Seul sur Mars
3.5Note Finale

Prenez un zest de Seul au monde (Robert Zemeckis, 2002), une lichette de Gravity (Alfonso Cuarón, 2013), une lampée de Interstellar (Christopher Nolan, 2014), vous secouez le tout avec un shaker estampillé McGyver et vous aurez le cocktail de Seul sur Mars, grande fournée enthousiaste portée par un Matt Damon déguisé en Bob le bricoleur de circonstance à qui il faudra un jour expliquer que ses petits copains ne seront pas toujours là pour aller le tirer de la panade (Il Faut Sauver le Soldat Ryan). Mais voilà, avec son supplément charme, son humour et son auto-dérision, notre boy-scout paumé à des millions de kilomètres porte solidement le film sur ses épaules. Et même si le rôle principal reste cette fascinante planète rouge, l’acteur parvient à donner un peu de chair à son personnage écrit au marqueur… comme l’ensemble du scénario d’ailleurs. Car aussi documenté soit le film (technologie, théorie, géographie, logistique etc.), il n’en reste pas moins un “survival” classique, Mark Watney devenant un Robinson intersidéral à la faveur d’une tempête de sable qui l’aura laissé pour mort lors de l’évacuation de son équipe. Dès lors, la question est de savoir combien de temps il pourra survivre, comment et s’il pourra revenir. Pour être honnête, les scénaristes ne semblent pas s’être posés trop de questions. Ils font d’entrée de leur héros un biologiste apte à cultiver en milieu hostile et assez bricoleur pour s’organiser en attendant d’éventuels secours. Bien joué. Le film préfère la succession de scénettes ludiques à une dramaturgie basée sur la psychologie des personnages, à ce point éloigné de la possible tragédie que la solitude de Watney, perdu dans un environnement hostile et incertain, ne lui provoque aucun trouble psychologique, aucune pathologie négative, ni remise en question. L’objectif de Seul sur Mars est de conserver de bout en bout son accent “grand spectacle” et pour cela, la mise en scène carrée de Ridley Scott joue sur le savoir faire du bonhomme (Alien, Blade Runner, Prometheus) sans laisser les impressionnants effets spéciaux envahir l’imaginaire. En faisant de Mark Watney un monsieur “tout le monde“, ou presque, sans véritable attache (excepté des parents rapidement évoqués et évacués dans une séquence émotion passablement obligatoire), le scénario feuillette les clichés habituels et bazarde tout trauma personnel ou affectif qui en perturberait sa lecture. Si le film perd en épaisseur, il gagne en efficacité visuelle, en narration feuilletonesque… et en public potentiel !

Un peu alourdi par un manque de suspense assumé et des ficelles grosses comme des cordes, le spectacle familial conserve malgré tout un niveau que nombre de blockbusters devrait viser. Car c’est dans ce parti pris grand public old school que Seul sur Mars étonne véritablement et tire son épingle. En traitant son histoire par ses versants optimistes, enjoués et humoristiques, le film devient 100% fun… quitte à retoquer les quelques effets dramatiques en les désamorçant à voix haute. Tenez, prenez le patron de la N.A.S.A. (Jeff Daniels) qui nous explique la difficulté de tenir un calendrier valable pour ravitailler le rescapé à temps et qui espère avec ses collègues qu’aucun problème ne surviendra entre l’envoi et la réception du chargement. Tout spectateur un peu attentif et normalement constitué se doute illico que ledit problème tant redouté va débouler à l’écran comme une mauvaise réplique dans un film de Luc Besson. PAF ! Dans le mille… dès la séquence suivante. Et cette réunion de l’équipage pour décider s’ils vont, ou non, secourir leur collègue. Une bombe narrative totalement dégoupillée par une unanimité immédiate et consentante des protagonistes. Bon, c’est vrai que 500 jours de trip interstellaire en plus alors que leur famille les attend, où est le dilemme ? Même chose pour la relation entre Beck et Johanssen (un semblant d’inquiétude pour rien), ou l’implication des chinois, dont les doutes effleurent le fil du rasoir sans jamais s’égratigner un ongle.

Faute de véritable tension, c’est donc par son humour et ses clins d’œil que le film échappe au tout venant. Des références au disco (une BO décalée avec Gloria Gaynor, ABBA et Donna Summer) ou cette scène, étonnante, d’un conciliabule appelé “conseil d’Elrond“, hommage explicite au Seigneur des Anneaux, en présence de Mitch Henderson, responsable des équipes d’astronautes, interprété ici par Sean Bean (qui ne meurt pas dans le film, notons-le), lui même interprète de Boromir dans l’adaptation du livre de Tolkien par Peter Jackson et qui était donc présent à ce fameux conseil qui devait décider du sort de l’anneau. Une private joke qui en dit long sur un film qui déroule en sur ce mode tranquille, pépère et rigolard. Un feel good movie qu’on croirait réalisé par le Steven Soderbergh de Ocean Eleven… mais non. Visiblement, Ridley Scott (qui s’aprète à faire moins badin avec Prometheus 2), s’est amusé à nous procurer un plaisir simple et coupable. Une série B luxueuse qui tranche paradoxalement avec le sérieux habituel des approximatifs gros budgets hollywoodiens. Le résultat est forcément inabouti et ne renouvelle pas le genre comme le synopsis pouvait le laisser espérer mais il reste aussi rafraichissant qu’une nuit martienne près de Hellas Planitia.

SEUL SUR MARS de RIDLEY SCOTT

Seul sur Mars - Ridley Scott (2015)

Titre : Seul sur Mars
Titre original : The Martian

Réalisé par : Ridley Scott
Avec : Jessica Chastain, Matt Damon, Kristen Wiig, Sebastian Stan, Sean Bean…

Année de sortie : 2015
Durée : 141 minutes

Scénario : Drew Goddard, d’après le roman Seul sur Mars (The Martian) d’Andy Weir
Montage : Pietro Scalia
Image : Dariusz Wolski
Musique : Harry Gregson-Williams
Décors : Arthur Max

Nationalité : États-Unis
Genre : Science-fiction
Format : Couleur

Synopsis : Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies…

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A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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