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Sanguine Hum - A Trace of Memory
4.8TOP 2020

A Trace of Memory est frappé du sceau des grands artistes, de ceux qui abolissent les frontières, s’affranchissent des étiquettes, transcendent les genres, expérimentent, assemblent, construisent et démontrent in fine que, dans cette quête perpétuelle de l’émotion, l’éclectisme musical peut être une source incommensurable de richesses et donner naissance à de véritables joyaux. Sanguine Hum, au croisement de multiples et diverses influences, toutes magnifiquement digérées et intelligemment intégrées, vient à ce titre, avec ce cinquième opus, de trouver l’alchimie parfaite, se forgeant une identité propre et distillant ici un album tout aussi singulier qu’unique.

Si ce groupe d’Oxford puise très certainement dans l’héritage trop mésestimé du mouvement de Canterbury (l’ombre de Robert Wyatt), la texture musicale post-contemporaine dont il enveloppe chacune des compositions et pour laquelle il faudrait inventer un nouveau nom, entre rock progressif atmosphérique et jazz-rock acoustique, nous convie à une fusion parfaite entre l’esprit du regretté Esbjörn Svensson Trio (Still as the Sea), les structures répétitives d’un Philip Glass ou d’un Steve Reich (Thin Air), les variations techniques d’un King Crimson (The Yellow Ship, morceau de bravoure de 13 minutes) tout cela dans un juste équilibre de sonorités tantôt organiques tantôt électroniques (New Light) voir expérimentales et intégrant même des motifs franchement métal (cette guitare sur le dernier tiers de Automaton). Dans les ambiances, tour à tour hypnotiques, mélancoliques et lumineuses, se dessinent, çà et là, l’influence d’un Steven Wilson (Pyramids) pour son travail avec Storm Corrosion, Bass Communion et No-Man ou celle d’un Radiohead (Unstable Ground) avec, pour autant, cette capacité à faire preuve d’une unité profonde et absolue, tout au long des 7 compositions de cet album, ancrant plus que jamais l’identité du groupe.

Rarement prévisible et ne privilégiant jamais la facilité, Sanguine Hum maintient constamment la tension et l’intérêt quelle que soit la durée des morceaux. Et chaque nouvelle écoute permet d’entrevoir de nouveaux détails et d’apprécier plus encore la densité de l’oeuvre. Enfin, l’on devine des textes d’une très grande sensibilité qui, allant de pair avec la musique proposée, invitent à une certaine rêverie méditative. L’approche avant-gardiste de A Trace of Memory , le refus de tout dogme musical et un sens certain de l’esthétisme sont autant de raisons qui justifieraient amplement la publication de cet album sur le légendaire label ECM. Les connaisseurs sauront apprécier la portée de la remarque.

SANGUINE HUM – A TRACE OF MEMORY

Sanguine Hum - A Trace of Memory (2020)

Titre : A trace of Memory
Artiste : Sanguine Hum

Date de sortie : 2020
Pays : Angleterre
Durée : 42’08
Label : Esoteric Recordings

Setlist

1. New Light (3:04)
2. The Yellow Ship (13:08)
3. Pyramids (4:50)
4. Thin Air (4:45)
5. Unstable Ground (4:10)
6. Still as the Sea (3:22)
7. Automaton (8:49)

Line-up

– Joff Winks / guitar, vocals, piano (3), string arrangements (2)
– Matt Baber / keyboards, synths, drums (4), field recordings
– Brad Waissman / bass, Chapman Stick, upright electric bass

With:
– Paul Mallyon / drums (2,5-7)
– Andrew Booker / electronic percussion (1), drums (3)

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A propos de l'auteur

Stéphane Rousselot

C’est la découverte de la pochette de l’album « Killers » en 1981, ce rictus grimaçant dans les rues mal éclairées de l’East end londonien, œuvre de Derek Riggs, dessinateur attitré de la Vierge de Fer, qui fut à l’origine de mon parcours musical. Il me faudra toutefois attendre l’acquisition du single « Flight Of Icarus » en 1983 pour enfin découvrir la proposition musicale derrière l’illustration visuelle. C’est dans doute pour cela, qu’au-delà d’une passion pour un style musical, j’ai développé un goût prononcé pour l’iconographie et par extension, pour le soin apporté à présenter un album comme une œuvre globale. Un visuel, une musique, une narration – une parfaite invitation à des voyages immobiles fascinants. Du Heavy Metal au hard-rock plus globalement (dans toutes ses infinies composantes), en passant entre autres par le rock progressif, le jazz-rock, le trio-jazz, l’électro, le classique et sans oublier une certaine chanson française avec en premier lieu le grand Léo Ferré, poète post-moderne avant l’heure. De l’amour des mots est née une passion pour la littérature, des classiques contemporains (Montherlant, Gracq, Aragon) à l’anticipation (Serge Brussolo, l’auteur fétiche de mes nuits blanches avec sa contribution inestimable à la collection Fleuve Noir). Enfin, de la littérature au cinéma avec le plaisir à chaque fois renouvelé d’aller aux festivals de Gerardmer et Deauville chaque année. A l’heure de proposer ici quelques critiques d’albums ou autres, je garde à l’esprit la phrase de Prévert à Carné au sujet du film « Les Portes de la Nuit », « J’en ai marre de bosser dix mois sur un scenario pour me faire engueuler en dix lignes par un con de critique ». Tout est dit.

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