bannière www.bdelanls.fr - Création et refonte de site internet
Fear Factory - Aggression Continuum
4.5Note Finale

Autant en convenir tout de suite, Fear Factory signe ici avec ce 10ème album studio le disque que plus personne n’espérait. Aggression Continuum, sans égaler les 2 chefs d’œuvre que sont Demanufacture (1995) et Obsolete  (1998), en est toutefois dans la droite lignée. Ironie du sort, c’est avec ce disque que le chanteur emblématique Burton C. Bell a décidé de tirer sa révérence au terme de 30 années de bons et loyaux services, dans un contexte de dissensions internes prononcées avec pour toile de fond un maelstrom d’imbroglios juridiques. L’album, même s’il vient tout juste de paraître, avait été quasiment bouclé en 2017 et c’est en Septembre 2020 que Bell a officiellement annoncé son départ.

Que l’on apprécie ou non le métal qualifié d’extrême, l’on se doit de reconnaitre que Fear Factory a défriché de nouveaux territoires en créant un nouveau courant musical: le cyber-metal, dont l’indispensable album Demanufacture en est le blue-print absolu. L’univers de Fear Factory, illustré par plusieurs concepts albums, est celui d’un monde apocalyptique dans lequel l’homme lutte pour sa survivance face aux machines qu’il a lui-même enfantées et qui tentent, au mieux, de l’asservir, au pire, de l’éradiquer. Et la musique, distinctive et immédiatement reconnaissable, en est la bande son parfaite. Il y a tout d’abord le jeu novateur du véloce batteur Raymond Herrera, qui aura imposé l’utilisation de la double pédale (et à ce titre fait évoluer le jeu comme les perspectives des batteurs de métal) conférant à la musique ce rythme industriel qui donne l’impression d’être au cœur de la machine. Une frappe qui colle en outre de manière millimétrée et synchrone aux riffs tout aussi massifs que chirurgicaux du guitariste Dino Cazares, très rapide rythmiquement avec sa technique d’alternate-picking, renforçant ainsi l’hallucinant effet syncopé, marque de fabrique du groupe. Ensuite, il y a le chant de Burton C. Bell qui aura été le premier vocaliste à alterner un chant quasiment guttural avec un chant clair dans une même chanson, excellent dans les deux domaines (ce qui mérite d’être souligné) et inspirant par la suite des cohortes de chanteurs métal. Et bien souvent, les moments de chant clair sont soutenus par des synthés et des samples qui créent de magnifiques contrepoints lumineux dans la violence de la musique déployée par le groupe, dimension également novatrice à l’époque. Dino Cazares concédait à ce titre « « J’ai toujours été un fan de musique mélodique et lorsque nous avons créé le style de Fear Factory, nous nous sommes demandés comment intégrer ces éléments que nous aimons (…). J’aime le contraste entre l’écriture d’une musique intense et le passage soudain à un magnifique sentiment céleste. On peut ressentir tout le stress et la tension pendant les couplets… Et tout d’un coup, un magnifique refrain mélodique. Et là, tout s’ouvre ». Et ce sont ces mêmes contrastes qui ont toujours permis de rendre les performances live du groupe particulièrement intéressantes. Je conserve notamment vivace le souvenir de cette date au Brixton Academy de Londres (7 juillet 1996) ou FEAR FACTORY a tout simplement atomisé les redoutables Slayer dont ils assuraient pourtant la première partie.

Aggression Continuum rassemble une dernière fois les deux cofondateurs de Fear Factory que sont donc le guitariste-compositeur Dino Cazares et chanteur-parolier Burton C. Bell. Ils s’adjoignent les compétences du batteur Mike Heller  (Malignancy, System Divide, Raven), très doué même s’il ne remplacera pas dans mon cœur l’extraordinaire Raymond Herrera, et du bassiste Tony Campos (ex-Prong, Soulfly, Static-X), tous deux déjà présents sur le précédent l’album Genexus  paru en 2015. On note également la présence du célèbre Rhys Fulber, dont les talents de programmation ne sont plus à faire. La surprise de taille réside, quant à elle, en la présence derrière les claviers du brillant Igor Khoroshev (ex-Yes), ce qui est un indice de la volonté d’accentuer la dimension mélodique sur cet album.

