Disparu trop tôt en 2014 à seulement 63 ans, Jimi Jamison demeure pour nombre de fans LA voix de Survivor dans les années 80. Paradoxalement, il ne rejoint la formation qu’en 1984, pour leur cinquième album, Vital Signs. Le combo originaire de Chicago, qui a connu un succès massif en 1983 avec le carton mondial du single “Eye of The Tiger“ (BO de Rocky III), montre déjà des signes d’essoufflement l’année suivante avec le semi-échec de Caught in the Game (1983). L’ex-frontman de Cobra – groupe éphémère de la scène hard US, qui comptait dans ses rangs le guitariste Mandy Meyer (ex-Krokus, futur Asia) – va lui redonner un second souffle et propulser Survivor vers un véritable âge d’or, hissant l’ensemble au rang de poids lourd incontestable du rock mélodique des eighties, en enchaînant plusieurs singles qui se classent dans le Top 10 du Billboard Hot 100 américain. Le timbre très puissant de Jamison, mais empreint d’une grande sensibilité, convient mieux à l’orientation AOR du groupe. Sa capacité à monter aisément dans les aigus et à tenir les notes avec un vibrato maîtrisé magnifie les refrains – celui de “Burning Heart“ (BO de Rocky IV) en tête – au point d’attirer en 1989 l’attention de Jon Lord et Ritchie Blackmore, fraîchement séparés de Ian Gillan et à la recherche d’un nouveau vocaliste pour Deep Purple. Hélas, des complications de management empêcheront Jamison de rejoindre les Anglais, au profit d’un certain Joe Lynn Turner.
Au cours de la décennie suivante, Jimi Jamison finit par s’affranchir de Survivor et prend son envol en solo. Il publie deux albums et signe, avec le single “I’m Always Here“, le générique de la célèbre série télévisée Baywatch. Sur scène, il s’entoure de musiciens au niveau professionnel irréprochable, pas forcément connus du grand public mais issus pour la plupart de la scène de Memphis, dont il est lui-même originaire. Une proximité qui explique la cohésion impressionnante du groupe en live. Certains des concerts de la tournée 1998 – avec la version la plus stable du line-up – font l’objet d’un enregistrement, sans pour autant donner naissance à un album live. Les bandes sommeillent ensuite dans les archives, avant d’être très récemment finalement exhumées, remixées et rassemblées sous la forme de cet exceptionnel 1998 Live Hits – qui n’est pas un seul show complet, mais un montage de morceaux captés au cours de trois concerts américains différents (Little Rock, en Arkansas, Nashville, dans le Tennessee, et Bettendorf, dans l’Iowa). La setlist intègre évidemment tous les classiques de Survivor : de “Burning Heart“ à “Eye Of The Tiger“ en passant par “High On You“, “The Search Is Over“, “Is This Love“ ou “I Can’t Hold Back“. S’y ajoutent également des chansons peut-être moins connues du grand public, mais qui font l’unanimité côté fans – à l’image de “Oceans“, “I See You In Everyone“ ou “Too Hot To Sleep“ – ainsi que quelques pièces extraites de la carrière solo de l’artiste (le pêchu “Rock Hard“, assorti d’un solo de batterie, et l’indispensable “I’m Always Here“) sans oublier une magnifique reprise, quasi hypnotique, de “Riders On The Storm” des Doors.
Le contexte scénique confère une dimension nouvelle à ces compositions, jouées avec un regain d’énergie, des tempos parfois plus nerveux et surtout davantage de relief ou richesse, comme “Eye Of The Tiger“, qui se pare de quelques notes de piano et d’un final débridé. Les claviers se font moins envahissants et les guitares prennent davantage d’espace, une évolution très flagrante sur les morceaux tirés de l’album When Seconds Count (“Oceans“ et “Rebel Sons“ notamment), qui y gagnent en impact de manière considérable. Le son, globalement très organique, restitue à merveille l’esprit de la prise live : grain typiquement 90’s, peu ou pas de retouches, loin des productions modernes trop lisses. Les solos, eux aussi, se parent de couleurs inédites : la paire Chris Adamson / Wes Henley ne se contente pas de copier note à note les partitions du guitariste de Survivor (Frankie Sullivan) : elle ose des phrasés différents et des fins plus improvisées – ce qui cadre parfaitement avec l’esprit du concert. Mais sans surprise, c’est la voix incroyablement expressive d’un Jimi Jamison au sommet de son art qui domine, magnifie ces compositions et leur donne parfois de nouvelles tonalités. Ainsi, s’il respecte les lignes mélodiques d’origine, le chanteur s’accorde quelques libertés, glissant çà et là des variations qui insufflent de la fraîcheur aux versions studio ultra-millimétrées telles que “The Search Is Over“ ou “Is This Love“. Le tout avec un naturel émouvant : rien ne semble jamais surjoué ou forcé, l’équilibre entre émotion et technique demeurant constamment parfait.
Bien plus qu’un simple plongeon nostalgique dans le passé, 1998 Live Hits est tout autant la célébration d’une époque, et un vibrant hommage au talent de Jimi Jamison, l’un des plus grands vocalistes AOR / rock mélodique. Sans trahir les arrangements d’origine, le regretté chanteur transfigure dans ce live inédit des compositions parfois très formatées en studio en véritables hymnes rock. En deux mots comme en cent, un disque incontournable.
JIMI JAMISON – 1998 LIVE HITS


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