Redemption - I Am the Storm
4.5TOP 2023

A l’extrémité la plus heavy du spectre prog metal figure Redemption, un groupe qui mérite amplement sa place dans la discothèque idéale de tout passionné de ce courant musical, ne serait-ce qu’au regard des trois disques indispensables que sont Fullness of Time (2005), Origins of Ruins (2007) et Snowfall on Judgment Day (2009). Et l’on pourrait même ajouter The Art of Loss (2014) qui comporte plusieurs moments de grâce.

Le style du groupe, tel qu’établi par son fondateur Nick Van Dyk, est caractérisé par un maillage musical très serré, une technique irréprochable et une signature sonore reconnaissable entre mille, au croisement d’un riffing très heavy et de mélodies travaillées, le tout au service de titres assez immédiats. Avec, en saisissant contraste et de manière assez unique, un chant plutôt posé dans des tonalités plus médium, dimension inaugurée avec l’arrivée de l’emblématique Ray Alder (Fates Warning) en 2004 et reconduite, à sa façon, par son successeur Tom Englund (Evergrey). Ce qui confère ce sentiment d’une brutale élégance à l’écoute de la musique du groupe. Et si succéder à Ray Alder, devenu très rapidement un des éléments clés du dispositif Redemption (rappelons au passage qu’il n’a jamais aussi bien chanté qu’avec ce groupe dont la musique sied particulièrement à sa voix), ne s’annonçait pas chose aisée, le suédois Tom Englund a néanmoins repris le flambeau avec succès dès Long Night’s Journey into Day (2018). Avec une réelle sensibilité qui se révèle plus que jamais sur ce nouvel album comme l’illustre « The Emotional Depiction of Light » permettant de mieux percevoir toutes les nuances de son chant. Enfin, on notera une propension constante à proposer des textes d’une forte résonance, d’inspiration assez personnelle sur des sujets plutôt complexes, contribuant encore à distinguer le groupe de ses pairs.

Si le blue print de la musique du combo a très peu évolué au fil des années, oscillant entre ses différents pôles, ce nouvel album propose néanmoins une dimension prog et cinématographique assez prononcée, l’influence peut-être du brillant claviériste Vikram Shankar (qui a collaboré avec de nombreux groupes et artistes, aux rangs desquels Lalu, Silent Skies, Ross Jennings, John Holden etc…). Le musicien avait rejoint le groupe en 2018 mais s’exprime ici pour la première fois en studio, apportant au groupe de nouvelles fulgurances créatives. Redemption brille d’ailleurs plus encore sur les titres les plus longs de l’album. Plus aérés et avec une ampleur parfois plus théâtrale et, surtout, d’un durée bien dosée pour permettre des développements intéressants tout en maintenant l’attention. Parmi ceux-ci se distingue tout d’abord « Action at a distance » porté par un grand élan mélodique et une détermination dans l’exécution relayant magnifiquement un texte très original (une fois de plus), tout à la fois prise de conscience, espoir et promesse d’un lien indéfectible entre deux êtres sur la base du phénomène scientifique d’intrication quantique (!). Egalement, « Remember the Dawn » qui nous rappelle que nos vies sont inéluctablement un entrecroisement de moments solaires et de périodes plus sombres. Son intro, véritable épitome du prog-metal, évoque une proximité avec Dream Theater. On se souviendra que Redemption, remarqué par Mike Portnoy, avait assuré une partie de la tournée américaine des new-yorkais dans le cadre de la promotion de Systematic Chaos (2007) et que ces liens ainsi noués avaient permis de retrouver James Labrie au micro en tant qu’invité de marque sur le furieux titre « Another Day Dies » (Snowfall on Judgement Day).

Les titres plus courts de ce nouvel album ne sont pas en reste. « Seven Minutes From Sunset« , condensé emblématique de la formule Redemption, s’impose avec ce refrain percutant comme un futur classique. « I Am The Storm »  accentue la dimension heavy du groupe, avec un riff d’ouverture qui rappelle « The Death of Faith and Reason » (Origins of Ruins), sans pour autant négliger l’aspect mélodiqueLe sombre « Resilience » se fait l’écho de l’héritage heavy metal avec une véritable déferlante en guise d’intro.

Enfin, fidèle à une tradition désormais ancrée, le groupe reprend des titres auxquels on ne s’attendrait clairement pas de la part d’un groupe de prog-metal. Les musiciens qui nous ont gratifié de par le passé de reprises de U2, The Who, Jefferson Starship ou encore Tori Amos (!) et s’attaquent désormais ici à Genesis avec « Turn it on Again » et, pour rester dans un univers proche, au « Red Rain » de Peter Gabriel. Les versions de Redemption restent généralement fidèles à l’original. Il ne s’agit pas de réinventer les compos mais tout simplement de les muscler et de leur conférer une plus grande dynamique. A ce titre, le cover de Genesis est le plus convaincant des deux titres, même si la partition vocale prend quelques libertés.

Suite à la mise en retrait forcée depuis 2014, pour raisons de santé, du virtuose Bernie Versailles (Agent Steel), Nick continue à s’adjoindre les services de différents guitaristes tout aussi remarquables comme Simone Mularoni (DGM, Sunstorm), Chris Poland (ex-Megadeth) and Henrik Danhage (Evergrey), de quoi maintenir le niveau technique tout au long des compositions. D’autant plus que l’on retrouve aussi sur ce disque la rythmique basse batterie hors pair constituée des fidèles Sean Andrews et Chris Quirarte, tout autant artisans clés de la signature sonore de Redemption. D’ailleurs, avec tout le respect dû à Stewart Copeland, la partition de Chris sur la reprise « Red Rain » est tout simplement époustouflante.

Sans égaler l’âge d’or de la première décennie des années 2000 et sans fondamentalement se réinventer, Redemption nous livre ici pour autant, avec I Am the Storm, un très bon album.

Photo by Stephanie Cabral

REDEMPTION – I AM THE STORM

Redemption - I Am the Storm (2023)

Titre : I Am the Storm
Artiste : Redemption

Date de sortie : 2023
Pays : États-Unis
Durée : 71’20
Label : AFM Records

Setlist

1. I Am the Storm (4:28)
2. Seven Minutes from Sunset (4:29)
3. Remember the Dawn (8:27)
4. The Emotional Depiction of Light (6:11)
5. Resilience (4:37)
6. Action at a Distance (14:20)
7. Turn It On Again (Genesis cover) (4:20)
8. All This Time (and Not Enough) (12:37)
9. The Emotional Depiction of Light (Vikram’s remix) (6:13)
10. Red Rain (Peter Gabriel cover) (5:38)

Line-up

– Tom Englund / vocals
– Nick Van Dyk / guitar, keyboards
– Sean Andrews / bass
– Chris Quirarte / drums
– Vikram Shankar / keyboards
– Bernie Versailles / guitars

With:
– Chris Poland / guitar
– Simone Mularoni / guitar
– Henrik Danhage / guitar

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