Le seigneur Voivod, chevalier androïde de l’ère post-nucléaire, a bel et bien retrouvé ses lettres de noblesse et compte bien continuer à régner de main de fer sur cet étrange univers musical que personne ne saurait lui disputer. L’année 2018 avait marqué un inespéré retour en force du groupe avec The Wake, un album extraordinaire acclamé par les fans comme par la presse. On se souviendra lors de la tournée qui s’en est ensuivie de l’excellente performance du groupe dans la salle parisienne du Petit Bain en septembre de la même année. Et voici qu’avec la sortie d’un nouvel album intitulé Synchro Anarchy en ce mois de Février 2022, le groupe canadien réussit le tour de force de reproduire l’exploit avec un album 100% Voivod, riche, dense et qui, pour autant, contraste quelque peu avec son prédécesseur. Nous avons eu à ce titre le plaisir de nous entretenir par zoom avec Michel « Away » Langevin, membre fondateur et batteur de Voivod (et également artiste graphique du groupe). Nos remerciements à Away pour sa disponibilité et sa gentillesse proverbiale. Et également à Valérie Reux (Inside Out Management) qui a facilité cet échange.
Hello Away, le premier sentiment qui me vient à l’écoute de votre nouvel album Synchro Anarchy c’est celui d’un album plus brut, plus direct et avec plus de rage. Est-ce que cette direction musicale provient du hasard du processus créatif ou était-ce une volonté initiale ?
MICHEL LANGEVIN : Il y a en fait plusieurs raisons. Ce qui est sûr c’est que, dès le départ, Chewy (Ndlr : Daniel Mongrain, le guitariste) avait en tête de faire quelque chose de plus trash métal que sur The Wake. Donc j’ai mis plus de double bass drum sur les morceaux ! Ensuite l’énergie que tu perçois traduit une urgence, notamment la manière dont s’est passé l’enregistrement. La pandémie a fait que lorsque on est entrés en studio l’an passé en juin, on n’était pas à 100% près, sachant qu’il fallait livrer le matériel pour fin septembre. En plus de ça, la période coïncidait aussi avec le début des festivals dans la province de Québec. Donc on enregistrait pendant la semaine et on jouait dans les festivals en fin de semaine. Bref c’était réellement très intense. Et cette intensité-là, on peut la ressentir sur le nouvel album. Enfin, évidemment, on ne pouvait pas faire de répétitions. Donc nous n’avions pas le luxe de faire quelque chose d’ultra élaboré ou d’épique. On s’est mis une énorme pression sur les épaules et on a mis le paquet pour que ce soit aussi bon sinon meilleur que The Wake. Et tout ça fait que c’est un album avec peut-être plus d’énergie que le précédent.
Ça se ressent énormément, effectivement. Et le second sentiment que j’ai eu à l’écoute de l’album, c’est celui d’une grande diversité. Comme si vous aviez voulu offrir aux fans un panorama complet de l’ensemble des différentes époques de Voivod. Ainsi, « Memory Failure » me fait penser à Dimension Hatröss, « Quest for Nothing » me rappelle la rage de Killing Technology, « The World Today » évoque Angel Rat etc… C’est juste une impression ou là aussi c’était une volonté de votre part ?
