IQ - Resistance
4.5Note Finale

Resistance paru en 2019 est le douzième album studio d’IQ, groupe emblématique d’un renouveau du rock progressif britannique dans les années 80. Plus sombre et parfois plus « heavy » que ses confrères du mouvement néo-progressif, IQ a défini ses propres codes et s’est forgé un style qui sonne encore résolument moderne aujourd’hui.

Depuis Dark Matter en 2004,  le groupe publie un nouvel album sur un rythme quinquennal. Autant dire que chaque sortie est attendue avec ferveur. Et ce, d’autant plus que, depuis le grand retour de Peter Nicholls en 1991 au chant (comme à l’écriture des textes), le groupe distille une musique d’une rare qualité qui nous emmène à chaque fois aux confins de l’émotion.

Resistance reconfirme cette constance. Soutenu par une production impeccable qui ferait pâlir des groupes signés par des majors et avec le même line-up que son prédécesseur Road of Bones, cet album se révèle même d’un niveau supérieur. Très inspiré, il requiert plusieurs écoutes pour dégager toutes les subtilités et nuances de l’écriture comme bien souvent avec IQ. Il en va de même pour les textes, introspectifs à souhait. Une immersion d’autant plus nécessaire que le groupe nous offre ici quasiment deux heures de musique au travers d’un double album (ça en deviendrait presque une habitude avec IQ).

C’est tout d’abord le titre de ce nouvel album qui interpelle. Est-ce une référence à un combat visant à porter continuellement haut et fort la bannière du néo-prog au-delà des modes ? S’agit-il d’une prise de conscience face à un monde qui s’achemine vers le chaos (Mike Holmes déclarait récemment être complètement en phase avec les idées de groupes comme « Extinction Rebellion ») ? Ou s’agit-il plus prosaïquement de la lutte au quotidien d’un groupe à l’équilibre financier précaire pour lequel chaque nouvel album enregistré relève de l’exploit (on rappellera à ce titre, qu’en dehors de Mike Holmes, tous les autres membres du groupe ont un autre job pour subvenir aux besoins du quotidien). Quoiqu’il en soit c’est très certainement cette volonté de se tenir debout, conjuguée à une indicible passion de la musique, qui ont favorisé une fois de plus la gestation réussie de ce nouvel opus du groupe. D’ailleurs, comme le chante Peter Nicholls « If there’s no resistance. What am I fighting for? An unsung renegade evading radar. And if there’s no existence to worship and adore. A lethal chemistry invades, as dark as war” (“For Another Lifetime”).

Parmi les compositions incontournables de Resistance figure l’enchaînement parfait de « A Missile », « Rise » et de son contrepoint « Stay Down »,  véritable joyau qui ouvre l’album. Le flamboyant « Missile » nous offre des consonances presque prog-metal (on y retrouve la puissance de The Wake relayée par la section rythmique carrée et irréprochable de Paul Cook et Tim Esau) avec un titre évocateur qui n’a d’égal que la puissance de feu de cette attaque frontale appuyée par des paroles incisives  («Now I know. Whatever lay beneath your skin. Was all that pulled me in »).  Ce premier morceau illustre à lui seul l’apport de Neil Durant, dont les claviers resplendissent sur un refrain impérial et dont le solo demeurera mémorable, même si certains, par excès de sentimentalisme, continuent à regretter le départ, dans le début des années 2000, de Martin Orford, l’un des membres du line-up originel et compositeur à part entière. « Rise » qui lui succède, nouveau plongeon dans l’univers torturé de Peter Nicholls, transpire un sentiment d’urgence porté par cet entêtant, tournoyant et hypnotique riff de Mike Holmes. Le très orchestrée « Stay Down » qui clôt magnifiquement cette séquence nous permet, avant d’imploser, d’apprécier la profondeur de la voix de Peter Nicholls qui se révèle encore plus dans les moments intimistes.

