Que de chemin parcouru par l’ex-Buggles depuis The Age of Plastic (1980), cet album clé du mouvement synth-pop contenant le tube planétaire “Radio Killed the Video Star“. Un fugace passage par Yes qui permet à la légende du rock progressif en perdition de mettre un pied dans les années 80 grâce à l’album Drama, avant que la tournée en demi-teinte ne conduise néanmoins à l’implosion du groupe. L’occasion pour Trevor Horn de se consacrer presque exclusivement à une carrière d’auteur-compositeur-producteur, enchainant au cours des décennies qui suivent, renommée internationale à l’appui, des réussites majeures avec des artistes tels que ABC, Frankie Goes To Hollywood, Seal, Grace Jones, Pet Shop Boys, Simple Minds ou encore Blackfield (album Welcome to my DNA). Et ne tenant pas rigueur aux fans de Yes qui l’ont fréquemment hué pendant la tournée Drama, on le retrouve aussi à la manœuvre derrière la production de 90125 (album controversé mais au succès commercial massif), expérience qu’il poursuit avec Big Generator, puis avec l’excellent Fly From Here.
Avec Echoes: Ancient & Modern, Trevor Horn réussit globalement la prouesse de donner une seconde vie à une flopée de tubes qui l’ont marqué, de la fin des seventies au début des années 2000. Avec un talent indéniable. Tout d’abord parce qu’il en propose une relecture très personnelle, re-parcourant par ailleurs trois titres qu’il avait lui-même produits à l’époque (« Owner of a Lonely Heart« , « Slave to the Rhythm » et « Relax« ). Également, parce que chacune de ces versions bénéficie de son talent d’incontournable orfèvre du son. Et enfin, grâce au remarquable choix des différents chanteurs retenus pour compléter le line-up, constitué du producteur lui-même (Horn, musicien accompli, joue des claviers et de la basse sur l’ensemble du disque) et du célèbre guitariste Lol Creme (10cc, son compère sur le projet The Producers).
L’excitation fiévreuse prodiguée par les champs du possible d’une nuit dans la folie du New York des années 80 de « Steppin’ out » (Joe Jackson) se mue avec Trevor Horn en une soirée détendue sur la côte Ouest, loin du tumulte, empreinte de rêve et quasi contemplative, portée par la voix chaude de Seal. Le titre « Relax » de Frankie Goes to Hollywood prend une dimension quasi hypnotique et mystérieuse avec ces nouveaux arrangements, les interventions du guitariste Robert Fripp (Mr King Crimson) et la voix magnifique de sa compagne, Toyah Willcox. Le « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana se retrouve enveloppé d’un émouvant voile dramatique magnifié par la voix profonde, puissante et subtile de Jake Lukeman, dans laquelle résonnent ce désespoir et ce même sentiment du néant qui conduiront à l’irréversible, un jour d’avril 1994. Andrea Corr (The Corrs) nous plonge, avec une version très organique de « White Wedding » (Billy Idol), dans la torpeur d’un été plombant de l’immuable Sud profond des Etats Unis et ses routes poussiéreuses. « Personal Jesus« , des anglais de Depeche Mode, prend également une dimension foncièrement organique, dans un swing légèrement jazzy et très électrisé avec au micro, le chantre du rock proto-punk américain, l’inoxydable Iggy Pop. Et enfin, Lady Blackbird, qui a ébloui la sphère jazz de ses performances vocales, est absolument époustouflante sur « Slave to the Rhythm » (Grace Jones), portant le titre vers de nouveaux sommets d’émotion.
Le projet n’est néanmoins pas exempt d’imperfections. Steve Hogarth (Marillion), dont on connaît l’appétence pour la new wave, prête magnifiquement sa voix à une relecture très orchestrée de « Drive » (The Cars) qui n’égale pas pour autant la magie de l’original. De même, on retrouve avec bonheur la voix très expressive de Marc Almond (Soft Cell) sur « Love is a Battlefield » (Pat Benatar) qui gagne certes en modernité mais perd en fraîcheur et spontanéité. « Avalon » (Roxy Music), chanté par Trevor Horn lui-même, n’apporte pas grand-chose à l’original et n’en possède ni la finesse ni le charme. Enfin, « Owner of a Lonely Heart » (Yes) sonne plus comme un DJ remix, sur lequel la performance de Rick Astley, l’égérie éphémère des 80’s, manque cruellement de relief. Rien de rédhibitoire, bien entendu, au regard de la qualité de la majeure partie des titres de l’album.