MICHEL LANGEVIN : Tu sais, Chewy et Rocky (Ndlr : Dominic Laroche, bassiste) sont deux amateurs de toutes les périodes de Voivod. Ce qui explique peut-être pourquoi on retrouve sur cet album des aspects propres à toutes les périodes du groupe. Avec quand même un nouveau côté fusion que j’adore et qui constitue peut-être un retour vers le rock progressif. Chewy c’est celui qui arrange les morceaux et c’est aussi le compositeur principal. Pendant la genèse de l’album qui s’est faite au travers d’échange de fichiers du fait des impératifs de la distanciation sociale, j’avais programmé la batterie sur mon ordinateur pour faire les maquettes. Et pendant que Chewy travaillait sur des arrangements, je me suis mis à lui fournir des enregistrements de batterie sans musique. Pour qu’il s’amuse dessus. Sur Angel Rat il y a le morceau « The Prow » que j’adore jouer en live et je me suis dit que j’allais programmer la même rythmique à la batterie sur mon ordinateur pour voir ce que Chewy allait en faire. C’est devenu « The World Today ». Donc oui, par rapport à ta remarque sur ce morceau, je trouve que c’est pertinent de dire qu’il fait penser à Angel Rat. Ca fait complètement sens. Après, oui j’imagine qu’on peut ressentir qu’il y a des côtés qui renvoient à plein d’albums différents dans ce nouveau style de Voivod. Il y a probablement deux autres choses qui y ont concouru. D’abord on s’est mis à faire les sessions « hypercube », c’est-à-dire des concerts live en ligne où on reprenait les albums comme Dimension Hatross ou Nothingface. Et ça a probablement eu une incidence sur l’écriture de l’album. Et puis aussi le fait qu’on essaie de coller plein de bouts de musique avant d’aller en studio pour vraiment donner de la cohérence à tout ce matériel. Je me souviens qu’au début j’essayais de coller ensemble des morceaux qui se ressemblaient en termes de rythmique ou de vitesse. Et puis ensuite je me suis mis à coller des bouts qui n’avaient plus aucun rapport les uns avec les autres et ça aussi, ça a contribué à donner un côté rock progressif que l’on retrouve sur les vieux albums de Voivod, des albums où on pouvait changer de vitesse instantanément. Après, c’est sûr que Voivod a une signature. Et même si on essaye de faire des trucs différents, consciemment ou inconsciemment, je trouve que l’esprit de Voivod demeure intact.
« C’est assez naturel pour moi d’adapter mon jeu car si je puise mes influences dans le punk et le heavy metal, je viens également du rock progressif avec des groupes comme Soft Machine, Van Der Graaf Generator, King Crimson ou Magma. »
Complètement d’accord avec toi, cette propension à multiplier les changements de rythme est aussi une des caractéristiques de cet album. Tu viens d’évoquer rapidement le rôle de Chewy. Est-ce que vous avez été amenés à travailler différemment avec Rocky et Chewy, ne serait-ce que toi, déjà, en tant que batteur ?
MICHEL LANGEVIN : Notre méthode de travail a toujours été la même. C’est le même procédé que nous avons toujours utilisé même à l’époque de Piggy (Ndr : Denis D’Amour, guitariste historique du groupe décédé en 2005). Au tout début, on enregistre tous ensemble des improvisations. Si tu travailles en solo de ton côté ça n’aura au final jamais la même force que ce que tu peux composer avec quatre personnes en même temps sur la base d’improvisations. Donc on enregistre ces improvisations et ensuite on les réécoute, c’est notre point de départ. Lorsqu’on est revenus de la tournée européenne pour The Wake avec Gwar fin 2019 on a pris quelques vacances pour les fêtes. Et début 2020 nous nous sommes réunis en studio pour recommencer à travailler, enregistrer des improvisations et essayer des idées que Chewy et Snake avaient en tête. Et puis, en mars 2020, nous sommes retrouvés brutalement en plein confinement et donc sans local de répétition puisque ceux-ci étaient inaccessibles. Du coup on s’est concentrés sur ce que nous avions d’ores et déjà mis de côté avec toutes ces sessions. Snake a eu l’idée de créer son propre studio dans sa maison. Mais au moment où il a eut fini d’isoler toutes les pièces les restrictions étaient telles que nous n’avions même plus le droit de tout simplement nous réunir. Et c’est là que ça a commencé à être vraiment différent en termes de processus. Nous avons travaillé en échangeant des fichiers en ligne, ce qui m’a permis de me familiariser avec le même logiciel que Chewy utilise, me permettant de me synchroniser avec les autres. Mais même avec ça, quand on est rentrés en studio en juin, l’approche musicale était encore fragmentaire et il nous restait également à écrire les trois quarts des textes, contrairement à d’habitude où on arrive 100 % prêts. Nous nous sommes donc retrouvés dans une situation où nous devions écrire tout en enregistrant. Une chose est certaine, la nécessité d’avoir eu à travailler avec cette nouvelle technologie nous a appris beaucoup et nous sera d’un apport très bénéfique pour les prochains albums. Je pense notamment que les sorties pourront être plus rapprochées. On a trouvé une bonne formule pour avancer plus vite. Mais on espère quand même qu’on pourra se retrouver plus souvent pour répéter. En ce moment, c’est encore le confinement au Québec. Peut-être qu’on va devoir revenir aux spectacles en ligne (Ndr: sessions « Hypercube »). Et revisiter, pourquoi pas, Angel Rat ou The Outer Limits ou, peut-être, jouer le nouvel album. On verra…
Au sujet de Chewy, je trouve qu’il avait fait un travail exceptionnel sur The Wake en prolongeant l’univers de Piggy tout en commençant à apporter des touches plus personnelles. Sur ce nouvel album je trouve qu’il explose réellement en termes de créativité, dans les riffs comme les solos, avec cette touche très Holdsworthienne. Est-ce qu’on peut dire que sur Synchro Anarchy Chewy a réellement trouvé sa place et sa marque de fabrique au sein du groupe ?
