Pour le premier Hellfest de votre serviteur, les choses s’annonçaient plutôt bien. Clisson sous le soleil (c’est quand même mieux que sous des torrents de flotte, hein les cocos), quasiment implosé par une excroissance véhiculée digne d’un film de Peter Weir première période (The Cars That Ate Paris) et une programmation au-delà du réel : Iron Maiden, Aerosmith, Black Sabbath entourés de Deep Purple, Status Quo, Soundgarden, Opeth… et plus d’une centaine d’autres formations pas piquées des hannetons. Excusez du peu ! L’entrée dans les lieux ressemble au passage surréaliste vers une quatrième dimension cuivrée. Après la guitare posée sur le rond-point situé juste en face de l’entrée, les premiers pas inaugurent quelque chose de grand. La poussière, le vent, le soleil, les ingrédients sont là. Entre Western et post-apocalypse, plus de 150.000 personnes étalées (parfois littéralement) sur 5 hectares et engouffrant près d’un million de bières (je ballonne) pour écouter du gros sont (re)venus des enfers, et zieuter des suppos scéniques excités à l’idée de marquer au fer rouge le désormais second festival musical français (derrière les Vieilles Charrues). Yeah !

Welcome to Clisson !

Pour sa neuvième édition (comme dirait Ludwig), le Hellfest s’est donc transformé en une sorte d’institution mais toujours aussi mal élevée. Et c’est tant mieux ! Que la frange (la fange) droitière pincée des fesses fassent son possible pour assassiner la bête n’y change rien. Et merci encore au regretté député Patrick Roy (il nous a quitté en 2011) qui s’est toujours battu pour le maintien d’un festival avant tout festif. Remember. Le résultat est pourtant enthousiasmant : entre les riverains qui se prêtent au jeu, les commerçants itou, les bars locaux, et même les forces de l’ordre, chacun vit cela en bonne entente. Et contrairement à ce que certains pourraient croire, pas de crucifixion en place publique, de sacrifices rituels ou de cercles incantatoires démoniaques.

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Tout cela est décontracté et bon esprit. Ce qui s’apparenterait à un concentré de potentiel à problème ressemble finalement à quelque chose de très banal si ce n’était les proportions. Il suffit de voir les metalleux faire la queue pour profiter de la grande roue ! Mais pas qu’eux évidemment. Car ici, on croise un peu de tout. Du fan de hard rock au gothique, de la mamie nostalgique aux enfants curieux, des pratiquants de métal extrême aux amateurs de déguisements, tatouages, percings et accoutrements en tous genres donnant parfois à s’étonner, à rire ou à écarquiller les yeux. L’enfer est pavé de bonnes intentions dixit mon voisin. Il n’a pas tout à fait tort. Même les espaces boutiques et restauration sont sympatoches. Ambiance kermesse. Nourriture roborative. Bière. Muscadet. Un bon gros mélange pour les plus courageux et c’est parti !

Toute ouïe dehors

Alors oui. Avec mon acolyte (et pas alcoolique), nous avons eu la chance de pouvoir fréquenter le carré Presse-VIP. Désolé, pardon my friends, famille, tout ça. Cet espace « relaxant » (notion très relative ici) nous aura permis, de reposer nos esgourdes torturées des salves de décibels balancées à foison par des combos parfois sur-énervés, d’apprécier des catcheurs moustachus (si, si) ou des jongleuses de feu cocottes. Le tout autour d’un verre et d’un décor façon Mad Max fait de carcasses de voitures et tout le toutim du meilleur effet. Organisation au top. What else?

Et les concerts dans tout ça ?

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La valse des scènes disponibles rend après coup la chose diffuse, voire confuse, mais globalement et pour tailler dans le lard, évoquons ici les grandes affiches comme on dit. Celles de la doublette de Main Stages qui promettaient du gros son toute ces trois journées plombées par le soleil. On a donc eu droit à Loudblast qui s’est révélé « loud » et « blast » (ben tiens) ainsi qu’à Rob Zombie, toujours dans la démonstration et la théâtralité, mais très efficace également.