L’album comporte également ni plus ni moins que trois pièces musicales à tiroirs (entre 15 et 20 minutes). La plus réussie est sans conteste « For another life time ». Passé une introduction plutôt décalée, le morceau prend majestueusement son envol avec les premières mesures de la section rythmique (qui est tout simplement bluffante). La musique, toile parfaite du drame conté par Nicholls, appuie les mots qui se bousculent dans une progression inexorable jusqu’à ce cri ultime « It’s in the ground. Beneath my feet. From miles below. It’s in the air. It’s everywhere I know. So it’s all in the mind (…) In end out of sight”  jusqu’à ce dénouement faussement apaisé “For another lifetime forevermore”  avant un final extraordinaire « Holding on » qui file le grand frisson, entre les sonorités de claviers de Durant et le solo de Holmes.  Autre pièce charnière de cet album,  « Fall out », qui du haut de ses vingt minutes (même si un léger ton en dessous de « For another lifetime »), met encore en exergue le travail d’orfèvre de Mike Holmes et nous gratifie d’un passage au piano d’une beauté confondante aux deux tiers du morceau.

Avec Resistance IQ publie donc un album qui viendra consolider sa légende. Une certitude cependant: si IQ n’avait pas su vous convaincre à ce jour n’attendez pas de ce nouvel album une quelconque révélation. En effet, le groupe ne dévie pas d’un iota de sa trajectoire musicale et la continuité dans la formule déclinée, notamment depuis Frequency  en est flagrante.  En résumé, avec Resistance, IQ égale IQ.  Ce qui est un exploit en soi.

IQ – RESISTANCE

IQ - Resistance (2019)

Titre : Resistance
Artiste : IQ

Date de sortie : 2019
Pays : Angleterre
Durée : 108’37
Label : Giant Electric Pea

Setlist

CD 1 (52:58)
1. A Missile (6:40)
2. Rise (6:49)
3. Stay Down (7:55)
4. Alampandria (3:48)
5. Shallow Bay (6:21)
6. If Anything (6:03)
7. For Another Lifetime (15:22)

CD 2 (55:39)
1. The Great Spirit Way (21:45)
2. Fire and Security (5:26)
3. Perfect Space (8:33)
4. Fallout (19:55)

Line-up

– Peter Nicholls / lead & backing vocals
– Michael Holmes / guitars, producer
– Neil Durant / keyboards
– Tim Esau / bass, bass pedals
– Paul Cook / drums, percussion

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A propos de l'auteur

C’est la découverte de la pochette de l’album « Killers » en 1981, ce rictus grimaçant dans les rues mal éclairées de l’East end londonien, œuvre de Derek Riggs, dessinateur attitré de la Vierge de Fer, qui fut à l’origine de mon parcours musical. Il me faudra toutefois attendre l’acquisition du single « Flight Of Icarus » en 1983 pour enfin découvrir la proposition musicale derrière l’illustration visuelle. C’est dans doute pour cela, qu’au-delà d’une passion pour un style musical, j’ai développé un goût prononcé pour l’iconographie et par extension, pour le soin apporté à présenter un album comme une œuvre globale. Un visuel, une musique, une narration – une parfaite invitation à des voyages immobiles fascinants. Du Heavy Metal au hard-rock plus globalement (dans toutes ses infinies composantes), en passant entre autres par le rock progressif, le jazz-rock, le trio-jazz, l’électro, le classique et sans oublier une certaine chanson française avec en premier lieu le grand Léo Ferré, poète post-moderne avant l’heure. De l’amour des mots est née une passion pour la littérature, des classiques contemporains (Montherlant, Gracq, Aragon) à l’anticipation (Serge Brussolo, l’auteur fétiche de mes nuits blanches avec sa contribution inestimable à la collection Fleuve Noir). Enfin, de la littérature au cinéma avec le plaisir à chaque fois renouvelé d’aller aux festivals de Gerardmer et Deauville chaque année. A l’heure de proposer ici quelques critiques d’albums ou autres, je garde à l’esprit la phrase de Prévert à Carné au sujet du film « Les Portes de la Nuit », « J’en ai marre de bosser dix mois sur un scenario pour me faire engueuler en dix lignes par un con de critique ». Tout est dit.

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