Paradise Lost - Ascension
4.0Note Finale

Accordons-nous d’emblée sur un point : Paradise Lost appartient à cette race rare de groupes qui méritent leur longévité autant qu’ils l’honorent. Il y a, bien sûr, l’endurance — cette flamme inextinguible depuis la fin des années 80, nourrie par 17 albums studio au compteur et une constance d’artisans fiévreux. Mais il y a surtout le panache : cette manière d’avancer sans jamais prendre le parti de la facilité, quitte à bousculer son propre héritage. A l’instar de cet inattendu et audacieux virage musical en 1997 : Là où tant d’autres groupes auraient capitalisé à l’infini sur le gothic doom qui les avait couronnés, les Anglais de Halifax ont choisi l’inconfort d’une mue : synth-pop froide, ombres dark wave, chant clair et guitares en retrait. Et pourtant, au cœur de One Second, Host, ou même Believe in Nothing, continuait de battre la même âme profondément sombre et mélancolique, signature indélébile du groupe et preuve de l’absence d’un quelconque renoncement. Quand par la suite, Paradise Lost revint progressivement vers la lourdeur et l’âpreté — tantôt en mêlant aux guitares des pulsations indus et électro (Symbol of Life, 2002), tantôt en les écartant entièrement (The Plague Within en 2015, Medusa en 2017) — le groupe parvint néanmoins à conserver intacte cette volonté comme cette capacité à surprendre.

Avec l’éclectique Obsidian, paru en 2020, le groupe avait choisi d’embrasser toutes les facettes de son univers musical, oscillant entre ses différents pôles avec beaucoup de nuance et dans une approche complètement décomplexée (il suffit pour vous en convaincre d’écouter le single « Ghosts »). Ce nouvel opus, Ascension, resserre l’étau de manière plus homogène et surtout plus frontale, notamment grâce à des riffs massifs et moins de détours du côté des influences Sisters of Mercy ou Fields of the Nephilim. Le superbe artwork du disque annonce la couleur ; cette immense toile allégorique de George Frederick Watts(The Court of Death) peinte à la fin du XIXe, où la Mort trône au milieu des puissants et des misérables pour rappeler, dans une lumière crépusculaire, l’égalité de tous au seuil du jugement dernier. Une œuvre visuelle qui cadre parfaitement avec les textes du chanteur Nick Holmes, parcourant des thèmes hantés par la foi, la persécution, la culpabilité, le doute et la finitude, dans lesquels perce à peine une fragile lueur d’espoir, cette promesse d’élévation (« Ascension ») semblant demeurer une chimère.

Le premier pilier de ce nouveau disque est articulé autour de compositions mid-tempo, au format plus compact et surtout d’une efficacité mélodique saisissante, combinant riffs tranchants à des refrains entraînants – dans la veine de l’époque Icon (1993). Sans surprise, on retrouve parmi celles-ci les deux singles, « Silence Like the Grave » (et son intro majestueuse aux échos de « True Belief ») et « Tyrants Serenade » (et son refrain alternant chant clair et chant guttural), mais également l’élan incisif de « Sirens » ou encore la morsure venimeuse de « Deceivers ». Le deuxième pilier explore le versant death-doom gothique, qui nous rapproche de cet autre tournant de la carrière du groupe que constitua en 1992 le LP Shades of God (ou, plus proche de nous, Medusa en 2017), illustré par une pesante lenteur, des riffs pachydermiques, des growls puissants, des structures plus complexes et une ambiance de plainte sépulcrale – à l’image de la procession funéraire de « Salvation », du prophétique « Diluvium », du redoutable « Serpent On The Cross » (certes un peu plus up-tempo), mais surtout du solennel et émouvant « The Precipice ». Le troisième et dernier pilier permet d’intercaler, en contraste, deux moments de respiration dans ce disque d’une féroce intensité. « Lay A Wreath Upon The World » naît d’une intro folk puis s’élève en une structure progressive de toute beauté, aux résonances presque liturgiques. « Savage Days », plus en retenue, semble quant à lui évoquer la période One Second avec, néanmoins, une présence toujours bien ancrée des guitares.

À défaut d’une révolution profonde, Ascension réaffirme avec autorité l’empreinte de Paradise Lost sur l’univers du metal gothique contemporain, proposant une habile synthèse de la quintessence de la carrière du groupe, portée par des titres forts et des marqueurs stylistiques immédiatement reconnaissables. Indétrônable !

PARADISE LOST – ASCENSION

Paradise Lost - Ascension (2025)

Titre : Ascension
Artiste : Paridise Lost

Date de sortie : 2025
Pays : Angleterre
Durée : –
Label : –

Setlist

Line-up

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