Derek Sherinian - Vortex
4.0Note Finale

Doit-on encore présenter le prolixe et talentueux claviériste américain Derek Sherinian ? En parallèle de ses contributions à des groupes prestigieux (de Dream Theater à Sons of Apollo en passant par Black Country Communion ou Planet X et tant d’autres encore) il nous a également gratifié d’un nombre substantiel d’albums solos dont ce nouvel opus Vortex est déjà le huitième. Et s’il avait fallu attendre plus de 9 ans entre les parutions de Oceana et The PhoenixVortex sort, quant à lui, à peine 2 ans après The Phoenix. Et pour cause, l’artiste avait déjà commencé à travailler sur ce nouvel album alors qu’il terminait à peine le précédent. Ce qui explique très certainement, au demeurant, la continuité dans l’approche. Vortex est donc un album instrumental très équilibré, offrant une grande diversité de styles, évitant ainsi le risque de monotonie propre à ce type d’exercice, et proposant de vraies compos plutôt que des prétextes à digressions techniques. L’ancien élève du fameux Berklee College of Music est ici de nouveau fidèlement épaulé par cette rythmique basse batterie qui frôle la perfection (le bassiste Tony Franklin ex-Roy Harper, Blue Murder, Carmine Appice et le batteur et producteur Simon Philipps ex-Toto, Asia, Joe Satriani, Mike Oldfield) et s’adjoint les services des prestigieux guitaristes Steve Stevens, Nuno Bettencourt, Michael Schenker, Mike Stern, Joe Bonamassa, Steve Lukather, Zakk Wylde et Ron ”Bumblefoot” Thal, qui viennent habiller et colorer à leur manière les partitions proposées par Derek Sherinian. Les guitares sont donc tout autant à l’honneur que les claviers sur cet album et le dialogue fluide entre ces deux instruments clés est renforcé par cette approche si particulière qu’a le claviériste de concevoir et de placer ses propres solos, très inspirés du travail de guitaristes tels qu’Edward Van Halen, Allan Holdsworth ou Yngwie Malmsteen, pour n’en citer que quelques-uns. A ce titre, Bumblefoot, son compère au sein de Sons of Apollo, dit de lui « qu’il est le meilleur guitariste avec lequel il n’ait jamais joué dans un groupe, un guitariste qui jouerait …sur des claviers ! ».

Si The Phoenix avait retenu votre attention, nul doute que Vortex saura vous émerveiller. En effet Derek Sherinian se surpasse ici nettement, notamment dans la recherche de mélodies comme d’effets ainsi que dans la dynamique globale de l’album. Le jazz rock y est très présent, principalement au travers du magistral « Scorpion », une plongée haletante et intrigante dans les bas fonds new-yorkais que n’aurait pas renié Chick Corea et son Elektric Band. Mais également sur le soutenu « Nomads Land » avec des sonorités qui évoquent immédiatement Uzeb à plusieurs reprises tout au long du morceau et sur lequel brille particulièrement Mike Stern (que l’on avait eu le plaisir de redécouvrir sur le dernier album de Mandoki Soulmates). Et enfin, sur l’étrange « Seven Seas » ou Steve « Atomic » Stevens nous offre une longue et étirée partition toute aussi dissonante que jazzy. Lorsque l’album reprend des tonalités plus rock que jazz il n’en oublie pas pour autant de demeurer élégant. Comme sur « Fire House » grâce au groove indéniable du duo Franklin / Phillips, au jeu racé de Nuno Bettencourt et à ce solo de claviers aux colorations seventies qui justifie à lui seul la déclaration de David Coverdale (Deep Purple, Whitesnake):  “Derek joue comme s’il était le fils de Jon Lord”. Le prog-metal est également bien sûr à l’honneur avec en point d’entrée ce magnifique uppercut qu’est « Vortex« , co-écrit avec Steve Stevens et sur lequel Sherinian et Stevens s’en donnent à cœur joie au travers d’une déferlante de solos tous aussi inspirés les uns que les autres.  Un morceau pied au plancher qui n’épuise jamais l’auditeur. « Die Kobra » est le titre qui renvoie le plus au travail de Sherinian avec Sons of Apollo (notamment avec cette intro aux sonorités orientales qui rappelle immédiatement « Gods of the Sun« ). Magistralement épique avec notamment ce solo lyrique et enflammé de Michael Schenker avant que ne s’ensuivent une alternance de solos claviers / guitares de la plus belle facture. Enfin, la composition  « Aurora Australis« , complexe et audacieuse du haut de ses onze minutes, semble prendre son inspiration dans le fabuleux héritage de Planet X (époque Quantum) avec ces sonorités venues de nulle part au croisement du jazz, du métal et du progressif. Seule petite ombre au tableau sur cet album, la composition « Key Lime Blues« , très bluesy comme son titre l’indique, à laquelle participent Joe Bonamassa et Steve Lukather, certes très bien exécutée mais sans grand intérêt et avec un profond sentiment de déjà-entendu.

Ce qui surprend le plus avec Derek Sherinian c’est cette capacité à imprimer sa signature musicale avec des sonorités immédiatement reconnaissables entre mille quel que soit l’univers musical auquel il contribue. Avec Vortex il nous offre un bel album qui fusionne avec réussite différents styles et nous laisse augurer du meilleur pour la suite, quels que soient ses projets à court terme. Et si l’on se prenait à rêver d’un nouvel album de Planet X ?

DEREK SHERINIAN – VORTEX

Derek Sherinian - Vortex (2022)

Titre : Vortex
Artiste : Derek Sherinian

Date de sortie : 2022
Pays : États-Unis
Durée : –
Label : Inside Out

Setlist

1. The Vortex
2. Fire Horse
3. Scorpion
4. Seven Seas
5. Key Lime Blues
6. Die Kobra
7. Nomad’s Land
8. Aurora Australis

Line-up

– Derek Sherinian / organs, pianos, synths
– Simon Phillips / drums
– Tony Franklin / bass

With:
– Steve Stevens / guitar (1,4)
– Nuno Bettencourt /guitar (2)
– Joe Bonamassa / guitar (5)
– Steve Lukather / guitar (5)
– Michael Schenker / guitar (6)
– Zakk Wylde / guitar (6)
– Mike Stern / guitar (7)
– Ron « Bumblefoot » Thal / guitar (8)

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