On retrouve sur ce nouvel effort discographique l’approche cinématique chère à Fear Factory puisque l’album s’ouvre sur un texte lu, en guise d’incipit de l’histoire qui sera déroulée au travers des dix compositions que constituent Aggression Continuum. “The world we know has suffered from the system we once knew. Our values were twisted and defiled by the machine. (…) We will fight for our future. Humanity depends on us. Do not let our enemy prevail. If you are listening to this, you ARE the resistance”.  Tout au long de l’album, le groupe reconduit, avec une réussite qu’on ne lui connaissait plus, la formule musicale qui a fait son succès. Les refrains en chant clair sont tous absolument magnifiques et superbement inspirés (Cognitive DissonanceRecodeDisruptorPurity). Le rythme effréné des riffs de Cazares appuyés par les claviers de Khoroshev créent un sentiment d’urgence absolue, en témoigne Manufactured hope sur lequel, au demeurant, on ne sait plus si Bell endosse réellement le rôle du narrateur ou s’adresse au guitariste («I can not depend on promises. I cannot accept empty words. I know they’re lying to my face. Creating manufactured hope”).  Des moments presque lyriques surgissent de l’ultraviolence comme ce « I am your savior » sur le titre Fuelled Injected Suicide Machine, nous rappelant  l’âge d’or du groupe. Et puis en contraste complet, sur le morceau Monolith, Burton accorde une plus grande part au chant clair et Cazares nous gratifie même d’un court solo, chose rare chez Fear Factory (ce refus de jouer des solos a toujours été motivé par des préoccupations  d’ordre « stylistique » pour reprendre les mots du guitariste).

Et si l’on devait formuler quelques reproches à l’écoute de cet inespéré Aggression Continuum ça serait tout d’abord le recyclage de riffs çà et là. Ainsi, Cognitive Dissonance rappelle Self Bias Resistor et le début de End of Line fait immédiatement penser à Zero Signal, tous deux issus de Demanufacture. Et il manque, peut-être, au milieu de cet album bien ficelé, un temps pour souffler, de la trempe de A Theray for Pain (Demanufacture) ou Timeliness (Obsolete).

Le morceau End of line se clôture sur un dernier clin d’oeil de Bell (“I must not fear. Fear is the mind killer. When the fear is gone. Only I remain”) en écho aux premiers pas du groupe et de cet album de remixes, avec Rhys Fulber aux manettes, qui s’intitulait en 1993  Fear is the mind killer… Comme pour mieux boucler la boucle et tourner la page. Bell a annoncé sa volonté de désormais se consacrer à son autre groupe Ascension of the Watchers pendant que Cazares envisage de continuer l’aventure de Fear Factory avec un nouveau frontman. L’avenir est pour le moins incertain. Mais une chose est sûre avec Aggression Continuum, le leg de Fear Factory est intact et le cœur de la machine continue de battre.

FEAR FACTORY – AGGRESSION CONTINUUM

Fear Factory - Aggression Continuum (2021)

Titre : Aggression Continuum
Artiste : Fear Factory

Date de sortie : 2021
Pays : États-Unis
Durée : –
Label : –

Setlist

1 Recode 5:47
2 Disruptor 3:45
3 Aggression Continuum 4:54
4 Purity 3:50
5 Fuel Injected Suicide Machine 5:28
6 Collapse 4:20
7 Manufactured Hope 5:01
8 Cognitive Dissonance 4:37
9 Monolith 3:34
10 End of Line 7:18

Line-up

– Dino Cazares (Guitar)
– Tony Campos (Bass)
– Mike Heller (Drums)

Votre avis

A propos de l'auteur

Stéphane Rousselot

C’est la découverte de la pochette de l’album « Killers » en 1981, ce rictus grimaçant dans les rues mal éclairées de l’East end londonien, œuvre de Derek Riggs, dessinateur attitré de la Vierge de Fer, qui fut à l’origine de mon parcours musical. Il me faudra toutefois attendre l’acquisition du single « Flight Of Icarus » en 1983 pour enfin découvrir la proposition musicale derrière l’illustration visuelle. C’est dans doute pour cela, qu’au-delà d’une passion pour un style musical, j’ai développé un goût prononcé pour l’iconographie et par extension, pour le soin apporté à présenter un album comme une œuvre globale. Un visuel, une musique, une narration – une parfaite invitation à des voyages immobiles fascinants. Du Heavy Metal au hard-rock plus globalement (dans toutes ses infinies composantes), en passant entre autres par le rock progressif, le jazz-rock, le trio-jazz, l’électro, le classique et sans oublier une certaine chanson française avec en premier lieu le grand Léo Ferré, poète post-moderne avant l’heure. De l’amour des mots est née une passion pour la littérature, des classiques contemporains (Montherlant, Gracq, Aragon) à l’anticipation (Serge Brussolo, l’auteur fétiche de mes nuits blanches avec sa contribution inestimable à la collection Fleuve Noir). Enfin, de la littérature au cinéma avec le plaisir à chaque fois renouvelé d’aller aux festivals de Gerardmer et Deauville chaque année. A l’heure de proposer ici quelques critiques d’albums ou autres, je garde à l’esprit la phrase de Prévert à Carné au sujet du film « Les Portes de la Nuit », « J’en ai marre de bosser dix mois sur un scenario pour me faire engueuler en dix lignes par un con de critique ». Tout est dit.

Articles similaires

Laisser un commentaire