« À nos débuts, tout le monde nous détestait à Los Angeles, convaincu que nous ne tiendrions pas deux semaines » ainsi qu’aime à le rappeler, non sans fierté, Vincent Furnier (alias Alice Cooper) au sujet de l’Alice Cooper Group qui enregistre pourtant entre 1969 et 1974, avec exactement le même line-up, 7 albums dont certains absolument magistraux, portés par des tubes mémorables et évoluant progressivement d’un art rock psychédélique vers un hard rock théâtral (dans l’esprit shock rock), mâtiné de glam et de blues. Le groupe se sépare officiellement en 1975 au terme de la tournée de promo de l’album Muscle of Love et Alice Cooper fait alors le choix de poursuivre sa carrière en solo sous son propre nom, s’entourant dès lors de musiciens de studio, avec le succès phénoménal qu’on lui connait – indépendamment d’une traversée du désert sur la période 1980-1985. De leur côté, trois des musiciens du Alice Cooper Group fondent Billion Dollar Babies, projet vite avorté (un seul album studio, Battle Axe en 1977).
Nostalgie d’un âge d’or, sentiment d’inachevé ou opportunité business de surfer sur un revival ? Toujours est-il que cinq décennies plus tard, Alice Cooper réunit la formation originelle avec l’ambition de réenclencher l’histoire là où elle s’est arrêtée net en 1975. L’Alice Cooper Bandreprend donc du service avec le guitariste Mike Bruce, le bassiste Dennis Dunaway et le batteur Neal Smith. Seul manque à l’appel le second guitariste Glen Buxton, décédé en 1997. L’album lui est d’ailleurs dédié et l’un des titres (“What Happened To You“) intègre un solo du six-cordiste retrouvé sur une vieille démo. Et pour parachever le tout, c’est Bob Ezrin – maître d’œuvre historique de 4 albums majeurs du combo mythique entre 1971 et 1973 – que l’on retrouve aux manettes, un producteur au rôle fondamental puisqu’il a également coécrit plusieurs morceaux à l’époque.
Véritable effort collectif (il suffit de regarder les contributions des différents musiciens, titre par titre), The Revenge of Alice Cooper est une très belle surprise. Ce disque retrouve par moments la formule magique de l’époque et renoue très clairement avec l’esprit de ses prédécesseurs sans pour autant sembler daté. Et s’il ne s’agit pas d’un concept album (contrairement à ce que pourrait le laisser supposer l’artwork), c’est en revanche une magnifique célébration des codes du groupe avec cet univers déjanté qui lui est propre – ainsi que le reconnaît lui-même Alice Cooper dans “Kill The Flies“ : « Yes, I’m Institutional, but that’s okay with me / Oui, je suis bon pour l’asile et ça me va » (une idée au demeurant déjà présente sur “Sideshow“, extrait de The Last Temptation, 1994). La première carte de visite de l’album, le single “Black Mamba“, rampe lentement dans l’obscurité avec un groove venimeux (à noter le solo d’un invité de taille, le guitariste Robby Krieger, The Doors). Cette ambiance digne d’un film d’horreur de série B se poursuit avec le cynique “One Night Stand“ : alors que la séductrice croit tenir sa proie, le narrateur se révèle le tueur. Mais la nuit n’est pas que rencontres funestes. Ainsi, avec le sleaze rock de “Up All Night“, le groupe nous offre une virée nocturne festive où tous les excès sont permis. Le son se fait plus heavy sur “Famous Face“, qui tire à boulets rouges sur la vacuité de toutes ces célébrités sans talent qui inondent désormais les réseaux sociaux. L’imparable “Wild Ones“ est quant à lui un véritable hymne à la jeunesse indomptable dans l’ivresse des moteurs, pied au plancher. Mais ce qui caractérise réellement ce disque, c’est le rock’n’roll bluesy qui en suinte par tous les pores et notamment sur “Intergalactic Vagabond Blues“ (et son harmonica) ou sur “What Happened to You“ (avec ce piano très 60’s). Et ce n’est pas l’excellente reprise des Yardbirds (“I Ain’t Done Wrong“) qui contredira le propos.
The Revenge of Alice Cooper est la preuve en 14 compositions que la vieille école du rock n’a rien perdu de sa capacité à nous faire vibrer.
ALICE COOPER BAND – THE REVENGE OF ALICE COOPER

Titre : The Revenge of Alice Cooper
Artiste : Alice Cooper Band
Date de sortie : 2025
Pays : États-Unis
Durée : –
Label : –
Setlist
1. Black Mamba
2. Wild Ones
3. Up All Night
4. Kill The Flies
5. One Night Stand
6. Blood On The Sun
7. Crap That Gets In The Way Of Your Dreams
8. Famous Face
9. Money Screams
10. What A Syd
11. Intergalactic Vagabond Blues
12. What Happened To You
13. See You On The Other Side
Line-up
– Alice Cooper (chant, harpe)
– Michael Bruce (guitare, piano, chant)
– Dennis Dunaway (basse, guitare, chant)
– Neal Smith (batterie)
– Glen Buxton (guitare)
– Gyasi (guitare)
– Robby Krieger (guitare)
– Rick Tedesco (guitare)
– Bob Ezrin (production, tambourin, claviers, chant)

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