MICHEL LANGEVIN : Chewy est toujours 200% présent quand il s’agit de composer ou d’enregistrer avec Voivod. Il s’investit jusqu’à l’épuisement. Ça s’entend. Chewy est vraiment un arrangeur hors-pair. Lorsqu’il y a quelque chose qui cloche, il le sent tout de suite et on corrige le tir aussitôt. C’est un atout. Et s’il faut ajouter un quatuor à cordes (Ndlr : comme ce fut le cas sur le morceau « Iconspiracy » de The Wake) il est capable d’écrire toutes les partitions pour tout le monde. Et s’il faut ajouter des cuivres comme sur « The End of Dormancy » il va imaginer et écrire aussi la partition pour tout le monde et tout d’un coup on a l’impression de se retrouver dans le groupe Magma (Ndlr : rires). Chewy apporte vraiment un côté épique aux compositions de Voivod. Et chaque album sonne toujours comme un long voyage avec lui. Et ça constitue aussi un bon défi pour moi de trouver les partitions de batterie appropriées. A chaque fois qu’on a eu une nouvelle formation, ça a toujours été un nouveau défi pour moi. Il a toujours fallu que j’adapte mon jeu. En même temps, c’est assez naturel pour moi car si je puise mes influences dans le punk et le heavy metal, je viens également du rock progressif avec des groupes comme Soft Machine, Van Der Graaf Generator, King Crimson, Magma, Zappa avec Terry Bozzio. Donc oui, ça demeure toujours un défi. La même chose avec Rocky à basse qui a une approche beaucoup plus fusion. Il faut que j’adapte mon style d’une certaine façon. Dans Voivod, Snake et moi nous amenons le côté trash-metal old school punk. Le côté fusion c’est Chewy et Rocky qui s’en occupent. Et c’est une bonne recette! Je trouve aussi avec le recul que Snake a particulièrement travaillé les voix sur cet album. Et Chewy a aussi contribué aux voix. J’adore car ça donne un côté psychédélique comme celui qu’on a pu avoir lors de notre période MCA (Ndlr : Nothingface, The Outer Limits, Angel Rat).
C’est vrai que vos influences sont très variées. D’ailleurs sur les photos du groupe on te voit arborer un jour un t-shirt de PIL, un autre jour un t-shirt de Van Der Graaf Generator, deux groupes qui, quoi qu’on en dise, oeuvrent dans des styles musicaux très différents !
MICHEL LANGEVIN : Ces groupes que tu cites sont tous sont des héros pour moi. Je trouve que ce sont des groupes, qu’il s’agisse de Magma, Van Der Graaf Generator, Killing Joke ou encore Judas Priest, qui sortent des albums absolument fantastiques aujourd’hui encore. Je dois reconnaître que je suis quand même assez rétro et lorsque j’achète un nouvel album c’est souvent le dernier album d’un groupe que j’ai aimé lorsque j’étais adolescent. J’ai toujours été loyal et fidèle à ces groupes.

« Si tu travailles en solo de ton côté ça n’aura au final jamais la même force que ce que tu peux composer avec quatre personnes en même temps sur la base d’improvisations. »
La pochette de Synchro Anarchy que tu as dessinée est, comme toutes les pochettes de Voivod, magnifiquement effrayante et superbement réalisée. Première question, pourquoi avoir choisi le noir et blanc cette fois-ci pour cet artwork ?
MICHEL LANGEVIN : L’été dernier, comme je te le disais, nous jouions chaque fin de semaine dans des festivals. Ce qui fait que la conception de l’album s’est échelonnée sur quatre mois quasiment. Chaque fois qu’on travaillait sur une nouvelle chanson je faisais un dessin pour l’illustrer. C’était vraiment impulsif et improvisé. J’ai essayé de capter l’atmosphère des paroles et de la musique. Je faisais ça en noir et blanc pour me rapprocher d’un style vieille gravure. Au final je me suis retrouvé comme ça avec beaucoup de dessins en noir et blanc. Et comme la photo du groupe pour le livret de l’album était également en noir et blanc, je me suis dit que si je rajoutais des couleurs cela créerait un contraste trop fort. Donc j’ai préféré garder le noir et blanc. J’espère que les fans ne vont pas penser que j’ai été paresseux (Ndlr : rires). Cette pochette est non seulement représentative de l’album mais aussi de l’époque à laquelle nous vivons et reflète cette sensation que quelque chose va arriver…. Pour l’instant les réactions sont très bonnes.
