Dream Theater - Black Clouds & Silver Linings
4.0Note Finale

Longtemps, Dream Theater s’est contenté de séduire les amateurs d’un métal défloré aux influences progressives, faisant le bonheur d’un fan club en expansion régulière. Or, en 2009, sa position dominante, mise à mal par une tripotée de formations de cheveulus aux doigts agiles, ne lui permettait pas de s’endormir sur des lauriers tressés tour à tour avec Images and Words (1992) et surtout le monolithe Scenes From A Memory (1999) ; un statut que l’on tiendra pour un privilège en chausse trappe.

Avec Black Clouds & Silver Linings, les américains tapageurs poursuivaient à leur rythme d’un album tous les deux ans en dépassant une nouvelle fois les soixante-quinze minutes de musique tous azimuts. On rappelera juste qu’une telle productivité n’est pas si étonnante (Neal Morse, Steven Wilson ou Roine Stolt peuvent en témoigner), mais l’essoufflement subit par le quintet depuis le début du millénaire ne leur permettait plus de bombarder l’auditeur de ses anciennes fulgurances. Première sensation, les nouvelles ambitions affichées dans les tentatives atmosphériques de Chaos In Motion sont ici dépassées. Même si les musiciens parviennent encore à bluffer leur monde, la sensation de réécouter les mêmes gimmicks pourra obérer sérieusement l’appréciation du disque.

La production, toujours signée Portnoy/Petrucci, monte d’un cran et continue de les mettre au centre d’un martelage où surnage le chant de James LaBrie, plutôt mieux maîtrisé que sur les précédents albums. A l’opposé, on regrettera les nouvelles apparitions de grognements superflus et indigestes sur cet opus globalement malmené par une propension au boursouflage (« The Best Of Times ») qui n’hésite pas à assumer ses aspérités pompeuses entre deux passages chromés (« The Shattered Fortress ») et un single en guise de ballade façon AerosmithWither »). Épuisant ! Le sympathique n’était toujours pas convaincu de renouveler sa garde robe sonore pour éviter de tomber trop souvent dans l’auto complaisance passéiste. A l’opposé, comme un sacerdoce, John Myung, bien que très occupé, reste en retrait jusqu’à simuler l’effacement.

Au-delà de ces défauts devenus habituels, il faut également reconnaître que la semi réussite de « A Nightmare To Remember » (bien vrillé par instant) prépare le terrain au chaleureux « A Rite Of Passage », brûlant d’un refrain emballé-c’est-pesé et d’une seconde partie furieusement jouissive. L’album avoue également son petit côté inégal sur le morceau fleuve « The Count Of Tuscany » qui impose une maîtrise technique rarement visitée en suggérant les influences de Yes, Rush et Pink Floyd. Lové dans des canevas rodés à l’extrême, Dream Theater ne prend aucun risque. La musique, comme ultime planche de salut, retrouve ses armes favorites avec « The Shattered Fortress », dernière partie de la saga AA déjà constitué des blocs « The Glass Prison », « This Dying Soul », « The Root Of All Evil » et « Repentance ». L’excellent jeu de questions-réponses auto-référencées brode le morceau d’une écriture plus sombre que véritablement bleuté avec ses formidables cordes en introduction et son feeling à toute épreuve – John Petrucci délivre un solo final d’une grande sensibilité. Le résultat satisfait par un niveau nettement au dessus du tout venant.

Black Cloulds & Silver Linings se définira également par son léger goût d’inachevé en même temps qu’il franchissait un cap. Tout au moins, achevait-il le cycle entâmé avec Six Degrees Of Inner Turbulence (2002). Un paradoxe que les musiciens se chargèrent de relayer en grandes pompes puisque l’album fut disponible en trois éditions : simple, double (avec des reprises) et un coffret assez surréaliste comprenant pêle-mêle la version instrumentale, une version vinyl, une lithographie signée par l’auteur de la pochette, Hugh Syme, un ticket pour éventuellement rencontrer le quintet et d’autres babioles encore. La douce loi du marketing faisait son office. En bon élève, Dream Theater suivit le mouvement. Imparable conclusion, les autres n’ont qu’à bien se tenir : l’heure de la retraite n’avait pas encore sonné. Par contre le glas avait sonné pour le batteleur Mike Portnoy, qui fut débarqué un peu plus tard d’un barnum qu’il avait largement contribué à créer et fructifié.

DREAM THEATER – BLACK CLOUDS & SILVER LININGS

Dream Theater - Black Clouds & Silver Linings (2009)

Titre : Black Clouds & Silver Linings
Artiste : Dream Theater

Date de sortie : 2009
Pays : États-Unis
Durée : 75’22
Label : Roadrunner Records

Setlist

1. A Nightmare to Remember (16:10)
2. A Rite of Passage (8:35)
3. Wither (5:25)
4. The Shattered Fortress (12:49)
5. The Best of Times (13:07)
6. The Count of Tuscany (19:16)

Disc Two: Cover songs

1. Stargazer [Rainbow] (8:11)
2. Tenement Funster / Flick of the Wrist / Lily of the Valley [Queen] (8:18)
3. Odyssey [Dixie Dregs] (8:00)
4. Take Your Fingers from My Hair [Zebra] (8:18)
5. Larks’ Tongues in Aspic, Part Two [King Crimson] (6:32)
6. To Tame a Land [Iron Maiden] (7:15)

Line-up

– John Petrucci / guitar
– John Myung / bass
– Mike Portnoy / drums
– James LaBrie / vocals
– Jordan Rudess / keyboards

Guest Musicians:
– Jerry Goodman / Violin (The Best of Times, Odyssey, Larks’ Tongues in Aspic, Part Two)

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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