David Gilmour - Luck and Strange
4.0TOP 2024

Posons les choses derechef : la carrière solo de David Gilmour n’a jamais franchement effleuré les cimes discographiques de Pink Floyd. Rien de déshonorant ni de malheureux pour autant. Avec cinq albums depuis 1978, l’ami n’est pas ce que l’on pourrait appeler un stakhanoviste de la chose et il aura quand même fallu neuf ans depuis Rattle That Lock et son gimmick SNCF pour découvrir son successeur Luck and Strange. A 78 ans, le guitariste et chanteur s’embarque donc dans cette nouvelle aventure sans vocation à prendre plus de risques que d’habitude. Est-ce bien d’ailleurs ce qu’on lui demande ? L’auditeur, le fan, l’amateur n’attend qu’une chose, la guitare du maître et ses soli aériens, éthérés et lumineux. La note juste. Luck and Strange ne s’éloigne jamais de ce cahier des charges. Chaque titre prépare à l’arrivée de l’instrument magique, électrique ou acoustique, et à ces instants où le temps suspend son vol. Flash-back. Souvenirs. Et on décolle. C’est assez bref, dans l’ensemble, pas de quoi partir en sucette ou se tournebouler pour le compte. Rien qui ne dévalue la valeur affective que l’on porte au musicien. L’album ne fait jamais chavirer mais ne chavire pas pour autant. Il reste à flot. Dès l’introductif « Black Cat » nous voici ramenés sur les sentiers du Floyd mais certains pourront reprocher à Gilmour de laisser par la suite sa compagne tartiner ses textes, ou laisser sa fille Romany chanter sur « Between Two Points » des Montgolfier Brothers sans que cela n’apporte quelque chose même si ce n’est pas désagréable pour autant. Pourquoi se priver d’une réunion de famille et de potes. D’autres pourront se lasser des jolies balades folk « Sings » et « Yes I Have Ghosts » mais ces réserves s’effaceront derrière les totales réussites « Dark and Velvet Nights » et surtout « Scattered » qui devrait à lui seul réconcilier les plus chafouins. C’est ainsi qu’il faut suivre le sillon creusé par David Gilmour. En auditeur débonnaire qui se promène au fil d’un album qui rend hommage au passé, à Syd Barrett (« The Piper’s Call« ), à Richard Wright, avec ce sentiment, paradoxal, de détachement à ce qui fit sa légende. Les cieux ne sont plus vides. Avec sa production étincelante et pointilleuse (Charlie Andrew à la production et Will Gardner aux arrangements), Luck and Strange façonne dans son cercle d’atmosphères délicates, une vision du temps qui passe qui confine à une certaine forme de sérénité. Voici l’ouvrage d’un homme tranquille. En paix. Le résultat est une réussite qui nous invite à un très beau voyage intérieur.

DAVID GILMOUR – LUCK AND STRANGE

David Gilmour - Luck and Stra,ge (2024)

Titre : Luck and Strange
Artiste : David Gilmour

Date de sortie : 2024
Pays : Angleterre
Durée : 43’54
Label : Sony Music

Setlist

1. Black Cat (1:32)
2. Luck and Strange (6:57)
3. The Piper’s Call (5:15)
4. A Single Spark (6:04)
5. Vita Brevis (0:46)
6. Between Two Points (5:47)
7. Dark and Velvet Nights (4:45)
8. Sings (5:14)
9. Scattered (7:34)

Bonus tracks:
10. Yes, I Have Ghosts (3:50)
11. Luck and Strange (original barn jam) (14:00)

Line-up

– David Gilmour / guitars, vocals

With:
– Romany Gilmour / lead vocals & harp (6,10)
– Gabriel Gilmour / backing vocals (6)
– Roger Eno / keyboards
– Rob Gentry / keyboards
– Richard Wright / keyboards (2,11)
– Tom Herbert / bass
– Guy Pratt / bass
– Adam Betts / drums
– Steve DiStanislao / drums
– Steve Gadd / drums
– Will Gardner / string & choral arrangements

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