Je ne suis pas certain qu’il y ait eu deux albums de Karnataka avec le même line-up, et ce n’est pas ce 6ème opus qui va faire mentir la règle. Après la dissolution unilatérale et quelque peu controversée de la précédente incarnation du groupe, à la fin de la tournée Secret of Angels, Ian Jones (basse et ici clavriers) a finalisé deux autres album (très réussis) sous les noms de Chasing The Monsoon et Illuminae. Le voici de retour avec une n-ième formation de Karnataka, si bien que je préfère aujourd’hui considérer le groupe comme un 3ème projet solo de Jones avec un backing band.
Cette fois-ci, il est accompagné de la chanteuse anglo-chypriote Sertari (chant, piano), également co-autrice de plusieurs titres, les autres musiciens étant (par précaution ?) qualifiés de guests : Troy Donockley, Luke Machin, Rob Wilshire et Chris Allan.
Bien qu’un guitariste surdoué fasse partie de l’aventure, la guitare est somme toute plutôt discrète sur l’ensemble du disque, avec cette fois-ci une mise en avant prononcée de la basse et des claviers. Sur tous les titres, les textures et thèmes s’enchevêtrent soutenus par la basse mélodique et très présente de Jones. Sur « All Around The World » ou « Sacrifice« , par exemple, la guitare, à part un solo, est quasi exclusivement cantonnée à un rôle rythmique et le titre, comme le reste du disque est vraiment construit autour de la voix de Sertari et de la section basse/claviers, ces deux pupitres étant crédités à Ian Jones.
La voix. On a beau dire, que ce soit avec Karnataka ou avec ses autres projets, Jones à le chic pour dégotter des chanteuses à la voix cristalline. Sertari ne change pas l’ADN de la formation sur ce point et perpétue la tradition : sur « Look To The East« , sa voix flirte même, sur des accents orientaux, avec celle d’une Lisa Gerrard. Ce titre, comme le suivant, (le liturgique « Forgiven« ) permet enfin d’entendre Luke Machin, autrement que comme un faire-valoir de luxe avec quelques interventions solaires, en particulier sur le final monstrueux de puissance de « Forgiven« . L’album va se dérouler ainsi durant 7 titres, entre mid et low-tempo, traitant des thèmes de l’adversité personnelle, de la perte, du désespoir et du pardon, vus à travers le prisme du chaos mondial, du changement climatique et de la destruction de l’environnement, une parabole entre la fragilité de l’être et celle de la planète et le rêve d’un monde meilleur. De monde meilleur il en est question dans le dernier titre : l’épique « Requiem For A Dream » de 25min. Ce titre, aux claviers plus symphoniques que ceux qui le précède, est une sorte de condensé de luxe de l’heure de musique qui précède. Troy Donocley y apporte (enfin) la touche celtique indispensable à l’univers du gallois et Luke Machin prend également le lead à la guitare de plusieurs sections.
Requiem For A Dream est un disque purement dans la tradition Ian Jones : beaucoup de belles voix, de belles mélodies et des arrangements et composition classieuses. Je regrette juste que la guitare soit un peu trop en retrait, peut-être la faute d’une écriture à quatre mains trop orientée sur les instruments des compositeurs et une moindre participation créative des ‘guests‘.
Quoiqu’il en soit ce Karnataka V5.0 (ou 6.0 ravira les amateurs et pourra conquérir de nouveaux adeptes, pour qui aime le néo-prog léché à tendance folk.
KARNATAKA – REQUIEM FOR A DREAM

Titre : Requiem for a Dream
Artiste : Karnataka
Date de sortie : 2023
Pays : Angleterre
Durée : 79’47
Label : Immrama Records
Setlist
1. All Around the World (11:30)
2. Sacrifice (6:30)
3. Look to the East (6:45)
4. Forgiven (11:49)
5. The Night’s Dance (5:29)
6. Say Goodbye Tomorrow (6:01)
7. Don’t Forget My Name (6:30)
8. Requiem for a Dream (25:13)
Line-up
– Ian Jones / bass, keyboards, piano, orchestration, bass pedals, acoustic guitar, programming
– Sertari / vocals, backing vocals, choir
With:
– Luke Machin / guitars
– Chris Allan / drums & percussion
– Troy Donockley / uilleann pipes, low whistles
– Gonzalo Carrera / additional keyboards

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