contact à tous. On lui envoyait nos idées, il les assemblait avec un ingénieur du son et construisait ainsi l’album. Personnellement j’ai énormément apprécié le fait qu’il joue ce rôle, un rôle fondamental puisque requérant d’équilibrer et de jauger les inputs de chacun. Cela s’est très bien passé et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons souhaité poursuivre sur cette voie pour cet album . Et tout le monde a été très content du processus comme du résultat obtenu sur Mirror to the Sky.
Maintenant, peut-être une question qui va te paraître étrange. A l’exception de Fly from Here, qui était vraiment ton album avec Trevor Horn, si je regarde les 3 derniers LPs, je vois que tu signes ou co-signes peu de titres, alors que tu es par ailleurs bien entendu très prolifique sur tes projets comme ASIA ou DBA. Est-ce qu’il y a une raison particulière pour laquelle tu sembles te restreindre en termes d’input au sein de Yes ?
GEOFF DOWNES : Tu sais, au sein du groupe, il y a tout simplement beaucoup plus de personnes qui contribuent. Il y a d’abord Steve, Billy et Jay. Il y avait Alan et bien sûr Chris (Ndlr : Squire). Et aussi Jon que nous poussons à prendre plus d’espace et être plus sur le devant de la scène. Donc, ça me va de me mettre un peu en retrait et de laisser la musique advenir naturellement. Ce qui ne présume en rien de ma contribution au prochain album de Yes, par exemple. Mais en tout cas, je pense notamment qu’en ce moment, il est important de laisser Jon Davison s’établir en tant que compositeur principal du groupe. Et retrouver un peu la même manière que Jon Anderson et Steve Howe avaient d’opérer sur les albums Tales of the Topographic Oceans et Close to Edge. C’était vraiment Jon et Steve qui dirigeaient ces collaborations. Tu sais, ça me va très bien. J’ai d’autres possibilités de m’exprimer et de partager mes idées. DBA est d’ailleurs un projet qui me tient particulièrement à cœur. Nous avons un album prévu pour septembre. Ca sera notre cinquième album à ce jour. ASIA est aussi toujours dans les cartons. Je ne sais pas quand nous allons y donner une suite mais j’ai certainement déjà quelques idées de titres ébauchées avant que John Wetton ne disparaisse. J’ai des idées aussi pour mes projets solo. Donc tu vois, j’ai pas mal d’autres exutoires pour ma musique. Mais en revanche, je ne suis pas une machine donc je ne peux pas être partout en même temps. En tout cas une chose est sûre, j’adore contribuer à tout ce à quoi je participe.
Je rebondis sur cette annonce d’un nouvel album de DBA pour Septembre. Est-ce que tu peux déjà nous en parler un peu ? Est-ce que vous allez conserver cet équilibre entre pop et progressif, très présent sur Halcyon Hymns ?
GEOFF DOWNES : Nous sommes constamment en train de développer notre style. Mais même si nous revenons à des chansons plus courtes, je pense qu’il y a une grande continuité entre ce nouvel album et Halcyon Hymns. Il y a plein de belles choses sur cet album. C’est parfois difficile de décrire la musique, de mettre des mots dessus pour en dire plus. En tout cas, oui, il y a une grande continuité entre ce nouvel opus et le précédent.
Est-ce que vous avez fait de nouveau appel à Barney (Ndlr : Ashton Bullock, poète anglais) ? Sa voix et ses textes donnent une très belle tonalité et une grande originalité à DBA…
GEOFF DOWNES : Barney a un peu contribué à cet album. Pas énormément, mais il a apporté sa touche. Et nous avons à peu près le même line-up avec Dave Bainbridge à la guitare, Ash Soan à la batterie et Andrew Hodge à la basse. J’espère que tu aimeras cet album !
Je l’attends avec impatience. Halcyon Hymns fait partie non seulement de mon top des meilleurs albums de 2021 mais a aussi une saveur particulière dans ma collection de disques, très poétique et avec une grande d’évocation.
GEOFF DOWNES : Merci beaucoup ! J’aime écrire une musique qui déclenche des émotions, qu’il s’agisse de bonheur ou de tristesse, ou le souvenir de certaines choses.

« L’album Drama a fait évoluer Yes vers les 80’s. Je suis sûr que les gens ont bien perçu que la musique de Yes est en constante évolution. Et ce qui est génial, ce sont tous ces chapitres avec toutes les influences que différents musiciens ont apporté. » – Geoff Downes
En tout cas, rendez-vous est pris pour Septembre et j’attends cet album avec impatience. Je reviens à ASIA. Une tournée était prévue avec Alan Parsons, non ?
GEOFF DOWNES : Effectivement, nous n’avons pas pu faire cette série de concerts car Alan Parsons a été contraint de subir une intervention chirurgicale mais il est toujours possible que ce soit de nouveau d’actualité. Nous sommes à l’écoute de toute opportunité et s’il y a un package adéquat ou une belle tournée qui se monte, nous serions très heureux de la faire.
Je reviens à DBA puisque nous parlons de scène. Aurons-nous la chance de vous voir Chris (Ndlr : Braides) et toi sur scène pour ce projet ?
GEOFF DOWNES : Tu sais, on n’a fait que quelques concerts avec DBA, pas loin de Londres, à une vingtaine de kilomètres, dans une salle qui s’appelle Trading Boundaries (Ndlr : le 28 septembre 2018 et qui a donné lieu à une album live). Nous avons pris beaucoup de plaisir à ces shows et nous allons probablement renouveler l’expérience. Cette fois-ci j’aimerais beaucoup jouer dans une autre grande ville, pourquoi pas à l’étranger. Cela dépendra bien sûr de nos emplois du temps. Car Chris, tout comme moi, est très occupé avec ses propres projets. En tout cas, tant que nous sommes ici et en forme, je suis partant !
