Yes - Mirror to the Sky
4.3Note Finale

Mirror to the Sky, vingt-troisième album de Yes, prolonge ce chapitre de l’œuvre du groupe débuté il y a deux décennies avec le départ du chanteur Jon Anderson et le retour de Geoff Downes aux claviers. De ce nouvel opus se dégagent toutefois une pente progressive plus prononcée et également une plus grande spiritualité. Et rien ne restitue mieux cette ambition que le magnifique artwork, œuvre du fidèle Roger Dean. Une fresque qui nous invite à porter notre regard, tel le guetteur, non pas vers la ligne d’horizon mais bien au-delà, vers l’infini. Un infini de constellations baigné dans des lueurs bleutées, témoignage céleste d’un flux divin et invitation à une élévation méditative.

Il était légitime de nourrir quelque inquiétude à l’annonce de ce nouvel album de Yes, intervenant à peine deux années après la sortie de The Quest. Le groupe indiquait en effet avoir puisé dans des chutes issues des sessions d’enregistrements de Heaven and Earth pour établir le canevas de Mirror to the Sky. Difficile également de faire abstraction du contexte, celui de la disparition en 2022 du légendaire batteur Alan White, dernier représentant avec Steve Howe de la grande épopée seventies du groupe. Ces appréhensions sont pourtant vite levées avec le titre d’ouverture, « Cut from the Stars« , dont le ton est donné dès les premières notes de claviers. Un morceau, certes en territoire connu car extrêmement fidèle aux codes du groupe, mais d’une grande élégance et qui prend son envol à mi-chemin avant de se conclure sur une magnifique partition de Geoff Downes. Sur le thème d’une quête de sens et d’identité, inspirée par un séjour de Jon Davison dans le parc national de Joshua Tree. Jonction parfaite entre The Quest et ce nouvel album, dans toutes les dimensions.

Le regretté Alan White nous avait prévenu lors de l’entretien qu’il nous avait accordé fin 2021; le groupe n’avait nullement l’intention de s’interdire de revenir à l’écriture de réelles fresques musicales. Le titre « Mirror to the sky« , qui a donné son titre à l’album, en est l’illustration la plus évidente. Riche épique du haut de ses 14 minutes, dans la plus belle tradition progressive aux accents symphoniques, cette composition alterne, avec une certaine poésie, moments lumineux et passages plus mélancoliques, en écho au texte qui aborde la conscience et l’acceptation de notre propre finitude. Le morceau qui fourmille d’idées et de développements musicaux permet également de découvrir un Steve Howe régénéré et presque méconnaissable. La longue intro instrumentale intègre d’ailleurs des tonalités de guitare peu orthodoxes pour le groupe. Pas moins de cinq décennies après ses débuts, Yes continue à surprendre.

Trois autres titres proposent également une structure plus progressive sur des durées toutefois plus courtes (9 minutes environ). « All Connected » est une petite merveille dans la grande tradition « Yessienne« . Raffiné, subtil et très inspiré dès les premières notes de guitare d’un Steve Howe, qui brille de tous ses feux, et célébrant un grand élan d’harmonie universelle entre les êtres humains. Le deuxième, « Luminosity », tout aussi résolument positif avec cette promesse d’une nouvelle aube (« Surely one day ») peut surprendre par cette innocence presque naïve qui l’enveloppe mais la dimension symphonique de l’intro comme le long final sur lequel le guitariste étire un solo vers l’infini, envahissant l’espace avec grâce, sont deux moments de pur bonheur. Le troisième, « Unknown Place« , se distingue de par les belles intonations de Jon Davison et les remarquables interventions de Geoff Downes dans un esprit très seventies et avec des sonorités sur la dernière partie de la composition qui rejoignent le travail d’un certain Rick Wakeman sur son opus Red Planet. Avec un texte qui invite à transcender le monde physique pour explorer son moi intérieur, affirmant le principe de possibilités au-delà de nos perceptions.

Jon Davison propose, au travers de « Circles of Time, » une ballade dans l’esprit même de celle qu’il avait écrite pour le précédent opus (« Future Memories« ), toujours avec la même sensibilité mais avec toutefois un peu moins d’originalité. Le reste de Mirror to the Sky est constitué de titres qui sonnent plus comme des interludes entre pop et rock. L’entraînant « Magic Potion« , non dénué de charme, apparaît comme un joyeux mix de Yes et de Beach Boys. Bien plus mélancolique, « One Second is Enough » est quelque peu desservi par un refrain qui paraît étrangement juxtaposé en dépit d’un très beau démarrage avec une mélodie d’un autre temps. Le très enjoué « Living out their Dream » parait quant à lui très éloigné des thèmes de l’album. Steve Howe est de nouveau aux commandes de la production, avec un réel succès, après l’expérience concluante de The Quest. La section rythmique constituée par la paire Billy Sherwood /Jay Schellen est bien en place dans le respect du travail des légendaires Chris Squire et Alan White, sans toutefois l’égaler. Côté chant, on regrettera que la voix de Jon Davison semble curieusement parfois manquer un peu de souffle et de puissance sur cet album plus rythmé que les précédents. Son travail côté textes le rapproche en revanche plus que jamais ici de l’esprit qui a longtemps présidé au sein de Yes, tout en conservant sa part d’unicité.

N’en déplaise aux nostalgiques d’une certaine époque qui continueront certainement à étriller le groupe (grand bien leur fasse), Yes poursuit son voyage stellaire et prouve avec cet album empreint d’une grande sérénité et d’une belle dynamique qu’il a non seulement encore beaucoup de choses à dire mais surtout énormément d’émotions à partager.

Crédit photo : Gottlieb Bros.

YES – MIRROR TO THE SKY

Yes - Mirror to the Sky (2023)

Titre : Mirror to the Sky
Artiste : Yes

Date de sortie : 2023
Pays : Angleterre
Durée : 63’45
Label : InsideOut

Setlist

CD 1 (47:08)
1. Cut from the Stars (5:25)
2. All Connected (9:02)
3. Luminosity (9:04)
4. Living Out Their Dream (4:45)
5. Mirror to the Sky (13:53)
6. Circles of Time (4:59)

CD 2 (16:37)
1. Unknown Place (8:15)
2. One Second Is Enough (4:14)
3. Magic Potion (4:08)

Line-up

– Jon Davison / vocals
– Steve Howe / guitars, vocals
– Geoff Downes / keyboards
– Billy Sherwood / bass, vocals
– Jay Schellen / drums & percussion

With:
– F.A.M.E. Orchestra / orchestra
– Paul K Joyce / orchestrations

Une réponse

  1. Philéas Prog

    Bonjour,
    il est sûr que ce groupe n’a plus aucun rapport avec le groupe d’antan, c’est autre chose, moins pertinent, c’est sûr..

    Répondre

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