Fidèle à lui-même, le bestiaux a fait le show avant l’arrivée de Sepultura et ses caissons de décibels qu’on croirait échappés de la badass Warzone et enfin les infatigables Iron Maiden…

à ce petit jeu, Bruce Dickinson sait tenir son public, et ce soir-là, le pilote de Boeing égrainait malicieusement le score du match France-Suisse de la coupe de monde de football, dans la joie et la bonne humeur. Musicalement, la setlist n’a rien eu de spécialement originale. En tapant allègrement dans leurs hits à la vitesse du cheval au galop, les anglais prouvent qu’ils restent bien placés au rayon hard-rock qui assure droit dans ses bottes. Évidemment, la voix de Dickinson a parfois un peu de rouille aux entournures, que ce soit dans les aigus ou les notes tenues (« Seventh Son », compliqué) mais tout cela reste de bon ton et les musiciens se donnent à fond dans ce qui reste un spectacle ultra-calibré (avec les interventions de leur mascotte Eddy) mais ultra-professionnel. Pas de surprises, pas de couacs. Comme dirait la petite dame à côté, on ne peut pas tout avoir, hein. Une fois le groupe parti (rapidement), c’est Slayer qui reprit la main dans le style bruyant qu’on leur connaît. Well Done.

Le samedi, c’est la bonne surprise avec We Came As Romans, formation bien pêchue qui annonce ensuite les fou-dingues de Dagoba (pim pam poum) avant le temps de repos sonique (bien mérité) proposé par Status Quo et sa kyrielle de tubes boogie/hard rock qui assurent sévèrement dans les travées. Moment de fraicheur bienvenu car il fait particulièrement chaud à Clisson avec poussière à volonté au menu. Mais ces gars-là connaissent la musique et offrent un set bourré d’énergie, échappant même à l’exécution publique lorsqu’ils entament un « In the Army Now » aux antipodes des ce que le public écoute depuis deux jours. Les vétérans du festival (le groupe débuta en 1962) ont donc fait le spectacle, et de quelle manière ! Chapeau.

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Même chose pour Deep Purple, un cran au-dessus encore… alors qu’en 2013, le groupe semblait un poil essoufflé sur scène malgré un dernier album très réussi (Now What ?!), leur prestation du Hellfest devrait rassurer les fans et les autres sur leur capacité à électrifier 50.000 spectateurs. En enquillant les hits comme des perles avec, notamment, des versions renversantes de « Hush » et « Lazy », le groupe anglais prouve une fois de plus la puissance de ses compositions et leur aptitude à les rendre toujours fraîches. Pour cela, les musiciens ont offert le meilleur d’eux-mêmes. Au diapason. De Steve Morse, impressionnant, à Don Airey, virevoltant sur ses claviers (quelle maestria), en passant par Ian Paice et Glover (impeccables) et même Gillian, qui tiendra la prestation de bout en bout, probablement aidé par la durée du set : un peu plus d’une heure à fond les ballons. Quelle claque ! Soulfly prendra la relève dans un style quelques crans plus tapageur qui en ravira plus d’un(e) avant l’arrivée de ceux qui étaient déjà attendu l’an passé : Aerosmith. Comme Iron Maiden, ces gars-là connaissent le show, frisent parfois le ridicule (surtout Steven Tyler parfois à la limite de l’auto-parodie) mais assurent le spectacle avec un professionnalisme et une générosité qui se diffuse sur un public conquis. Toujours pas rassasié, les spectateurs pouvaient ensuite compter sur Avenged Sevenfold pour conclure les débats du jour.

Dimanche, les affiches proposaient encore du copieux, du calorique. Des brésiliens Angra (toujours sympathique) aux suédois de Opeth (toujours puissants notamment sur les extraits de Heritage et l’incontournable « Blackwater Park »), de Iced Earth à Soundgarden en passant par Black Sabbath et son dingo d’Ozzy branché sur courant alternatif, les bestioles achevaient cette neuvième édition de belle manière. Certes, Black Sabbath n’a plus la possibilité de fournir un set nickel, la faute à son leader-chanteur un poil chancelant et imprévisible, mais les musiciens (Tony Iommi, Tommy Clufetos et Geezer Butler) ont fait le travail et fournis quelques standards autour d’extrait du dernier (et très bon) dernier album, 13.

Générique

En quittant les lieux, rendez-vous est pris l’année prochaine, si tout se passe bien et si une date est (enfin) convenue. Avec un petit pincement car avec tous ces grands noms du hard-rock / métal venus cette année, on est en droit de se poser la question de savoir qui succèdera à ces dinosaures décidément loin de l’extinction.

Article publié le 1er juillet 2014

A propos de l'auteur

Fondateur du site AmarokProg en 2003, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. Passionné de cinéma(s) et de musique(s), ce qui devrait surprendre toute la communauté, mézigue met à profit ces petites lubies dans son cadre professionnel ce qui ne manque ni de sel, ni de poivre (tout comme ses cheveux diront les moins obséquieux). What else?

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