Né de l’union de musiciens déjà bien établis de la scène rock-progressif britannique (Riversea, Mostly Autumn, Heather Findlay), le groupe Moon Halo façonne son univers musical depuis 2020 avec une formule qui oscille entre pop-prog élégante et rock mélodique, à la coloration 80’s prononcée, et dont l’apparente légèreté dissimule une réelle profondeur – une filiation évidente avec Downes Braide Association. Le titre de ce troisième album du collectif n’a d’ailleurs rien d’anodin, Trichotomy renvoyant entre autres à la doctrine biblique qui considère l’homme comme un être à trois dimensions – corps, âme et esprit – et souligne l’importance de la vie intérieure et spirituelle. Un axe conceptuel qui traverse tout l’album en filigrane, au travers de textes très réfléchis, portés par les somptueuses lignes vocales de Marc Atkinson, prolongeant une réelle finesse dans l’écriture des compositions.
Le groupe semble vouloir nous convier à un voyage empreint de nostalgie, à l’image de l’intro de “Siren Song“ où le craquement familier d’un vieux 33 tours, exhumé d’une pile de vinyles oubliés, s’efface doucement pour laisser place à de sublimes notes de piano qui s’égrènent avec lenteur, avant que le morceau ne s’ouvre sur une mélodie lumineuse, – comme cette espérance de retrouver le chemin de l’âge d’or (« We can catch the lightning one more time. Let there be no end to this my friends / L’éclair peut embraser nos mains une fois de plus. Que jamais ne s’éteigne cette flamme entre nous, mes amis »). La dimension prog est illustrée par le superbe break – entre claviers et orgue Hammond. Beaucoup plus sombre, “Empires Burning“, articulé autour d’un riff lourd en sourdine et d’un sublime refrain, dramatiquement prophétique, est une bascule vers notre temps présent, nous rappelant que nous sommes sur le fil du rasoir et martelant l’urgence de l’action, à l’image du final au tempo enlevé et de son solo incisif. “Punchline“ renoue avec une pop rock aérienne et solaire, magnifiée par un refrain totalement 80’s qui aurait été très certainement porté aux nues dans les charts de l’époque. Derrière le texte au ton plus doux-amer qu’il n’y paraît affleure une réflexion sur la solitude de celui dont le rôle est de faire rire les autres (à l’instar du “Tears of a Clown“ de la Vierge de Fer). Ce disque se plaît à multiplier les odes : tout d’abord avec “Are You With Me“, ode humaniste et pacifiste face à la division et à la haine, qui surprend par son groove pop électro dansant, très éloigné des rivages prog, et par son mantra fédérateur (« One love / Un amour universel »). Ensuite avec “You, Me & Everybody“, plus étoffé, qui s’ouvre sur les claviers lumineux de Iain Jennings à la manière d’un manifeste planétaire : accusateur mais pourtant plein d’espoir, avec deux dernières minutes qui permettent à la guitare de Martin Ledger de s’enflammer dans un solo cathartique. Et enfin, “Don’t Go Changing“, ode cette fois à l’amour dans sa plus simple expression : aimer l’autre tel qu’il est, dans la proximité silencieuse. Une poésie du quotidien, où l’émotion naît de la constance et de la simplicité – la parenté dans le texte avec Billy Joel y est pleinement assumée. Moon Halo intercale également une pièce plus introspective, “The Things That I’ve Done“, empreinte d’une mélancolie que n’aurait pas reniée Steve Hogarth. La guitare prend elle-même des accents chers à Steve Rothery, lorsque celui-ci joue de manière volontairement plus bluesy. Se dégage des paroles, prière ou cri de détresse, une douleur qui tourne en boucle, illustrant cette incapacité à savoir parfois pardonner à soi-même. Avec “Truth“, le morceau le plus direct et le plus rock de l’album, porté par les synthés accrocheurs, un riff percutant et un refrain mémorable, le groupe signe un cri lucide contre la manipulation médiatique et sociale, véritable avertissement face aux mensonges qui nous anesthésient. La dimension progressive s’exprime enfin à pleine puissance au travers de “Nobody Is Perfect“ d’une esthétique très Pink Floydienne, abordant le thème du pardon et de la réconciliation, et surtout avec l’épique “The Masterplan“ (8 minutes), méditation poétique et existentielle sur le destin de l’humanité, entre constat apocalyptique et recherche de sens, qui clôt superbement l’album sur une note dense, privilégiant une seconde partie de composition intégralement instrumentale, alternant soli de claviers flamboyant et de guitare ciselé dans une tension dramatique permanente.
Trichotomy est, sans conteste aucun, le meilleur album à date de la discographie de Moon Halo, parvenant ici à un équilibre rare : offrir un disque très accessible, entre pop et rock, mais constamment ornementé d’éléments progressifs soulignant les racines musicales premières du groupe et complété par une certaine exigence dans les thèmes abordés. Laissez-vous porter par ce disque où voix, claviers et guitares s’unissent intelligemment pour distiller des mélodies inoubliables.
MOON HALO – TRICHOTOMY

Titre : Trichotomy
Artiste : Moon Halo
Date de sortie : 2025
Pays : Angleterre
Durée : 69’51
Label : –
Setlist
01. Light in the World (6:12)
02. Together Again (5:30)
03. Embrace This Life (5:55)
04. If This is All There Is (4:22)
05. We’ve Still Got Time (5:50)
06. Wasteland (5:09)
07. Reconnected (5:10)
08. About Me and You (3:31)
09. Stories to Tell (6:01)
10. Back to Normality (4:29)
11. It Was You (5:54)
12. The Sandman is Waiting (6:32)
13. Life Goes On (5:16)
Line-up
Marc Atkinson (Riversea, Lee Abraham, Nine Stones Close) : chant principal, chœurs
Iain Jennings (Mostly Autumn, Breathing Space) : claviers et programmation
David Clements (Riversea): Guitare basse
Alex Cromarty (Riversea, Mantra Vega, Heather Findlay) : Batterie Martin Ledger (Heather Findlay): Guitares
Anne-Marie Helder (Karnataka, Panic Room): chants supplémentaires

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