La barre était haute. Très haute. Après Le Fabuleux Envol de Dieter Böhm (2020), sans aucun doute un des meilleurs albums du genre de ces dernières années (rien que ça !), une pandémie puis le départ du guitariste Gédéric Byar remplacé par Arnaud Beyney, Lazuli partait au fournil de son nouvel album avec un certain sens du défi. Mais nos amis ont du panache et 11, comme les onze morceaux qui le composent, va dès lors s’amuser à baguenauder sur le fil du rasoir, sans chercher à reproduire le sans faute précédent, préférant les chemins de traverse et le plaisir simple des ballades. Comme toujours, pas de morceaux fleuves mais des chansons tendues, avec des mélodies qui enveloppent un sens du verbe et de la rime espiègle. La forme, le fond, et plus si affinités. A ce petit jeu, « Qui d’Autre que l’Autre » séduit immédiatement, par la simplicité d’un chant qui pèse et pose chaque mot avec justesse et leur donne le poids suffisant pour s’emballer autour de soli qui écartent les parenthèses. Le paradoxe de Lazuli, plus connu à l’étranger que dans son propre pays, est planté. Mais avant cela, l’album picore déjà sur des terres fertiles assez connues où le chant de Dominique Leonetti s’impose sans forcer (« Triste Carnaval », « Silloner des Océans de Vinyles »). Tout ce petit monde navigue alors entre titres lumineux (« Égoïne », « Lagune Grise », « Parlons du Temps ») et d’autres plus évidents (« Le Pleureur sous la Pluie », « Les Mots Désuets ») sans jamais plier sous la facilité. L’ensemble s’enivre même, telle cette « Bétaillère » chargée de chevrotine matinée d’orchestral avant de revenir sur des atmosphères plus délicats (« Mille Rêves Hors de leur Cage », « Le Grand Vide ») qui s’enroule autour de leur mélodie. Certains pourront toujours tacler que ce très bel album manque parfois d’envolées, de déchaînements passionnés, à grands coups de guitare ou de Léode, mais c’est oublier que l’on reste constamment dans un univers à la fois feutré et ouvert aux turpitudes. Comme le calme d’un constat sans appel qui préfigure la tempête à venir.
ENGLISH VERSION
The bar was high. After Le Fabuleux Envol de Dieter Böhm (2020), undoubtedly one of the best albums of the genre of these last years (only that!), a pandemic then the departure of the guitarist Gédéric Byar replaced by Arnaud Beyney, Lazuli left to the bakery of its new album with a certain sense of challenge. But our friends have panache and 11, like the eleven tracks that compose it, will have fun wandering on the edge of the razor, without trying to reproduce the previous faultlessness, preferring the side roads and the simple pleasure of ballads. As always, no long tracks but tense songs, with melodies that wrap a sense of word and rhyme mischievous. The form, the content, and more if affinities. At this little game, « Qui d’Autre que l’Autre » seduces immediately, by the simplicity of a song that weighs and poses each word with accuracy and gives them enough weight to get excited around solos that break the brackets. The paradox of Lazuli, more known abroad than in his own country, is planted. But before that, the album already picks up on fertile lands quite known where the song of Dominique Leonetti imposes itself without forcing (« Triste Carnaval », « Silloner des Océans de Vinyles »). All this little world sails then between luminous titles (« Égoïne », « Lagune Grise », « Parlons du Temps ») and others a little more obvious (« Le Pleureur sous la Pluie », « Les Mots Désuets ») without ever bending under the facility. The whole is even intoxicating, such as this « Bétaillère » loaded with buckshot and orchestral before returning to more delicate atmospheres (« Mille Rêves Hors de leur Cage », « Le Grand Vide ») that wrap themselves around their melody. Some will always be able to tackle that this very beautiful album misses sometimes flights, of passionate outbursts, with big blows of guitar or Léode, but it is to forget that one remains constantly in a universe at the same time felted and opened to the turpitudes. The calm of a statement without appeal which prefigures the storm to come.
LAZULI – 11

Titre : 11
Artiste : Lazuli
Date de sortie : 2023
Pays : France
Durée : 54’19
Label : L’Abeille Rôde
Setlist
1. Sillonner des océans de vinyles (5:03)
2. Triste carnaval (5:03)
3. Qui d’autre que l’autre (4:36)
4. Égoïne (5:22)
5. Lagune grise (5:21)
6. Parlons du temps (5:05)
7. Le pleureur sous la pluie (5:04)
8. Les mots désuets (3:09)
9. La bétaillère (4:05)
10. Mille rêves hors de leur cage (6:20)
11. Le grand vide (5:11)
Line-up
– Dominique Leonetti / vocals, guitars
– Arnaud Beyney / guitar
– Claude Leonetti / Léode
– Romain Thorel / keyboards, French horn
– Vincent Barnavol / drums & percussion, marimba

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