Trevor Horn nous offre avec le bien nommé Echoes – Ancient & Modern un véritable projet artistique, capturant l’écho de lointaines mélodies pour mieux les retranscrire, en toute liberté et toujours avec une grande justesse.
TREVOR HORN – ECHOES: ANCIENT & MODERN

Titre : Echoes: Ancient & Modern
Artiste : Revor Horn
Date de sortie : 2023
Pays : Angleterre
Durée : –
Label : Deutsche Grammophon
Setlist
1. « Swimming Pools (Drank) » (featuring Tori Amos) – 3:56
2. « Steppin’ Out » (featuring Seal) – 4:24
3. « Owner of a Lonely Heart » (featuring Rick Astley) – 3:42
4. « Slave to the Rhythm » (featuring Lady Blackbird) – 4:17
5. « Love Is a Battlefield » (featuring Marc Almond) – 3:31
6. « Personal Jesus » (featuring Iggy Pop and Phoebe Lunny) – 3:26
7. « Drive » (featuring Steve Hogarth) – 3:54
8. « Relax » (featuring Toyah and Robert Fripp) – 4:06
9. « White Wedding » (featuring Andrea Corr and Jack Lukeman) – 4:33
10. « Smells Like Teen Spirit » (featuring Jack Lukeman) – 4:33
11. « Avalon » – 4:04
Line-up
Trevor Horn – keyboards (tracks 1–3, 5, 6, 8–10), guitar (3, 5, 9), background vocals (3, 5, 7–9), bass guitar (4–10), drum programming (4), double bass (7), vocals (11)
Guests:
Alan Clark – keyboards (tracks 1–9, 11), piano (2, 7, 8), synthesizer (8)
Julian Hinton – string arrangement (tracks 1, 4, 5, 7, 9, 10)
Tashya Lorien – background vocals (track 1)
Jon Evans – bass guitar (track 1)
Ash Soan – drums (track 1)
Tori Amos – piano, vocals (track 1)
Tim Weidner – programming (tracks 2–9, 11)
Lol Creme – guitar (tracks 2–4, 6, 8, 9, 11)
Simon Bloor – guitar (tracks 2, 4, 11), keyboards (2, 9)
Phil Palmer – guitar (tracks 2, 5–7, 9, 11)
Earl Harvin – drums (tracks 2, 7, 9, 10)
Jamie Muhoberac – bass guitar, keyboards (track 2); additional keyboards (9)
Izzy Chase – background vocals (track 2)
Steve Sidwell – trumpet (track 2)
Seal – vocals (track 2)
Jesper Nielsen – programming (tracks 3, 5, 8, 9)
Tessa Niles – background vocals (track 3)
Rick Astley – vocals (track 3)
Lady Blackbird – vocals (track 4)
Bryan Chambers – background vocals (track 5)
Louise Marshall – background vocals (track 5)
Marc Almond – vocals (track 5)
Mica Paris – background vocals (track 6)
Alex Torjussen – drums (track 6)
Phoebe Lunny – guitar (track 6)
Alex McArthur – guitar (track 6)
Jimmy Wood – harmonica (track 6)
Danny Cummings – percussion (track 6)
Dave McCracken – programming (track 6)
Iggy Pop – vocals (track 6)
Hayley Sanderson – vocals (track 7), background vocals (11)
Calum Landau – percussion (track 7)
Steve Hogarth – vocals (track 7)
Robert Fripp – guitar (track 8)
Toyah – vocals (track 8)
Jack Lukeman – vocals (tracks 9, 10)
Andrea Corr – vocals (track 9)
Alan Connor – piano (track 10)

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