L’artwork est superbe! Je pensais que tu avais opté pour le noir et blanc pour mieux mettre en exergue le côté sombre de l’album. Car les thèmes de l’album sont globalement assez sombres à l’exception de deux titres peut-être plus positifs, non ?
MICHEL LANGEVIN : Oui également. Je trouvais aussi que l’album était un peu plus sombre que The Wake, indépendamment effectivement des deux morceaux que sont « The World Today » , sur lequel Snake semble dire que si tu veux vivre dans un monde meilleur il faut aussi que tu contribues et y mettes du tien, et « Sleeves Off » qui explique qu’il faut faire les choses à sa manière dans la vie et avancer en gardant ses convictions. Donc peut-être des messages plus classiques. Mais en général l’ensemble est très dystopique. Et c’est aussi cette dystopie présente dans les textes et la musique que je voulais capturer. Je pense également que, peut-être, inconsciemment, le fait qu’il y ait le mot anarchy dans le titre de l’album, m’a renvoyé à mes influences et aux visuels du mouvement anarchiste punk avec des groupes comme Discharge, Crass, Conflict ou Doom où tout était en noir et blanc. Ce sont des univers qui m’ont beaucoup influencé et ça a peut-être joué ici également. Mais tu vois c’est vraiment dernièrement que je me suis mis à y penser. Donc je dirais que, si influence il y a eu, elle a été clairement inconsciente.
« On s’est mis une énorme pression sur les épaules et on a mis le paquet pour que ce soit aussi bon sinon meilleur que The Wake. »
Je vais revenir à l’artwork. Mais d’abord, une question à propos de « Sleeves Off » que tu mentionnes. Je le trouve extrêmement entraînant avec un excellent refrain, à l’instar d’un morceau comme « Obsolete Beings » sur The Wake. Et donc je me demandais pour quelle raison vous ne l’avez pas choisi en premier single ?
MICHEL LANGEVIN : Pour être honnête on a beaucoup débattu quant au choix des premiers singles et ce, sachant qu’on a décidé de sortir quatre singles jusqu’à la parution officielle de l’album. « Planet Eaters », le premier single a été un peu une surprise dans la mesure où quand on a fini de mixer l’album et qu’on l’a réécouté pour chercher un premier single c’est celui qui s’est imposé naturellement comme le morceau favori de tout le monde. On n’y pensait vraiment pas initialement lors de l’enregistrement. Mais finalement je trouve qu’il représente énormément bien l’album car il couvre beaucoup de styles différents dans un même titre. On a décidé, comme tu le sais, de sortir comme second single « Paranormalium » qui est le morceau qui ouvre l’album et qui constitue d’ailleurs un peu une continuation de The Wake dans la mesure où la progression d’accords qui ouvre le morceau est la même qui finit l’album The Wake (Ndlr : morceau épique « Sonic Mycelium »). Je ne sais pas si Chewy avait déjà ça en tête au moment de la conception de l’album. Mais en tout cas il a suggéré que ce soit le premier morceau de l’album après l’avoir composé. Mais pour en revenir à ta question, on s’est aussi beaucoup demandé si « Sleeves Off » devait faire partie des singles ou non.
Je reviens donc à l’artwork. J’ai pu relier certains des thèmes des chansons aux détails du dessin. Mais j’ai un peu plus de mal par exemple avec les comètes à visage humain. Est-ce que tu peux développer ce thème ?
MICHEL LANGEVIN : Bien souvent sur les pochettes des albums, j’essaye de représenter le groupe. Donc là, tu retrouves les quatre visages du groupe sur les comètes. De la même manière que sur Post Society tu as les quatre fantômes. Ou encore les quatre gardiens de la planète sur The Wake.
Le titre de l’album m’interpelle. Anarchy je comprends. En revanche pourquoi Synchro Anarchy ?
