L'Épreuve de Force
3.8Note Finale

Après le succès de L’inspecteur ne Renonce Jamais (réalisé par son ancien assistant James Fargo), est associé plus que jamais à l’image de Harry Callahan, flic retors et ingérable, considéré comme facho depuis les sorties critiques de Pauline Kael. Le réalisateur décide donc de tordre son image, jusqu’au point de rupture, histoire de jouer avec son public et surtout de sa propre légende en construction. Dans L’Épreuve de Force, il enfile les habits de Ben Shockley, un véritable anti-Inspecteur Harry. L’acteur s’amuse à titiller ses accents les plus masochistes : flic aux ordres, pas très malin, un peu alcoolo, au bout du rouleau, prompt à subir sans rechigner et à se jeter dans la gueule du loup. Bref, le parfait loser. Quand il s’agit d’escorter Augustina « Gus » Mally (Sondra Locke), une prostituée de Las Vegas, l’inversion des rôles est étonnante mais déterminante. La jeune femme (au surnom masculin) lui tient tête, réfléchit à sa place, découvre ce qui se trame derrière toute cette histoire et garde toujours un coup d’avance sur le héros. Le film se veut alors ambigu, à contre courant. Féministe ? Peut-être bien. À l’origine, c’est Sam Peckinpah qui devait réaliser le film, avec Kris Kristofferson (qui jouera finalement dans Le Convoi du même réalisateur), Marlon Brando puis Steve McQueen (déjà présent sur Guet-Apens) et Barbra Streisand. Faute d’entente entre les deux stars, c’est donc qui hérita du projet et en fit un film sec, énergique, spectaculaire. En témoigne une scène finale délirante où un bus est mitraillé de 7000 cartouches… ce côté quasi burlesque démontrait déjà le recul d’un réalisateur qui parvient malgré tout à embarquer le spectateur avec son sens de la narration ultra-efficace et une bande originale aux petits oignons signée Jerry Fielding (La Horde Sauvage, Les Chiens de Paille). Dernier clin d’œil, l’affiche du film réalisée par le peintre Frank Frazetta, spécialisé dans les illustrations S.F. et Heroic Fantasy (l’affiche de Conan le Barbare en témoignera plus tard), montrant un  tout en muscle avec sa compagne blottie contre lui dans une pose totalement soumise à la protection de son chevalier servant. Autant dire que le spectateur sera surpris de découvrir un film moins binaire et nettement plus malin que ces a priori jetés en pâture au public avec un joli sens de l’ironie.

ENGLISH VERSION

THE GAUNTLET

After the success of The Enforcer (1976, directed by his former assistant James Fargo), is now more than ever associated with the image of Harry Callahan, considered like a fascist cop since Pauline Kael‘s critical releases. The director therefore decides to twist his image, up to the point of rupture, in order to play with his audience and especially with his own legend. In The Gauntlet, he puts on Ben Shockley’s clothes, a real anti-Inspector Harry. The actor has fun playing his most masochistic accents: cop at the orders, not very clever, a little drunk, at the end of his rope, quick to suffer without reticence and throw himself into the mouth of the wolf. Anyway, the perfect loser. When it comes to escorting Augustina GusMally (Sondra Locke), a prostitute from Las Vegas, the role reversal is surprising but decisive. The young woman (with the male nickname) stands up to him, thinks for him, discovers what is behind this whole story and always stays one step ahead of the hero. The film is then intended to be ambiguous, against the current. Feminist? Maybe so. Originally, Sam Peckinpah was to direct the film, with Kris Kristofferson (who will finally play in Convoy from the same director), Marlon Brando and Steve McQueen (already on Guet-Apens, 1973) and Barbra Streisand. Due to the lack of agreement between the two stars, it was who inherited the project and made it a dry, energetic, spectacular film. This is evidenced by a delirious final scene where a bus is machine-gunned with 7,000 cartridges… this almost burlesque side already showed the retreat of a director who nevertheless manages to embark the spectator with his ultra-efficient narrative sense. Last but not least, the poster of the film made by the painter Frank Frazetta, specialized in SF and Heroic Fantasy illustrations (Conan the Barbarian‘s poster will later testify to this), showing an  all in muscle with his partner huddled against him in a pose totally under the protection of his serving knight. In other words, the viewer will be surprised to discover a film that is less binary and much smarter than these a priori thrown into the public’s hands with a pretty sense of irony.

L'Épreuve de Force - Clint Eastwood (1977)

Titre : L’Épreuve de Force
Titre original : The Gauntlet

Réalisé par : Clint Eastwood
Avec : Clint Eastwood, Sondra Locke, Pat Hingle…

Année de sortie : 1977
Durée : 107 minutes

Scénario : Michael Butler et Dennis Shryack
Montage : Joel Cox, Ferris Webster
Image : Rexford L. Metz
Musique : Jerry Fielding
Décors : Allen E. Smith

Nationalité : États-Unis
Genre : Policier
Format : Couleur (Technicolor) – 35 mm – 2,35:1 – mono (Westrex Recording System)

Synopsis : Le policier Ben Shockley est charge de convoyer un suspect de Las Vegas a Phoenix. Il s’apercoit que son suspect est une femme que l’on cherche a supprimer a tout prix…

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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