DAAL - Decoding the Emptiness
4.5TOP 2025

Le duo italien DAAL, actif depuis 2008, signe avec Decoding the Emptiness une passionnante œuvre de maturité – sans conteste le meilleur album de toute sa discographie. On retrouve avec bonheur cette signature musicale originale qui associe les claviers vintage (Mellotron, Minimoog, Moog Sub-37, Hammond, Rhodes) et les synthés modernes (Roli Seaboard, effets sonores) d’Alfio Costa aux percussions atypiques de Davide Guidoni – qui se révèle être plus qu’un simple batteur au regard de sa capacité à scénariser chacune de ses frappes. Le duo s’adjoint également de nouveau ici les services de divers invités, dont le guitariste Ettore Salati et le bassiste Roberto Aiolfi. Avec pour résultat un rétro-prog presque exclusivement instrumental, porté par un son à la fois organique et futuriste, qui parvient néanmoins le tour de force de raconter de véritables histoires en s’appuyant uniquement sur la texture sonore, la dramaturgie et l’architecture musicale. Un nouveau cap est ici franchi avec une musique dense qui, tout en continuant à évoquer tour à tour King Crimson, Van Der Graaf Generator, Goblin, Tangerine Dream et parfois Pink Floyd, déjoue la narration classique et prend le temps de se déployer avec intelligence, richesse et finesse, plus inspirée que jamais. Côté thème, plus qu’une simple allégorie du vide, Decoding the Emptiness est avant tout une tentative d’exploration ou de déchiffrement de ce qu’est le vide — pas seulement dans un sens physique, mais aussi à titre émotionnel, existentiel et spirituel. Cette sensation de déambulation poétique dans les couloirs du vide, véritable voyage intérieur construit avec soin, est accentuée par les effets de boucle ou d’écho qui suggèrent un univers en expansion ou en dissolution. La quasi-absence de voix humaines renforce, quant à elle, l’impression de solitude sonore, tout en permettant aussi à chacun de se livrer à sa propre interprétation.

“Decoding the Emptiness“ est le magistral prologue symbolique de cette odyssée sur fond de nappes de claviers somptueuses, avec un chant qui gagne progressivement en intensité. Ce lent décryptage d’un vide obsédant revêt de nombreuses formes tout au long de l’album. “Attic Clouds“, plus lent et parfois évanescent, nous enseigne que ce vide n’est pas pur néant, mais imprégné de traces diffuses d’un passé en suspension – à l’image des structures musicales qui se chevauchent comme des strates de mémoire, jusqu’à un final magnifiquement orchestré. Avec “Twilight“, le vide devient un ensorcelant état liminaire, de glissement et d’incertitude – ce moment transitoire entre lumière et obscurité. La musique prend aussitôt une autre dimension, entre troublante partition de piano, voix grave, lignes de basse et claviers aux résonances tragiques, et texte douloureusement métaphorique (« I had to let you go to follow the rainbow / j’ai accepté de te perdre pour rejoindre l’arc-en-ciel »). “Horror Vacui“ exprime, dans une lente mise en tension, l’angoisse du vide avec un sens du drame prononcé, alternant moments intimistes et passages oppressants. “Simulacra“, à la structure froide, répétitive et désincarnée, emplie d’échos numériques, incarne ce vide que constituent le faux et l’imitation, sources d’effacement du vivant. “Mademoiselle X“ est une parenthèse lumineuse et pacifiée, véritable respiration et interlude méditatif, qui réintroduit l’humain, certes sous forme d’une présence floue, et confère au vide une dimension rassurante, tendre et troublante. Le sommet de l’album est atteint avec l’épique, dramatique et labyrinthique “D.O.O.M. (Mortuarii Octavarii Obscuri Declamatio)“, une suite hautement progressive dans la tradition d’un rock symphonique sombre. Véritable confrontation à l’ultime vide existentiel – la mort – la composition s’apparente à un rite cérémoniel, à la fois descente vers l’abîme et tentative de retrouver la lumière, en un mot… profondément cathartique. “Return from the Spiral Mind“ clôture ce voyage par un lent, lucide mais fragile retour vers la réalité et célèbre l’expérience avec notamment un pré-final remarquable, empreint de vibrantes sonorités psychédéliques absolument magiques.

Decoding the Emptiness, tentative de compréhension du vide – comme on décrypterait un langage oublié – est une réussite absolue qui confirme la place unique de DAAL dans le paysage progressif contemporain. Une œuvre ambitieuse et maîtrisée, d’une esthétique singulière. Hautement recommandée.

DAAL – DECODING THE EMPTINESS

DAAL - Decoding the Emptiness (2025)

Titre : Decoding the Emptiness
Artiste : DAAL

Date de sortie : 2025
Pays : Italie
Durée : 65’56
Label : Ma.Ra.Cash Records

Setlist

1. Decoding The Emptiness (8:53)
2. Attic Clouds (7:56)
3. Twilight (7:02)
4. Horror Vacui (7:40)
5. Simulacra (6:19)
6. Mademoiselle X (5:41)
7. D.o.o.m. (Mortuarii Octavarii Obscuri Declamatio) (13:00)
8. Return From The Spiral Mind (Bonus Track) (9:25)

Line-up

– Alfio Costa / piano, Rhodes piano, Hammond organ, Mellotron, Minimoog, Moog Sub-37, Roli Seaboard and other synths
– Davide Guidoni / drums, acoustic percussions, noises and samplers
– Ettore Salati / guitars
– Bobo Aiolfi / basses

With:
– Joe Sal / vocals (1)
– Alphabeard / vocals (3)

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