MICHEL LANGEVIN : Il y a plusieurs choses derrière ce choix de titre. Il est d’abord représentatif de l’état de la planète à l’heure actuelle. Il reflète également la manière dont nous avons construit l’album, en juxtaposant des bouts comme un grand puzzle. Et puis enfin il est aussi lié à un événement intervenu début 2020 lors les sessions d’improvisation. On venait de finir une répétition et alors que j’étais en train de détacher mes lacets pour enlever mes chaussures, une idée m’est venue subitement. Je me suis levé pour dire “ Et si on enlevait un temps à chaque 16 temps ” avec l’intention d’aller vers la batterie. Mais j’ai marché sur mon lacet et j’ai été à deux doigts de me retrouver dans la batterie. Je voulais enlever un temps et j’ai enlevé finalement un pas ! Ça a fait rire tout le monde. Puis j’ai joué mon idée. Chewy l’a enregistrée et l’a appelée « Away two laces incident » pour s’en rappeler. Snake a fini par écrire des paroles avec cette idée que dans la vie tout tient parfois à un fil…. Tu te penches pour attacher tes lacets, une voiture passe et en une fraction de seconde c’est fini. Le titre initial était « Shoe Lace ». Mais dans les paroles j’ai vu le mot « Synchro Anarchy » et j’ai dit “ ça serait un super bon titre ”. Et quand on a eu fini de mixer l’album, on a trouvé que c’était tout simplement un excellent titre pour l’album car faisant référence à toutes ces différentes dimensions.
Où en êtes-vous avec le projet de documentaire « We are connected » qui doit célébrer les 40 années de carrière de Voivod ?
MICHEL LANGEVIN : Malheureusement ce projet a été encore une fois ralenti à cause de la pandémie. En effet, on ne peut pas vraiment voyager. Du moins c’est compliqué ne serait-ce que pour aller du Canada aux États-Unis. Et tu vois, on avait encore quelques interviews à faire, notamment avec Jason Newsted (Ndlr : l’ex Metallica qui avait rejoint Voivod le temps de trois albums dans le début des années 2000) que l’on a dû repousser. Mais le gros du travail est fait. On a bien avancé et on espère toujours sortir le documentaire cette année.
« Je pense également que pour ce qui est de l’artwork de la pochette, peut-être, inconsciemment, le fait qu’il y ait le mot anarchy dans le titre de l’album, m’a renvoyé à mes influences et aux visuels du mouvement anarchiste punk avec des groupes comme Discharge, Crass, Conflict ou Doom où tout était en noir et blanc. »

Ta créativité artistique s’exprime aussi en dehors de Voivod au travers d’autres dimensions, notamment d’un point de vue musical avec le projet Thisquietarmy (Ndlr : avec Erich Quach, pilier de la scène expérimentale montréalaise) ou avec la bande dessinée. Peux-tu nous en parler un petit peu ?
MICHEL LANGEVIN : Pour ce qui est de Thisquietarmy, j’ai toujours été impliqué dans la musique avant-garde. Ça me permet d’improviser beaucoup, d’élargir mon style et de devenir plus versatile. Et parallèlement j’ai aussi conservé le côté artiste graphique qui m’a beaucoup aidé pendant cette pandémie. J’ai un magasin en ligne (awayartpress.com) où je vends mes publications d’art. Je suis devenu un artiste indépendant qui réussit plutôt bien car le regain d’intérêt pour Voivod me permet de faire des dessins pour d’autres personnes. Je suis chanceux car dans les années 90, période à laquelle la cote de Voivod était plus en berne, j’ai eu le sentiment que j’allais être oublié au fil des années. Mais c’est tout le contraire. Donc j’en profite beaucoup.
J’espère que vous allez revenir très prochainement en France ! Quels sont vos projets ?
MICHEL LANGEVIN : La tournée européenne qui avait été prévue pour la sortie de l’album a été repoussée à l’automne. Donc on croise les doigts. Et de toute façon, dans l’immédiat, on va retourner à la formule session « hypercube » et revisiter des albums. Mais au moins ça nous permettra de nous retrouver et de jouer ensemble. La batterie c’est vraiment mon exutoire, j’ai toujours peur d’une guerre nucléaire ! Je n’ai pas de batterie à la maison donc c’est toujours un plaisir de se retrouver ensemble même avec les protocoles sanitaires. Se revoir est fondamental car Voivod est une grande famille !
Une interview réalisée le 19 Janvier 2022 via zoom par Stéphane Rousselot. Remerciements à Valérie Reux


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