Rick Wakeman - The Red Planet
4.8Note Finale

La thématique du cosmos a toujours exercé un véritable attrait chez Rick Wakeman comme en attestent certains de ses précédents projets solo à date (No earthly connection en 1976, 2000 AD into the future en 1993 et Out there en 2003). C’est la planète rouge, Mars, qui est à l’honneur avec ce nouvel effort discographique. Et l’on peut comprendre cette fascination pour cette planète tellurique qui, il y a des millions d’années, aurait bénéficié d’un champs magnétique (dont on trouve encore des résidus) et possédé des mers salées, des lacs d’eau douce et un cycle de l’eau. Mieux encore, comme révélé récemment, le robot Curiosity a découvert des molécules organiques sur Mars en 2018. De quoi exciter l‘imagination des hommes et, preuve en est, nourrir l’imagination du prolifique claviériste Rick Wakeman, autant connu pour ses heures de gloire avec YES, le temps de quelques albums essentiels (notamment Fragile, Close to the Edge, Tales from the Topographic Oceans et Going for the one) que pour ses multiples incartades solos (plus de 90 albums) dans lesquelles certains tours de force côtoient des opus plus dispensables.

Le voyage auquel nous convie ici Wakeman épouse parfaitement les reliefs de Mars, des vastes plaines de l’hémisphère sud aux cratères colossaux de l’hémisphère nord et ces volcans boucliers titanesques, avec des titres de compositions qui renvoient directement aux lieux emblématiques de la planète rouge. La musique se fait tour à tour majestueuse et solennelle (« Ascraeus mons »), énigmatique (« Tharsis tholus » avec ce solo de Moog mémorable qui nous semble nous propulser vers l’hyperespace), conquérante  (« Arsia Mons »), onirique (« South Pole ») ou encore solaire (« Pavonis mons »). Enfin, l’intro de « North Plain » semble nous inviter à faire l’expérience sonore du vide intersidéral. Wakeman, sans doute revigoré par son escapade AWR (Anderson Wakeman Rabin), renoue avec l’inspiration pour nous offrir ici une leçon magistrale de rock progressif. Une grande partie de la musique de cet album était d’ailleurs initialement destinée à l’enregistrement du fameux album studio de AWR qui ne verra sans doute jamais le jour (à notre grand regret). Contrairement au sous-estimé  Out there (sur lequel brillait l’excellent chanteur Damian Wilson, teintant l’album d’accents prog-métal)  The Red Planet nous propose un format complètement instrumental.

Wakeman, appliquant à la lettre le conseil que lui avait prodigué Bowie en 1970 de « ne pas chercher à s’entourer des meilleurs musiciens du monde mais plutôt de ceux qui comprennent réellement ce que tu fais » a fait appel à ses fidèles Lee Pomeroy à la basse (qui aura particulièrement brillé lors de la tournée AWR sur les partitions du regretté Chris Squire) et Dave Colqhoun (guitare) et s’est adjoint les services du musicien de studio, Ash Soan, à la batterie. Mais qu’on ne s’y trompe pas, même si son « English Rock Ensemble » joue plus que solidement, ce sont bien les lumineux claviers de Wakeman qui sont encore une fois à l’honneur ici.  La richesse comme la multiplicité des sonorités proposées ici à grand renfort de mini-moog, mellotron, orgue hammond et divers synthétiseurs est juste bluffante. Et pour cause, Wakeman explique avoir réécouté une grande partie de son œuvre pour isoler toutes ces sonorités qui l’avaient fait vibrer et tenter de les faire ressurgir sur cet album. The Red Planet oscille dès lors entre la fin des années 70 et le début du néo-prog. On y retrouve des réminiscences de YES ainsi que quelques intonations Crimsoniennes – comme dans le final de « Tharsis Tholus » mais aussi des parties de claviers qui auraient fait le bonheur d’ASIA. La production, même si elle manque un peu de relief, permet toutefois d’ancrer cet album dans une relative modernité en lui offrant la puissance et la dynamique requises, notamment sur les passages les plus frontaux. Autre belle réussite, Wakeman, parvient à nous surprendre constamment sur des morceaux pourtant relativement courts puisque la moyenne des compositions ne dépasse pas les 6 à 7 minutes. Et, paradoxalement, c’est le titre le plus long (« Valles Marineris » affichant 10 minutes au compteur) qui se révèle être le plus linéaire et peut-être le moins intéressant.

The Red Planet est un magnifique voyage astral porté par un Rick Wakeman au sommet de son art. Cet album de prog rock inspiré, puissant, accessible et symphonique est l’un des meilleurs de sa carrière. Indispensable, oserais-je.

RICK WAKEMAN – THE RED PLANET

Rick Wakeman - The Red Planet (2020)

Titre : The Red Planet
Artiste : Rick Wakeman

Date de sortie : 2020
Pays : Angleterre
Durée : 55’21
Label : R&D MultiMedia

Setlist

1. Ascraeus Mons (5:52)
2. Tharsis Tholus (6:16)
3. Arsia Mons (6:10)
4. Olympus Mons (5:20)
5. The North Plain (6:53)
6. Pavonis Mons (7:13)
7. South Pole (7:35)
8. Valles Marineris (10:02)

Line-up

– Rick Wakeman / keyboards
– Dave Colquhoun / guitars
– Lee Pomeroy / bass
– Ash Soan / drums

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A propos de l'auteur

Stéphane Rousselot

C’est la découverte de la pochette de l’album « Killers » en 1981, ce rictus grimaçant dans les rues mal éclairées de l’East end londonien, œuvre de Derek Riggs, dessinateur attitré de la Vierge de Fer, qui fut à l’origine de mon parcours musical. Il me faudra toutefois attendre l’acquisition du single « Flight Of Icarus » en 1983 pour enfin découvrir la proposition musicale derrière l’illustration visuelle. C’est dans doute pour cela, qu’au-delà d’une passion pour un style musical, j’ai développé un goût prononcé pour l’iconographie et par extension, pour le soin apporté à présenter un album comme une œuvre globale. Un visuel, une musique, une narration – une parfaite invitation à des voyages immobiles fascinants. Du Heavy Metal au hard-rock plus globalement (dans toutes ses infinies composantes), en passant entre autres par le rock progressif, le jazz-rock, le trio-jazz, l’électro, le classique et sans oublier une certaine chanson française avec en premier lieu le grand Léo Ferré, poète post-moderne avant l’heure. De l’amour des mots est née une passion pour la littérature, des classiques contemporains (Montherlant, Gracq, Aragon) à l’anticipation (Serge Brussolo, l’auteur fétiche de mes nuits blanches avec sa contribution inestimable à la collection Fleuve Noir). Enfin, de la littérature au cinéma avec le plaisir à chaque fois renouvelé d’aller aux festivals de Gerardmer et Deauville chaque année. A l’heure de proposer ici quelques critiques d’albums ou autres, je garde à l’esprit la phrase de Prévert à Carné au sujet du film « Les Portes de la Nuit », « J’en ai marre de bosser dix mois sur un scenario pour me faire engueuler en dix lignes par un con de critique ». Tout est dit.

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