Angra - Cycles of Pain
4.0Note Finale

Il y a quasiment trois décennies,  le groupe brésilien Angra marquait à jamais de son empreinte indélébile l’histoire du metal avec l’incontournable et remarquable concept album Holy Land, dépassant les schémas classiques du power metal pour donner à sa musique une coloration réellement progressive et symphonique, matinée d’influences brésiliennes splendidement et intelligemment restituées. De revirements musicaux en dissensions internes, le groupe ne s’est, par la suite, rapproché de cet état de grâce que très occasionnellement au cours de sa carrière. Angra en est désormais à sa troisième incarnation avec pour seul rescapé du line up originel le guitariste Rafael Bittencourt, une formation qui semble toutefois avoir trouvé sa stabilité depuis le départ en 2015 de l’autre guitariste historique du combo, Kiko Loureiro (qui rejoint alors les rangs de Megadeth). Une proximité donc renforcée entre les musiciens, pour un effort plus que jamais collectif sur ce dixième album studio intitulé Cycles of Pain, épaulés par le producteur Dennis Ward, auquel le groupe a renouvelé une fois de plus sa confiance.

La thématique de ce nouvel album, au titre non équivoque, paraît plutôt sombre de prime abord. Il faut dire que depuis la sortie du précédent opus (Omni en 2018) la vie n’a pas particulièrement été un long fleuve tranquille pour le groupe. Et ne serait-ce que pour Rafael Bittencourt, confronté en 2019, en l’espace de quelques mois, au décès de son père puis à celui d’Andre Matos, chanteur historique d’Angra. Ce qui explique une dimension, dès lors, peut-être volontairement cathartique dans cet album qui aborde l’expérience du cycle sans fin de la douleur comme un apprentissage façonnant les êtres humains et les incitant à trouver cette force intérieure à même de leur permettre de dépasser les évènements et de se régénérer. Un message, somme toute, de résilience et d’espoir.

Le groupe renoue tout au long de cet opus avec une tonalité presque prog metal. Et si ce sont les refrains travaillés et les mélodies soignées qui retiennent en premier lieu l’attention, une écoute plus attentive révèle une musique plus complexe et plus exigeante qu’il n’y paraît au premier abord. Avec un savoir-faire qui met en exergue les différentes facettes de la musique du groupe et nous offre un album qui est tout… sauf uniforme. Et dont émergent, dans des registres différents, de nouveaux classiques qui viennent indubitablement enrichir le répertoire d’Angra. Ainsi, le flamboyant Ride into the Storm  illustre la puissance de feu quasi symphonique propre au groupe, avec ces accélérations et un refrain lyrique sur lequel l’ex-chanteur de Rhapsody of FireFabio Lione (désormais en poste depuis 2012) donne toute la mesure de son talent. De même, “Gods of War“ parvient à nous réjouir, pied au plancher, avec son refrain entraînant et ses divers solos enflammés, dont celui d’ouverture et surtout une longue digression quasi néo-classique à mi-parcours. Mais Angra sait aussi ralentir le tempo sans perdre en intensité. Comme sur le magnifique mini-épique “Tide of Changes“ qui démarre sur une très belle intro acoustique avant de s’ouvrir sur un morceau mid-tempo de heavy mélodique de grande facture, jusqu’au refrain porteur d’espoir (« Until I rise again »). Ou encore avec l’émouvant “Cycles of Pain“, sur lequel Fabio Lione prouve qu’il est également capable d’exceller dans les passages les plus intimistes, nous rappelant ainsi toute l’étendue de sa tessiture. Un morceau d’une grande sensibilité qui nous offre un break et un final lumineux. La musique prend également des accents plus particuliers lorsque le groupe rend hommage à ses racines brésiliennes au travers des rythmes et des sonorités. “Vida Seca“ en est l’exemple le plus emblématique, avec la participation du chanteur Lénine, une figure clé de la scène brésilienne (deux Latin Grammy awards en 2005). Et il faudrait aussi citer “Faithless Sanctuary“ au surprenant refrain, presque pop, et dont l’intro nous plonge immédiatement au cœur de la selva brésilienne. La volonté d’Angra de se démarquer d’un registre purement power metal, par trop restrictif, se manifeste aussi sur le particulièrement mélodieux et très introspectif  “Here in the Now”  (aux claviers très prog) et enfin sur “Tears of Blood” qui clôt l’album de manière très symphonique, dimension renforcée par l’intervention au chant de Amanda Somerville (qui a collaboré à de nombreux projets comme Avantasia) avec cette voix exceptionnelle, capable de passer de ténor à soprano.

Cycles of Pain remet sans conteste Angra sur le devant de la scène avec un disque inspiré, réfléchi et qui couvre l’ensemble du spectre musical dont est capable le groupe. Et s’il est parfois difficile de se réinventer au terme de quasiment trente ans de musique,  le groupe peut être réellement fier de l’effort produit ici pour leur premier album sur le label Atomic Fire Records.

ANGRA – CYCLES OF PAIN

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Titre : Cycles of Pain
Artiste : Angra

Date de sortie : 2023
Pays : Brésil
Durée : –
Label : Atomic Fire Records

Setlist

01. Cyclus Doloris
02. Ride Into The Storm
03. Dead Man On Display
04. Tide Of Changes – Part I
05. Tide Of Changes – Part II
06. Vida Seca
07. Gods Of The World
08. Cycles Of Pain
09. Faithless Sanctuary
10. Here In The Now
11. Generation Warriors
12. Tears Of Blood

Line-up

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