Revenons à Yes. Petit retour en arrière si tu le veux bien. Direction 1980, lorsque tu as pris la relève des précédents claviéristes (Ndlr : Rick Wakeman, Patrick Moraz et Tony Kaye). Quelle était la vision que tu avais pour Yes et comment s’est passée ton intégration ?
GEOFF DOWNES : En fait, ça s’est fait de manière très naturelle pour nous (Ndlr : Trevor Horn et Geoff). Nous avions le même management. Nous savions que Chris, Steve et Alan répétaient ensemble. Et c’est comme ça que nous nous sommes tous retrouvés dans la même pièce. Trevor et moi-même étions de grands fans de Yes. Donc c’était un peu le monde à l’envers, pour nous, que Chris souhaite écouter ce sur quoi nous avions travaillé. Nous avons commencé à enregistrer ces idées et ces démos, et c’est comme ça que tout s’est passé. Je pense que nous l’avons fait en nous disant simplement qu’on travaillait pour eux et progressivement c’est tout naturellement devenu Yes, cette version de Yes en tout cas. Je n’ai pas le souvenir d’avoir été ébloui, ou impressionné ou que cela me soit monté à la tête. Bien sûr, quand je suis rentré dans leur univers, je voulais en comprendre les rouages. Mais rapidement, de l’intérieur, j’ai compris leur mécanique et comment ils mettaient tout cela en place. Ce n’était plus soudainement si effrayant. La chose la plus effrayante en revanche a plutôt été de nous retrouver sur scène avec eux pour les premiers shows. J’avais donné des concerts avant de rejoindre Yes, mais rien de comparable à ce niveau. Passer du studio à des salles de cette ampleur, comme se retrouver devant 20 000 personnes, avec tout le monde qui vous regarde, oui, ça c’était impressionnant. Mais comme toute chose on s’y habitue et on s’adapte. Et j’ai appris à connaître les autres membres de Yes au point de très bien nous comprendre. Donc, oui, c’est comme ça que ça s’est passé. C’était assez sympa.
Drama a été non seulement une étape clé dans l’ère Yes mais aussi une influence majeure pour beaucoup d’autres musiciens. Les membres de Dream Theater disaient que ”Machine Messiah” était LE morceau de Yes qui leur a permis de commencer à ébaucher le style musical qui allait devenir le leur…
GEOFF DOWNES : C’est intéressant. Je sais qu’ils ont vraiment aimé le morceau parce que de mémoire ils en ont joué, non pas la version complète, mais une version lorsqu’ils ont fait notre première partie dans le début des années 2000. Je suis très fier de ce morceau. Je pense qu’il illustre parfaitement bien la collaboration entre Trevor, moi-même et les autres membres de Yes. Nous sommes parvenus à créer une composition qui était vraiment puissante. Et c’est totalement un titre 100% Yes, dans chacune des sections avec tous ces éléments, une super prestation côté batterie, dans le jeu de basse, bref une très belle performance de tout le monde.
Je fais écho aux mots des musiciens de Dream Theater. Pour moi, c’est un morceau qui a emmené Yes vers de nouveaux territoires.
GEOFF DOWNES : Je pense que oui, ça a fait évoluer Yes vers les 80’s. Ce qui est génial avec la musique de Yes, c’est tous ces différents chapitres, avec toutes les influences que différents musiciens ont apporté au travers de leur contribution. Et comme tu le disais tout à l’heure, tu ne peux pas dire que tel album est meilleur que tel autre, précisément pour cette raison. Oui bien sûr, chacun a des préférences selon les styles déployés dans les albums. Mais je suis sûr que les gens ont bien perçu que la musique de Yes est en constante évolution et que de multiples différentes influences entrent en jeu. Chaque album offre un nouvel univers. Je pense que c’est une bonne chose. Si tous les albums étaient du même acabit, ça pourrait être rébarbatif à la longue…
Une avant-dernière question avant de se quitter. De toute ta carrière, quel est le moment, si tu devais en retenir un seul, où tu as été le plus heureux professionnellement ?
GEOFF DOWNES : J’ai eu le bonheur d’en vivre un certain nombre. Mais si je devais en retenir un ça serait la toute première fois où j’ai entendu mon titre « Radio Killed the Video Star » à la radio (Ndlr : The Buggles, le premier groupe de Geoff avec Trevor). Je pense que c’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que la musique que j’écrivais était pleinement dans l’ère du temps et était reconnue. Ce fut un tournant pour moi à bien des égards. Et j’ai toujours un frisson encore aujourd’hui chaque fois que j’entends cette intro et que je réalise que c’est moi qui la joue ! De mémoire c’est aussi un des premiers titres diffusés sur MTV.
Un grand merci Geoff de cet entretien. Est-ce qu’il y a un sujet particulier que tu aurais souhaité que l’on aborde aujourd’hui ?
GEOFF DOWNES : Non, juste rappeler, comme je l’ai dit tout à l’heure, que je me sens vraiment privilégié de faire de la musique et j’apprécie à sa juste valeur vraiment tout le soutien que j’ai reçu au fil des ans de la part des fans et des gens comme toi qui montrent un intérêt pour toute la musique que j’ai pu écrire !
Interview réalisée en avril 2023 – Stéphane Rousselot.


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